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Le Parc. Paris. Un argument.

La Carte du Tendre. Illustration pour la « Clélie » de Madeleine de Scudéry (1654)

Chorégraphie Angelin Preljocaj (1994, créé pour le Ballet de l’Opéra de Paris). Musiques : Mozart et Goran Vejdova. Palais Garnier.

Vous voilà à Paris, une dangereuse mais passionnante destination. Sûrement espérez-vous y trouver l’amour. Peut-être dans un parc, à l’ombre d’un arbre. Mais que voulez-vous vraiment ? L’amour ou le sexe ? La raison ou l’émotion ? S’excluent-ils l’un l’autre ? Deux esprits se rencontrent ou… Et puis quelle part de vous veut baisser les armes ? Voilà d’éternelles questions.

Fasciné par les premiers grands romans des XVIIe et XVIIIe siècle français, Angelin Preljocaj a essayé de voir si un genre si verbeux pouvait survivre à sa traduction dans le langage du mouvement. Les Liaisons dangereuses, la Princesse de Clèves, la Clélie de mademoiselle de Scudéry et les pièces de Marivaux ont toutes pavé la traître route qui pourrait connecter votre cœur à votre corps en passant par votre esprit. Il fut même un temps où des artistes dessinèrent une carte de cette immensité sauvage : les liaisons décrites comme des paysages tous minés. Coincé entre la dangereuse mer des passions et le lac d’indifférence, confiance et tendresse sont-elles seulement une option ? Les amants se comprennent-ils jamais vraiment ?

Bien que le ballet soit dansé d’un seul tenant – 1 heure 40 sans entracte – il est en fait divisé en trois sections.

PREMIÈRE PARTIE :

Chaque partie est introduite par une bizarre horde de jardiniers à la gestuelle saccadée. Sont-ils les Parques ? Sont-ils les normes de la société ? Avec leurs lunettes de soudeur et leurs tabliers de boucher, se cachent-ils de la lumière du jour ou indiquent-ils seulement que l’amour est aveugle, bouillant, fatal ? La musique qui les accompagne résonnera comme le roulis d’un train ou alors comme le ronron obsédant de la chaîne à l’usine : contrôlons-nous jamais ces événements ? D’une manière rugueuse et raide, ils dressent la carte des gestes et des mouvements qui suivront. Remarquez que ce « jardin » est taillé dans l’acier et la poutre industrielle. Ce « parc », ce paysage d’amour, aura des angles contondants et blessants.

Soupçons/Séduction. L’assemblée se constitue autour d’un jeu (mais n’est-ce qu’un jeu ?) de chaises musicales et de surenchère. IL soupèse les différentes femmes disponibles (en travesti, un clin d’œil à Marivaux) tandis qu’ELLE feint l’indifférence. Mais il l’a remarquée. En dépit des dehors policés, le désorientant jeu de la séduction a commencé.

Première rencontre/tentations (Pas de deux/duo#1). Il est ardent, elle pleine d’appréhension ; mais ils réalisent rapidement qu’ils sont synchrones. Ils se parlent mais hésitent à se toucher… jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse. Ils se démènent pour rester fidèles aux – et s’extirper des – règles de la société policée.

DEUXIÈME PARTIE :

Encore les jardiniers

Délicieux appâts. Les femmes, s’étant délestées de quelques vêtements, anticipent joyeusement la prochaine aventure. Elle, dans une robe rouge intense, est curieuse mais inquiète.

Désir. Quatre hommes arrivent à quatre pattes, jouant le désespoir. Il est l’un d’entre eux, mais trouve vite une autre femme avec qui flirter. Celles qui n’ont pas cette chance dansent leur frustration.

Deuxième rencontre/ Résistances (Pas de deux #2). Les jardiniers la mènent dans un bosquet du parc. Plus il essaye de l’impressionner, plus elle résiste. Alors qu’il semble s’offrir corps et âme, elle craint les conséquences. Peut-être serait-elle prête à donner son corps ; mais son âme ?

TROISIÈME PARTIE :

La voilà prisonnière d’un cauchemar où elle est agie par les froids jardiniers.

Regrets. Tard dans la nuit, les femmes se lamentent sur les amants/les amours perdus.

Passion. Lui, enflammé de désir, aiguillonne les autres mâles.

Faiblesse. Une seconde trop tard, certains hommes réalisent combien les femmes vont/peuvent dépendre d’eux. Alors que la séduction peut occasionnellement les enchaîner, pour les femmes les conséquences – que ce soit la maternité ou la mort qui en découle souvent – laisseront une marque indélébile sur leurs corps.

Troisième rencontre/ Abandon (pas de deux #3). La traduction anglaise serait « rendre les armes ». Tandis qu’ILS dansent, les pas qu’ils ont jadis faits côte à côte se fondent en un seul. Voilà une des plus magnifiques représentations de l’amour – ce baiser en vol ! – mais qui de nous croit vraiment que l’amour est éternel ?

ÉPILOGUE : alors que le ciel s’assombrit (à l’approche d’une tempête ?) les jardiniers ont le dernier mot.

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Le Parc. Paris. Plot summary.

La Carte du Tendre. Illustration pour la « Clélie » de Madeleine de Scudéry (1654)

Choreography: Angelin Preljocaj (1994, created for the Paris Opera Ballet)

Music: Mozart and Goran Vejvoda.
At the Palais Garnier.

You are in Paris now, a perilous yet exhilarating place. Surely, you expect to find romance. Maybe in a park, under the shade of a tree? But what do you really want? Love or sex? Reason or emotion? Are they mutually exclusive? A meeting of the minds or…And just how much of yourself are you willing to surrender? These are ageless questions.
Fascinated by the great early novels of 17th and 18th century French literature, Angelin Preljocaj tried to see whether such a verbal genre could survive translation into the language of movement. Les Liaisons dangereuses, La Princesse de Clèves, Mlle de Scudéry’s Clélia, and the plays of Marivaux, all charted the treacherous journey which might connect your heart through your brain to the rest of your body. At the time, artists even drew maps of this untamed wilderness: relationships depicted as a landscape littered with land mines. When trapped between the dangerous Sea of Passion and the Lake of Indifference, are trust and tenderness even possible? Do lovers ever truly know or understand each other?

While the ballet is danced in one blow – 1:40 minutes and no intermission – conceptually, the ballet is set up into three sections:

PART ONE:

Each section begins with a weird, stiffly-moving, coven of Gardeners. Are they fate? Are they the rigid rules of society? Wearing welder’s glasses and butcher’s aprons, are they hiding from the light of day or does this indicate that love is blind, scalding, fatal? Their music will sound like a train wreck or the repetitive grind of a factory assembly line: are we ever in control of such events? In a harsh and stiff way, they map out the very gestures and movements that will follow. Notice that the “garden” is carved out of steel and wood beams. This “park,” this “landscape of love,” will have sharp and painful edges.
Suspicion/Flirtation. The company assembles around a game (is it only a game?) of one-upmanship and musical chairs. He checks out the available women (en travesti, a wink at Marivaux) while She feigns indifference. But He has noticed Her. Despite the ordered surface, the disorienting game of seduction has begun.
The first meeting/Temptations (Pas de deux/duet #1). He is ardent, She apprehensive; but both quickly realize that they are in synch. The two of them “talk” but hesitate to touch…until she faints. They struggle to remain true to – and break out of – polite society’s rules.

PART TWO:

Gardeners again.
Delicious bait. The women, having discarded some clothing, cheerfully anticipate being loved some more. She, in a bright red gown, is curious but apprehensive.
Desire. Four men arrive on hands and knees as if desperate. He is one of them, yet soon happily finds another woman to flirt with. Those men who don’t get so lucky dance out their frustrations.
The second meeting/Resisting (Pas de deux #2). The gardeners bring Her to a grove in the park. As hard as He tries to impress her, She resists. While he seems to be offering his body and soul, she fears the consequences. Perhaps she could surrender only her body but not her soul ?

PART THREE:

She is trapped in a nightmare, manipulated by the ice-cold gardeners.
Regrets. Late at night, the women lament lost (or dead) lovers/loves.
Passion. He, aflame with desire, goads the other men on.
Weakness. A second too late, some of the men realize just how much women can/will depend upon them. While seduction may on occasion result in a man acquiring a “ball and chain,” for all women all the possible results – including childbirth or death thereby —  leave a deeper mark on their bodies.
The Third Meeting/ Surrender (Pas de deux #3) In French, the title is “abandon.” As  They dance, the steps they once did side by side merge into one. This is truly one of the most magnificent statements about love — that flying kiss! — but do any of us really believe that love can last forever?
EPILOGUE: As the sky blackens (the storm approaches?) the gardeners have the last word.

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