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Un argument pour Raymonda

Rudolf Noureev. Raymonda. Captation filmée 1984. Capture d’écran.

RAYMONDA: Chorégraphie de Rudolf Noureev (1983), d’après le ballet original de Marius Petipa (1898). Musique d’Alexandre Glazounov. Paris, Opéra Bastille, du 3 au 31 décembre.

Bien avant qu’il ne s’avère être le plus célébré des chorégraphes du XIXe siècle, Marius Petipa dut quitter sa ville de naissance Marseille et parcourir l’Europe comme danseur indépendant. Puis, il décrocha un poste permanent en Russie. Une fois achevée la fameuse trilogie avec Tchaïkovski – La Belle au bois dormant, Casse-noisette et le Lac des cygnes – Petipa continua à produire ses ballets d’une soirée en utilisant une formule éprouvée : un décor exotique (souvent un de ceux dont il avait fait l’expérience, durant ses voyages forcés, et dont il avait assimilé, dans toutes ses fibres, les danses locales) ; un dramatique triangle amoureux (pareil qu’à l’opéra, na !) ; et un très attendu ballet blanc (que les anglo-saxons appellent « scène du rêve ») où l’héroïne – la femme idéale – est diffractée indéfiniment par un corps de ballet de ballerines toutes revêtues d’un tutu identique.

En 1961, alors en tournée en France, l’immense danseur Rudolf Noureev déserta, préférant le Monde à la Russie soviétique. S’il laissa tout derrière lui, il garda dans son esprit et dans son corps, tel une mémoire-valise pleine à craquer, tous les grands ballets narratifs de Marius Petipa. Parmi ces joyaux datant de la Russie tsariste, certains n’avaient été que rarement vus à l’étranger. Raymonda en trois actes était de ceux-là.

Cette histoire, située à l’époque des Croisades, tourne autour d’une princesse française qui se trouve écartelée entre l’amour d’un séduisant chef guerrier arabo-mauresque et celui d’un « bel et preux chevalier » au service du roi de Hongrie. Les noms des personnages principaux masculins – Abd-el-Rahman, Jean de Brienne et André II – sont pris dans l’Histoire [même s’ils ne furent pas contemporains], tandis que l’argument – ainsi que l’héroïne – sont pure invention et prétexte à la danse.

Tout en respectant les parties subsistantes de la chorégraphie originale, Noureev ajoutait toujours quelque chose en plus dans ses propres productions : beaucoup plus de danse pour les hommes que cela n’était d’usage à l’époque de Petipa (et même à l’Ouest à l’époque de Noureev). Ici, tout particulièrement, il développe le rôle du chef sarrasin – un simple mime dans la production originale – pour en faire un protagoniste majeur dont la séduisante gestuelle est très clairement plus inspirée par la technique de la modern dance américaine, que Noureev avait appris à aimer, que par la couleur locale à la Petipa tellement appréciée au XIXe siècle.

ACTE UN : (1 heure et 10 minutes)

Versailles. Salles des croisades. Marguerite de France mène les Hongrois à la croisade.

Scène 1 : quelque part en Provence, France, début du XIIIe siècle.

Un mariage arrangé se prépare. La vieillissante Comtesse de Doris a irrévocablement fiancé sa nièce à un chevalier français au service d’André II, roi de Hongrie. Mais la comtesse est perturbée par les amis de sa nièce, un joyeux quartet de jeunes troubadours : Henriette, Clémence et leurs petits amis Béranger et Bernard.
La comtesse se fend d’une longue pantomime, battant sa coulpe. Comment ces enfants peuvent-ils rester si légers alors que la cité est assiégée ? Ces fol d’Arabes se pressent aux portes. Elle mime les pré-requis indispensables : quand la ville est en danger, une mystérieuse dame blanche (regardez vers la gauche dans la direction indiquée par ses poings) « revient toujours de l’autre monde pour nous protéger… sauf lorsque nous nous sommes montrés trop frivoles et oublieux de nos devoirs. » Les quatre APLV adeptes du flirt ne sont pas du tout impressionnés par ce sombre karma.

La nièce de la comtesse, Raymonda, paraît en-fin et se montre si légère sur ses pieds qu’elle peut pirouetter et cueillir des roses sans se ramasser. Elle est à la fois intelligente et innocente. Le roi de Hongrie lui remet un parchemin qui lui annonce le retour imminent d’un de ses chevaliers et déroule une tapisserie représentant un superbe cliché de prince charmant. Raymonda se montre convenablement enchantée par ce mirage de prince que sa tante et le roi de Hongrie ont choisi pour elle.

La comtesse danse, tout comme les quatre amis de Raymonda. Tout est pour le mieux quand soudain…

Abderam, le guerrier sarrasin, celui là même qui assiège la cité, fait irruption, offrant joyaux, esclaves et – ouh là là – lui même; tout un pactole qu’il dépose aux pieds d’une Raymonda stupéfaite.

Versailles. Salles des croisades. Rencontre de Richard Coeur de Lion et de Philippe Auguste. Détail.

Scène 2 : le rêve

Raymonda, touchant distraitement du luth, est désormais perplexe. Ses quatre amis dansent autour d’elle, espérant la distraire. Dans l’espoir de les distraire, elle danse avec son voile nuptial mais préférerait bien qu’on lui fichât la paix.

Epuisée par cette journée émotionnellement éprouvante, Raymonda a décidément besoin de faire un petit ronron. Mais au lieu d’écraser, elle commence à rêver de :

La dame blanche, qui désigne la tapisserie. Et soudain IL apparaît :

Jean de Brienne, chevalier à l’éclatante armure, tout habillé de blanc, qui sort de la tapisserie et qui – littéralement – lui met cul par-dessus tête. Il est vraiment l’homme de ses rêves. Du moins le croit-elle.

Ses amis réapparaissent, maintenant parés de costumes argentés, et une flopée de danseurs habillés de noir et de blanc dansent une fugue incroyablement compliquée : c’est la Valse fantastique. Cet intermède s’est avéré être une des plus complexes, des plus inventives et des plus enthousiasmantes additions au répertoire du corps de ballet.

Henriette, Clémence, Raymonda et Jean de Brienne dansent chacun à leur tour.

Mais, pour son plus grand choc, Raymonda voit son amoureux de rêve se métamorphoser en un sulfureux Abderam.

Réveillée par ses amis, l’héroïne réalise qu’elle est écartelée entre deux idéaux masculins opposés.

ENTRACTE (20 minutes)

ACTE DEUX : (40 minutes)

Versailles. Salle de Croisades

Abderam, prêt à offrir la paix en échange de la main de Raymonda, sort le grand jeu : une fabuleuse tente bédouine, des numéros de danse exotique, son corps et son âme sur un plateau… Tout ce qu’elle peut désirer. Mais Raymonda, bien que titillée, reste imperturbable, la têtue…

Absolument frustré et brûlant de désir, Abderam décide de kidnapper la récalcitrante donzelle. Mais voilà que soudain, qui croyez-vous va faire son apparition, en chair et en os et serré dans d’immaculés collants blancs ? Jean de Brienne, bien sûr, fraîchement débarqué de la Croisade ! Les deux hommes se défient en duel… La lice est suivie d’un combat à l’épée. Devinez qui est vaincu? …

ENTRACTE (20 minutes)

ACTE TROIS (35 minutes)

Appartement de Rudolf Noureev à Paris, quai Voltaire

Les festivités du mariage :

Ici, le ballet atteint son apogée en se resserrant sur ses essentiels. Une czardas hongroise, menée par la comtesse et le roi, est suivie par de diverses et délicates variations sur ce thème : des solos, un quatuor de garçons, des danses de groupe. L’acmé est atteint avec un envoûtant solo pour Raymonda [son septième de la soirée] – la musique consiste dans les vibrations du piano saupoudrées de l’intervention des cordes – une orchestration très surprenante en 1898. Ruisselante de lourds joyaux et claquant des mains avec une autorité toute neuve, cette princesse fiancée est désormais prête à devenir reine.

Tandis que le ballet court à sa fin, vous désirerez peut-être lever votre calice de vermeil et porter un toast en l’honneur de ce si joli couple [A moins que comme moi, vous ne regrettiez – ce qui m’arrive le plus souvent – qu’Abderam n’ait pas été invité à ces célébrations].

Rudolf Noureev avec Michelle Phllips dans « Valentino », film de Ken Russell

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Le Lac des cygnes : Par ici l’argument!

cygne-rougeL’histoire de base est tellement ridicule que Freud même en aurait eu un fou rire. Un fils à sa maman tombe raide pour un transformiste emplumé qui répond au pseudo de #ReineDesCygnes. Il en pince pour son attirail de vierge immaculée mais ne peut non plus s’empêcher d’écarquiller les yeux  à la vue de la sexy fashionista en noir qui, tenez-vous bien, se trouve être sa Jumelle Maléfique. Et puis il y a le problème de leur souteneur. Vu que notre héros s’est aussi avéré être depuis le début une chiffe molle quand il s’agit de s’opposer à une figure paternelle, il… Mais laissons tomber. Franchement, garderiez-vous votre sérieux si, en fin de soirée, un mec entre deux âges sautait hors des fourrés, écartait sa cape et vous révélait … son maillot à paillettes verdâtre ?

Mais il n’empêche qu’à chaque fois que j’assiste à un Lac des cygnes, mon esprit sardonique se dissout dans l’air. Ce ballet – comme les meilleurs opéras – vous fait pleurer dans le noir sur ce vous-même, plus jeune, plus vulnérable et en meilleure forme, qui s’est jadis ridiculisé par amour.

Ce que je trouve vraiment bizarre, en revanche, c’est tout ces gens trois étoiles guide Michelin, qui pensent que quand on a vu un Lac des cygnes on les a tous vus. Tout faux ! Donc, si vous n’allez pas voir la version Rudolf Noureev du Lac de 1984 pour le ballet de l’Opéra de Paris, encore fraîche et savoureuse après toutes ces années, vous manquerez quelque chose de rare : une production onirique dramatiquement cohérente qui, pour une fois, parvient à  tirer des ressorts usés de l’histoire un récit vrai. Par-dessus le marché, elle donne aux garçons du corps de ballet – My Tailor is Rich! – autant à danser qu’aux filles.

Beaucoup, beaucoup trop de versions de ce ballet existent. Les pas de la première de 1877, créés en même temps que la musique de Tchaïkovski et considérés comme un flop total, ont tous été perdus. Toutes les productions que nous voyons aujourd’hui clament être la réincarnation de « l’originale » de 1895 conçue par Marius Petipa et Lev Ivanov pour le Théâtre Marinsky. Peut-être d’ailleurs devrions-nous également considérer la version de 1895 comme perdue. Le Ballet est, par définition, en constante mutation.

Imaginez seulement qu’il n’y a pas si longtemps le prince mimait seulement et que son pote, Benno, se chargeait de toutes les difficultés du partenariat. Un ennuyeux bouffon batifole toujours dans certaines productions, rasant tout le monde des deux côtés de la rampe. Imaginez seulement : dans certaines productions, ce tire-larme finit par un happy end. Quelques constantes : presque tous les pas dans l’acte 2 et la série de fouettés d’Odile (quand la ballerine se met à tournoyer comme une irrésistible toupie) à l’acte III. Imaginez le défi pour chaque ballerine : elle doit vous convaincre que vous avez vu deux étoiles différentes – l’une, tendre et fragile, l’autre, violente et méchante. Il fut d’ailleurs un temps où on voyait effectivement deux danseuses différentes dans ces rôles.

Le Lac des Cygnes, Moscou, 1877. Une évocation du décor du 2e acte partiellement corhoborée par les sources journalistiques

Le Lac des Cygnes, Moscou, 1877. Une évocation du décor du 2e acte partiellement corroborée par les sources journalistiques

  PROLOGUE (OUVERTURE)

Le prince Siegfried fait un cauchemar où il assiste impuissant à la tombée d’une belle princesse dans les griffes d’un oiseau de proie à moitié humain. Devant ses yeux, le maléfique succube la transforme en cygne et se volatilise avec elle.

ACTE I : LE CHÂTEAU

C’est l’anniversaire du prince. Une foule de jeunes gens, les amis de Siegfried, font irruption dans la salle, accompagnés du tuteur du prince Wolfgang (qui ressemble étrangement au monstre du songe). Siegfried, tiré de son sommeil, se joint presque à contre cœur à leurs festivités. C’est un prince mélancolique. Un rêveur.

La fête est interrompue par une fanfare de trompettes et la reine-mère fait son entrée. Elle est venue féliciter son fils pour sa majorité mais pour lui rappeler aussi quelques fondamentaux. Ses cadeaux d’anniversaire se composent d’une couronne (fais ton devoir), d’une arbalète (la chasse peut procurer un certain plaisir, peut-être au sens freudien du terme). Lorsqu’elle désigne l’anneau à son doigt, la reine-mère exprime clairement que ces deux objets signifient qu’il est temps pour lui de prendre femme (devoir et/ou plaisir ?). Au bal donné en son honneur demain soir, il devra choisir une fiancée. Beurk ! Son fiston se ramollit rien qu’à l’idée.

Une fois surs que maman est remontée à l’étage, les amis de Siegfried essayent de lui remonter le moral : deux filles et un garçon interprètent un pas de trois virtuose. Puis, le tuteur dit aux filles d’aller batifoler ailleurs. Il donne au prince une leçon de danse qui comporte une forte charge d’agression sous-jacente : cela ressemble plus à une lutte de pouvoir qu’à une initiation au sujet des roses et des choux-fleurs. Les chorus boys se lancent alors dans une énième vibrante danse de groupe, pleine de grisantes combinaisons complexes, avant de se retirer.

... et la "Danse des coupes", préfiguration de la vision des cygnes.

… et la « Danse des coupes », préfiguration de la vision des cygnes.

Le prince danse un solo triste sous le regard réprobateur du tuteur. Il n’a aucun droit de désapprouver, n’étant ni le père ni même le beau-père du prince. Après avoir mis le prince sur les genoux encore une fois, cet employé étrangement dominateur suggère à Siegfried d’aller essayer son arbalète. Dans la plupart des productions, le tuteur est juste un gros pigeon qui ne ferait de mal à personne. Il se trouve que j’apprécie la manière dont, en combinant malignement nos doutes au sujet de deux personnages, la production de Noureev va bientôt fondre le complexe d’Œdipe et les relations troubles d’Hamlet avec les figures de l’autorité paternelle en un seul et même Grand Oiseau.

On entend le thème du cygne. La scène se vide.

SANS PAUSE

L’ACTE DEUX COMMENCE : NUIT SUR LE LAC. BIZARREMENT, IL SEMBLERAIT QUE NOUS N’AVONS PAS QUITTÉ LE PALAIS MAIS QUE NOUS SOMMES SEULEMENT PASSÉS DANS UNE AUTRE PIÈCE.

Le corps de ballet aux saluts de la soirée du 8 avril 2015.

Le corps de ballet aux saluts de la soirée du 8 avril 2015.

Nous voyons une fois encore cet inquiétant oiseau de proie, qui court à travers la scène. Mais s’agit-il du méchant magicien von Rothbart ou du jumeau maléfique du tuteur ? Siegfried entre et prend pour cible quelque-chose de blanc et de duveteux bruissant dans les buissons. À son grand étonnement, en sort la plus jolie créature qu’il ait jamais vue de sa vie : la princesse entrevue dans ses rêves. Mais elle se meut d’une étrange façon, comme un oiseau. Terrifiée, elle le supplie de ne pas tirer. Mais Siegfried ne peut résister au besoin de l’attraper et de lui demander : « Qui êtes-vous ? Euuuh. Qu’êtes-vous ? »

« Vous voyez ce lac ? Il a été rempli des larmes de ma mère, car Moi » mime-t-elle  « Je suis Odette, jadis une princesse humaine, aujourd’hui reine des cygnes. Ce méchant sorcier a jeté sur nous un sort, nous condamnant à être des cygnes le jour mais nous retournons à une forme presque humaine la nuit. Le sort ne sera brisé que si un prince me jure un amour éternel et qu’il ne se parjure pas ». Ils sont interrompus d’abord par von Rothbart, puis par l’arrivée de femmes-cygnes (un corps de ballet de trente-deux).

Entourés par ces femmes-cygnes, Siegfried et Odette expriment leur entente toujours grandissante par un tendre pas de deux suivi par une série de danses des cygnes. Siegfried jure qu’il ne posera jamais les yeux sur une autre femme. Mais alors que l’aurore pointe il regarde impuissant von Rothbart transformer a nouveau Odette en cygne. Siegfried ne le sait pas, mais son vœu va bientôt être soumis à un test.

ENTRACTE

ACTE TROIS : LE SOIR SUIVANT, DANS LA GRANDE SALLE DE BAL DU CHÂTEAU

Lac détailLe temps est venu pour la soirée d’anniversaire du prince. Les invités interprètent  des danses provinciales de l’empire des Habsbourg – Hongrie, Espagne, Naples, Pologne – en son honneur et pour notre plaisir.

Six princesses éligibles valsent dans les parages, et la reine force Siegfried à danser avec chacune d’entre elles. Siegfried est poli mais froid : ces princesses se ressemblent toutes pour lui, et aucune d’entre-elles n’est Odette. La tension monte quand le prince dit à sa mère qu’il n’apprécie ni ne veut d’aucune de ces oies blanches. Soudain, deux invités surprise font irruption dans la salle de bal. C’est le tuteur (à moins que ce ne soit von Rothbart ?) et une belle jeune femme, c’est Odette !

Mais quelque chose cloche : elle est habillée de noir et bien plus hardie et sexy que la créature sage et terrorisée qu’il avait étreinte l’autre soir. Alors qu’ils dansent le célèbre pas de deux du cygne noir, le prince se sent irrésistiblement aveuglé par la luxure.

Convaincu qu’elle est d’Odette, juste une peu plus macha aujourd’hui, il demande sa main et, à la demande insistante du Tuteur/von Rothbart, lui jure un amour éternel. [Un salut avec l’index et le majeur dressés]. À ce moment, les éléments se déchaînent : le cygne noir éclate de rire et désigne un autre oiseau frappant désespérément aux carreaux. « Voilà ton Odette, triple buse ! ». Le cygne noir n’est autre qu’Odile, son double maléfique! L’imprudent prince s’effondre évanoui, réalisant qu’il a vraiment tout gâché.

PAUSE (ON NE QUITTE PAS SON SIÈGE !)

ACTE QUATRE : DE RETOUR AU LAC. OU TOUJOURS DANS L’ESPRIT DU PRINCE ?

Siegfried se retrouve transporté au lac, entouré par les mélancoliques femmes cygnes. Il se précipite pour trouver Odette. Elle fait irruption. Affolée et  désespérée, Odette pense que, pour libérer ses camarades cygnes, elle n’a d’autre option que de se tuer.
Les cygnes tentent de consoler leur reine tandis que le triomphant von Rothbart déchaîne une tempête. Odette essaye de lui échapper mais notre ricanant vilain pose ses griffes sur elle.

Le prince trouve finalement Odette, presque morte. Ses ailes – comme son cœur – sont brisées. Néanmoins, elle lui pardonne et ils dansent ensemble une dernière fois, leurs mouvements illustrant la façon dont des amants se raccrochent l’un à l’autre même lorsque le destin et la magie essaient de les arracher l’un à l’autre.

En 1877, le couple finissait noyé. Quelle poisse.

En 1895, choisissant de se jeter dans le lac et de se noyer ensemble tels des martyrs, tous deux étaient emportés au paradis en une apothéose suggérée par les accords finaux de l’orchestre.

En 1933, le maléfique magicien tuait Odette. Le pauvre prince restait là avec bien peu à faire. Encore la poisse.

Dans l’URSS de 1945, le héros arrachait une aile à von Rothbart et toutes les filles tombaient leurs plumes. Les récits de libération convenaient à l’époque, semble-t-il.

Ce soir ?

Odette regarde Siegfried impuissante alors qu’il essaye de lutter contre le sadique qu’est von Rothbart. Comme dans la « leçon » avec le tuteur au premier acte, le prince finit à genoux. Est-ce pour de vrai ? Tout cela n’aurait-il été qu’un rêve ? Les cauchemars sont-ils récurrents ? La poisse, on vous dit.

Le Lac des Cygnes. L'acte 3 et sa tempête...

Le Lac des Cygnes. L’acte final et sa tempête…

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Un argument pour Giselle

Ce que nous considérons aujourd’hui comme le plus grand des ballets de l’ère romantique, eut sa première à l’Opéra de Paris le 28 juin 1841. Aujourd’hui encore réputé pour offrir un des plus riches défis dramatiques à la ballerine comme à son partenaire, ce ballet encapsule tous les thèmes caractéristiques du théâtre romantique et de la littérature gothique : amours inévitablement tragiques, gentilshommes déguisés, héroïnes innocentes et trahies, une scène de la folie, vibrante couleur locale laissant la place à une clairière au clair de lune, tout cela surmonté d’une grosse dose de surnaturel. Écoutez la musique avec vos yeux. La partition d’Adolphe Adam, resplendissante de leitmotivs topiques, anticipe gracieusement la « découverte » par Wagner du procédé.

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 Acte I [50 minutes]

Martha Murawiewa. Paris,1863

Martha Murawiewa. Paris,1863

Giselle est la plus jolie fille d’un village de conte de fées perdu quelque part dans une région du Rhin rêvée par les Romantiques. Elle a deux passions : son amour pour la danse et son amour pour Loys, un nouveau venu au village, aussi mystérieux qu’il est beau. Elle a deux problèmes : sa mère (qui craint que sa fille n’épuise son cœur à trop danser et qu’elle ne devienne une Willi, un insatiable fantôme dansant) et Hilarion (un humble garde-chasse, le fiancé autoproclamé et jaloux de Giselle).

Comme il s’agit d’un mélodrame, lorsque le rideau se lève, il nous faut rencontrer d’abord cet anti-héros tandis qu’il met l’action sur les rails : Hilarion, trimbalant soit un bouquet soit une paire de lièvres (cela dépend de la production), dépose soupirant son offrande à l’entrée de la chaumière où vivent Giselle et sa mère. Mais on peut d’ores-et-déjà sentir que quelque chose ne va pas. Ce gars-là ferait un beau-fils acceptable, mais est-il sexy ? (Là aussi cela dépend de la production, mais généralement le rôle est interprété comme une tâche ingrate et punitive).

Car voilà que le garçon suivant, qui fait irruption dans la vallée bucolique de Giselle, tout de cape, d’épée, et de valet aussi intrusif que malin – appelé Wilfried dans le programme – est, lui, on ne peut plus sexy et conscient de son charme. Cet élégant homme mystère, se faisant appeler « Loys », ne voit aucune raison valable de déposer une offrande devant la maison de la jeune fille pour ensuite s’éclipser. Il toque avec désinvolture à la porte sur un compte de trois, alors que la musique d’Adam offre une jolie variation « sur l’air du tra dé ri dé ra, et tra la la la. ».

Comme si elle venait de s’éveiller, notre jolie héroïne jaillit de sa maison, toute sautillante. Par nature, elle marche sur les airs.

Pavlova. London, 1925

Pavlova. London, 1925

Son attirance pour l’élégant étranger qui répond au nom de « Loys » ne fait aucun doute. Mais sa pudeur dresse une sorte de muraille autour d’elle que ce nouveau venu ne demande qu’à battre en brèche. Giselle, bien que n’étant pas de nature méfiante, s’en remet néanmoins à une marguerite pour lui dire si les intentions de son nouveau soupirant sont sincères. « Il m’aime, il ne m’aime pas ». Voilà un cas ou le français l’emporte sur l’anglais : la musique en 3/4 déroule un thème plein de regrets qui évoque la question qu’une femme du XIXe siècle poserait en effeuillant le dernière pétale. Ce geste superstitieux convoque une douce mélopée qui compte plus que deux options : 1) Il m’aime 2) un peu 3)beaucoup 4) passionnément 5) à la folie 6) pas du tout ; «À la folie » se révélera cruellement à propos pour définir le destin des personnages du drame.

Hélas – même si son soupirant, très sûr de lui, essaye de conjurer le sort en trichant – la fleur semble prophétiser la réalité du moment : il aime un peu mais pas vraiment à la folie. La musique du « thème de la marguerite » les hantera tous deux, de son retour fracturé pendant la scène de la folie à sa réapparition bizarre (dévoyée par le violoncelle) pendant le duo de l’acte II.

Hilarion revient et dérange le couple. La vie du village suit son cours.

L’habituelle fête des vendanges devient particulièrement passionnante lorsqu’arrive une aristocratique partie de chasse. Les villageois décident de les divertir par des danses. Giselle, empêchée de danser par sa soucieuse de mère, présente deux de ses amis qui se surpassent l’un l’autre durant un duo techniquement exigeant. L’une des nobles dames, Bathilde s’entiche à ce point de Giselle qu’elle demande à son père, le duc de Courlande, si elle peut offrir son collier à la jeune fille.

Parée de ce collier princier, Giselle est élue reine des vendanges. Elle obtient enfin la permission de danser devant ses camarades.

Pendant ce temps, le suspicieux Hilarion recherche la preuve que Loys n’est pas le monsieur tout le monde qu’il prétend être. Il la trouve dans la cabanes de Loys : une épée, qui par loi et coutume est interdite aux gens du commun.

En fait, Loys n’est autre qu’Albrecht, un gentilhomme déguisé en paysan depuis longtemps fiancé à Bathilde.

Démasqué par Hilarion devant toute l’assemblée, Albrecht tente de mettre au clair la situation. Giselle, réalisant qu’elle est sur le point de perdre le seul homme qu’elle ait jamais aimé, commence à perdre la tête. Se battant désespérément contre les ténèbres qui remplissent son cœur – qu’elle meure d’une crise cardiaque ou qu’elle se poignarde avec l’épée d’Albrecht dépend de la production ou de la ballerine – elle déambule, hantée par de vieilles mélodies, tout particulièrement celle de la « marguerite » ; ces fleurs invisibles qui maintenant lui crient tout fort « pas du tout ». Avide de trouver de l’amour qui soit vrai, réel et dévoué, elle se précipite dans les bras de sa mère. Elle tombe morte à ses pieds.

Bolshoï. US tour 1959

Bolshoï. US tour 1959

Entracte.

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ACTE II [50 minutes]

Le second acte, éclairé au clair de lune, prend place dans une clairière située entre le cimetière du village et un lac. Nous sommes au royaume des Willis, une fantomatique tribu de jeunes femmes mortes avant leur mariage. Abandonnées par leur fiancé, ces jeunes filles sont à jamais condamnées à sortir chaque nuit de leur tombe sous le charme maléfique de leur reine, Myrtha.

Paris Opera Ballet 1990's

Paris Opera Ballet 1990’s

Myrtha danse trois solos à la suite, chacun d’entre eux étant un exercice de contrôlé-relâché. Malheur à celles qui sont dépourvue de ballon, d’une douceur implacable et d’une gravité naturelle. Commence alors le rituel de vengeance des Willis envers les hommes – tous les hommes et pas seulement ceux qui ont trompé ou menti – les attirant dans leur rangs puis les forçant à danser jusqu’à ce qu’épuisés, ils meurent.

Hilarion éploré, apportant des fleurs sur la tombe de Giselle, sera leur première victime. Mais Giselle, convoquée hors de sa tombe pour être initiée en tant que Wili, fait tout en son pouvoir pour sauver leur prochaine victime : Albrecht. Il a finalement compris que la marguerite leur avait menti à tous les deux : il aime Giselle passionnément.

Platel Belarbi Arbo 1990

Platel Belarbi Arbo 1990’s

Sa supplique à Myrtha de le laisser aller a rencontré une sourde oreille. Giselle essaye donc d’épargner Albrecht en bougeant le plus doucement et le plus lentement possible ; cependant ils sont comme emportés par sa désormais fatale passion pour la danse. À la surprise générale, Albrecht respire encore lorsque le son des cloches signalant l’aurore met fin au pouvoir de Willis.

La surhumaine capacité d’amour et de pardon de Giselle a rompu le maléfice. Elle va pouvoir – elle doit maintenant – retourner à sa tombe pour y jouir de la paix éternelle. Si Albrecht ne meurt pas, il réalise que cela signifie qu’il est condamné à quelque chose de pire : la vie.

Il restera seul avec ses souvenirs, jusqu’à la folie peut-être. Nous ne saurons jamais comment l’histoire se termine.

Au palais Garnier du 28 mai au 5 juin 2016
Chorégraphie Jean Coralli et Jules Perrot. Musique, Adolphe Adam.
Argument de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint Georges, d’après Heinrich Heine.

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Un très subjectif argument de La Bayadère

LA BAYADÈRE [La danseuse sacrée]
Chorégraphie de Rudolf Noureev (1992) d’après Marius Petipa (1877)
Musique (pas si mal quand elle n’est pas jouée paresseusement) de Ludwig Minkus.

Libre traduction par Cléopold de l’article en Anglais de Fenella.

Avant même qu’il ne créé la grande trilogie avec Tchaikovsky –Lac des cygnes, Belle au bois dormant et Casse Noisette- le chorégraphe français Marius Petipa produisit plusieurs grands classiques en Russie utilisant tous la même formule : un décor exotique, un triangle amoureux (comme dans la plupart des opéras), et une célèbre « scène de rêve » (que les Français dénomment « ballet blanc ») où le héros voit sa bien aimée multipliée par trente deux ballerines revêtues de tutus identiques. Ce ballet en particulier n’avait jamais été montré hors de Russie jusqu’à ce que la troupe du Kirov ne présente sa production à Paris en 1961 (avec Rudolf Noureev).

Essayez de ne pas prendre l’aspect orientaliste de ce mélodrame trop au sérieux. Laissez-vous séduire par cette description fruitée de « couleur locale » située dans une Inde de fantaisie, créée par des artistes qui n’y avaient jamais été autrement que dans leur imagination. Laissez-vous transporter par la passion comme cela était le cas au XIXe siècle.

ACTE I (48 minutes)

SCENE 1 : LE TEMPLE DU FEU ET DE L’EAU

Le noble guerrier Solor envoie ses compagnons à la poursuite d’un Tigre pour le Rajah. Ce n’est qu’un prétexte pour être seul, car Solor convoque le Fakir et lui ordonne de faire savoir à son aimée, la virginale danseuse du temple, Nikiya (la Bayadère) qu’il l’attendra dans le jardin. Leur amour est secret car interdit : ils appartiennent à différentes castes.

Solor se cache et observe l’entrée du Grand Brahmane, gardien du feu sacré. Celui-ci convoque les prêtres et les bayadères (danseuses sacrées du temple), tandis que le Fakir et les adorateurs du feu sacré se lacèrent le corps devant l’autel. Enfin, Nikiya interprète sa danse rituelle. Lorsqu’elle et ses consœurs apportent l’eau aux fidèles épuisés, le Fakir transmet le message de Solor.

Baya Malovik FistMais voilà… que le Brahmane harcèle, en aparté, la Bayadère. Il lui offre sa couronne (et, beurk, dévoile la tête chauve qui se trouve dessous). Elle pretexte qu’ils sont de castes différentes pour le décourager : elle n’est qu’une modeste servante (geste pantomime de lever une cruche d’eau sur son épaule). Mais elle doit finalement [violemment] le repousser.

Quand tous sont partis, les amants peuvent finalement se rejoindre dans une danse extatique. Ignorant de ce que le Brahmane les espionne, Solor jure amour et fidélité éternels sur le feu sacré. Le Brahmane serre le poing et jure d’écraser son rival.

SCENE 2 : LE PALAIS DU RAJAH

Baya Didière FistDes jeunes filles moins consacrées dansent pour divertir le Rajah et sa cour. Celui-ci mande sa fille, Gamzatti, pour lui annoncer qu’elle doit être mariée, si elle y consent, au bel homme dont le portrait est ici exposé : Solor. Gamzatti apprécie ce qu’elle voit et sort. Solor entre ; il est affreusement surpris par la nouvelle. Il ne peut ni avouer qu’il est déjà liée à une autre (à une danseuse, pas moins) ni se résoudre à désobéir à son souverain. Opinant du chef, il décide de régler la question plus tard.

Nikiya a été convoquée pour interpréter une de ses danses rituelles histoire d’agrémenter une réception de cour. (Trans)Portée par un esclave (dans un « pas d’esclave »), elle répand des roses sur la princesse. Nikiya pas plus que Gamzatti ne réalisent qu’elles sont en face de « l’autre femme ».

Le Brahmane arrive et exige de voir le Rajah. Il révèle le pot aux roses, tandis que Gamzatti espionne. : Solor est amoureux de… cette danseuse ! Devant le Brahmane horrifié, le Rajah serre le poing et décide, car il veut toujours de Solor comme beau-fils, que Nikiya doit être écrasée à sa place.

Platel Baya FistGamzatti, jouant machinalement avec son voile nuptial, convoque l’impertinente danseuse. Après avoir prétendu être sa nouvelle amie elle entre en action : « Vois-tu ce portrait de Solor ? Il est désormais mien ! Prends ce collier, pathétique vibrion, cela vaut plus que ce que tu pourras gagner en l’espace de trois vies ! Laisse-le moi ! ». Nikiya ne pouvant croire que l’amour de sa vie ait pu la trahir ainsi explose finalement. Juste à temps, la nourrice, arrache le couteau des mains de Nikiya. Gamzatti serre le poing et jure d’écraser sa rivale.

ENTRACTE (20 minutes)

ACTE II (43 minutes)

LA FÊTE DE FIANÇAILLES AU PALAIS

Baya IndièneGrand apparat. Tous font une entrée spectaculaire, tout particulièrement Solor sur un engin éléphantin (moins spectaculaire est le pendouillant tigre en peluche que ses compagnons transportent). Le prétexte d’une fête permet de montrer une série de danses pittoresques : avec des éventails, des perroquets, par les demoiselles d’honneur, par une Idole dorée en suspension dans l’air, par Manou qui tient une jarre en équilibre sur sa tête, par les « indiens danseurs du feu » qui exécutent une sorte de can-can… Et voici qu’arrive le moment tant attendu du…

… Grand Pas de Deux [en français dans le texte], célébration des fiançailles entre Solor et Gamzatti. C’est l’occasion pour le public de savourer de la pyrotechnie, glorieuse et décomplexée (à l’origine situé à l’acte 4, voir la note plus bas).

Baya mortLeur danse vient de se terminer. Nikiya arrive pour faire son devoir : une nouvelle danse pour consacrer les festivités. Désespérée, elle n’a de cesse de croiser le regard de Solor. « Cela peut-il être vrai ? Peux-tu m’abandonner, juste comme cela ? » L’haya de Gamzatti donne à la jeune fille un panier de fleurs – « de sa part à lui ». La joie de la pauvre fille –« Il m’aime encore ! »– est brisée lorsqu’un serpent caché au milieu des fleurs la mord. C’est Gamzatti qui a envoyé les fleurs après y avoir placé le reptile. Le Brahmane éploré tend à Nikiya une antidote au poison, mais elle comprend finalement que Solor n’osera jamais renoncer à sa caste et à sa position pour son bien à elle. Elle préfère mourir.

C’est seulement à ce moment que Solor réalise ce qu’il a fait.

ENTRACTE (20 minutes)

ACTE III (40 minutes)

DANS UN JARDIN PARFUMÉ

Éperdu de douleur, honteux, toujours amoureux, Solor absorbe une méga-dose d’opium.

Alors qu’il se laisse emporter par le sommeil, la vision d’un nombre infini de Nikiyas idéalisées, revêtues de tutus blancs immaculés et de voiles de mousseline, flotte légèrement sur le jardin. Il s’agit des Ombres, des bayadères qui sont mortes d’amour et sont condamnées à errer entre ce monde et l’au-delà. Vous serez sans doute aussi stupéfaits que Solor par le corps de ballet : des douzaines de solistes potentielles qui subliment leur égo afin d’atteindre cette forme d’harmonie kaléidoscopique. Ouvrez grand vos yeux au moment des trois solos, donnés aux danseuses les plus prometteuses. Lorsque Solor danse avec le fantôme de Nikiya chaque contact, chaque tour, les rapproche l’un de l’autre. A un moment donné, un long voile tendu entre eux symbolise leur connexion. Solor saute littéralement de joie dans son solo. L’acte se termine en triomphe : Nikiya lui a pardonné, en conséquence ils ne seront plus jamais séparés.

Baya ombres

Notes : Acte III, « Le Royaume des Ombres », est souvent d’abord introduit seul au répertoire des compagnies, ou présenté comme un extrait indépendant lors de tournées. Ainsi réduit et « sans éléphant » [en Français dans le texte], tout ce dont on a besoin est : une rampe en pente, un gars, une fille, et 24 à 32 paires de collants surmontées d’un tutu blanc près à plier jusqu’à sentir là où ça fait mal.

A l’origine, il y avait un acte IV. Dans celui-ci, Solor retournait sur terre et épousait malgré tout Gamzatti. Cela mettait en colère les dieux et la noce entière était ensevelie sous les ruines du temple. Cet acte a été rarement représenté depuis la première guerre mondiale. Dramatiquement parlant, soyons francs, tout cela fait l’effet d’une douche froide après l’acte III. Solor y apparait comme un sale type en retournant ainsi vers sa fiancée terrestre. Mais plus que tout, un décor « effondrable », coûte une fortune.

Toutes les photographies de l’article sont des copies d’écran de la captation de 1994 avec les créateurs de la production (Isabelle Guerin, Laurent Hilaire, Elisabeth Platel, Francis Malovik, Jean-Marie Didière, Virginie Rousselière, Lionel Delanoë, Gil Isoart).

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A not too biased plot summary of Don Quixote/Quichotte

NB : voir en dessous pour la traduction française.

La scène des Dryades, Saint Petersbourg. Gravure russe.

A minor episode from the second volume of Miguel Cervantes’s novel Don Quixote de la Mancha – “Gamache’s Wedding” – is spun out into a comic evening-length ballet. While the mime playing the Don keeps crossing the stage in his single-minded pursuit of courtly love, the real heroes are two thwarted but resourceful young lovers. This is a ballet of many colors: exuberant stylized folk dances (Spanish and gypsy) contrast with the classical purity of the poetic “dream scene;” and slapstick gives way to an explosion of spectacular pyrotechnic dancing in the final “wedding scene.”

As Cleopold points out, even the choreographer of record re-tooled his original within two years and then again…and this ballet has been added onto and fussed over by each generation and every company ever since. For Paris, Rudolf Nureyev scanned and chewed over every version he could find in search of, for lack of a better word, the truth. He sought to create a dramatically-correct structure that would allow the dancers to feel less silly. By instilling some kind of additional logic into the plot and action (details, really) and adding yet more dance, he reshaped this ballet chestnut into an even more satisfying soufflé.

PROLOGUE: IN DON QUIXOTE’S ROOMS

The mimed prologue brings us into the world of Don Quixote, an impoverished gentleman obsessed with the days of chivalry. We see the exasperation of his starving entourage: his servants and the rotund monk Sancho Panza. While this fat man of God tries to hold onto the chicken he has just stolen, the Don prepares to go out and right the world’s wrongs.

ACT I: A SQUARE IN BARCELONA

The high-spirited and strong-willed Kitri, the innkeeper’s daughter, leaps into view. She is soon joined by the man she loves: the dashing Basilio, a barber. Her father, Lorenzo, interrupts them. He refuses to let his gorgeous daughter marry such an impecunious suitor. Lorenzo has a much better catch in mind: the idiotic Gamache, a foppish aristocrat.

The sexy Street Dancer, joined by the toreador Espada and his matadors — and then by Kitri’s two girlfriends — all entertain the crowd with dances until the Don arrives astride his mangy horse. The earthy antics of Sancho Panza (which consist mostly of looking up under the womenfolk’s skirts) distract the crowd. When Don Quixote espies Kitri, he mistakes her for the sweet and inexistant “Dulcinea,” his imaginary ladylove. Kitri humors the elderly knight and joins him in an old-fashioned minuet.

When Sancho Panza’s unsuccessful attempt to steal a fish creates a disturbance, Kitri and Basilio run away together.

ACT II

SCENE 1: A GYPSY CAMP IN THE SHADOW OF A WINDMILL

Finally all alone in the middle of nowhere, Kitri and Basilio come to realize just how serious their flirtatious love affair has become. When set upon by gypsies, the couple appeals for help. Kitri’s gold earrings play a cameo role. By the time Lorenzo, Gamache, the Don, etc., catch up with them, the young lovers have become unrecognizable in borrowed gypsy garb. Kitri is particularly brazen, jiggling her shoulders and rattling her new fake jewelry right under the noses of her pursuers. The guests are next treated to a puppet show, which tells the story of…young lovers on the run. The Don, always one more step away from the real world, first tries to rescue the puppets but then espies a giant monster: the famous windmill. Challenging it to a joust, the Don rushes to the attack. Even the orchestra goes oooh! The windmill wins.

ACT II

SCENE 2: A FOREST GLADE (THE DON’S DREAM)

We now share the vision that appears to a terribly wounded Don Quixote. He hallucinates that Dulcinea/Kitri leads him to a magic land: the kingdom of the dryads (mythical wood nymphs). Here Kitri, Cupid, the Queen of the Dryads, and a bevy of identically dressed ballerinas all dance only for him. The knight’s idea of heaven turns out to be a pure and abstract classical ballet: a realm of soft colors and music, beautiful tutus, complex geometric patterns, gentle and harmonious movements, which provide the setting for extremely technically difficult solos for each ballerina.

ACT III

SCENE 1: A TAVERN

The bullfighter Espada and his friends are rejoined by Kitri and Basilio, still in their exotic disguise. Lorenzo, et al., also catch up with them. Kitri’s father is adamant that his daughter must marry Gamache – the stupid suitor from act 1 — but Basilio has one more trick up his sleeve. “Distraught,” Basilio “stabs” himself and lies “dying” center stage. Kitri begs the Don (miraculously recovered from the windmill’s conk on his head) to help the course of true love. Her father finds himself forced at swordpoint to bless their union. This, of course. means that Basilio may miraculously recover from his wound. The Don and Gamache decide to finally have it out. (When the guys are “on,” this bit can turn into the Minister of Silly Walks meets Mr. Bean).

ACT III

SCENE 2: THE WEDDING PARTY

No extensive miming of wedding vows here, merely a joyful party where Kitri and Basilio express their relief, like any newlyweds, at finally being united.

We get to see these two burst into a brilliant grand pas de deux, a rite of ballet which follows a template as codified as any ceremony. A bouncy entrance for both. A sudden burst of private emotions brings them together to dance in slow harmony. Then the hero will jump for joy. Then the heroine will begin to trill [When she whips out her fan, start – discreetly – to rub your head and pat your stomach along to the music, to demonstrate just how much you are in sync to this subtle demonstration of technical mastery]. Then they will both try to outdo each other in the final coda but finish having decided that fabulous partnering is in fact the secret to a great marriage.

All on stage join together to celebrate. The guest of honor, Don Quixote, decides to take his leave and sets out in quest of new adventures. I bet that, after today’s events, he will only find boredom.

Un épisode mineur du second volume du Don Quichotte de la Mancha de Miguel Cervantes -les noces de Gamache- est monté en épingle jusqu’à devenir un ballet comique en deux actes. Tandis que le mime qui joue le Don ne cesse de traverser la scène en quête d’amour courtois, les vrais héros sont deux amants certes contrariés mais jamais à court d’idées. Voila un ballet aux multiples couleurs : d’exubérantes danses de caractère stylisées (espagnoles et gitanes) contrastent avec la classique pureté de la scène du rêve ; et la grosse farce fait place à une explosion spectaculaire de pyrotechnie dansée dans la scène nuptiale finale.

Comme Cléopold l’a fait remarquer, le chorégraphe d’origine a lui-même revisité son original deux ans après la création et encore après … et son ballet a été revu et tarabiscoté par les générations suivantes. Pour Paris, Rudolf Noureev a passé en revue et digéré toutes les versions à disposition, à la recherche, en l’absence d’un vocable plus approprié, de la « vérité ». Il aspirait à créer une structure dramatique correcte qui permettrait aux danseurs de ne pas se sentir insipides. En instillant un peu de logique supplémentaire dans le livret et dans l’action (quelques détails seulement), et en ajoutant encore un peu plus de danse, il a accommodé ces restes de ballet pour en faire un consistant plat de résistance.

PROLOGUE : DANS LA CHAMBRE DE DON QUICHOTTE

Le prologue mimé nous transporte dans le monde de Don Quichotte, un gentilhomme fauché obsédé par l’époque de la chevalerie. On sent l’exaspération de son entourage affamé : ses serviteurs et le rondouillard moine Sancho Panza. Tandis que l’aimable gyrovague essaye de rester en possession du poulet qu’il vient juste de chiper, le Don se prépare à sortir afin de redresser les torts qui pullulent en ce monde.

ACTE I : UNE PLACE DE BARCELONE

La vivace et têtue Kitri, la fille de l’aubergiste, nous saute littéralement aux yeux. Elle est bientôt rejointe par l’homme qu’elle aime : le beau Basilio, barbier de son état. Son père, Lorenzo, les contrarie. Il refuse de laisser sa superbe fille épouser ce prétendant impécunieux. Lorenzo a un bien meilleur candidat en tête : le ridicule Gamache, un aristocrate suranné.

La pulpeuse danseuse de rue, rejointe par Espada le toréador, ses compagnons matadors ainsi que par les deux amies de Kitri divertissent la foule de leurs danses jusqu’à ce que Don Quichotte arrive à califourchon sur va vieille rosse. Les badineries rustiques de Sancho (qui consistent en gros à regarder sous les jupes des filles) distraient la foule. C’est alors que Don Quichotte s’avise de la présence de Kitri qu’il confond avec la douce et imaginaire « Dulcinée », la dame de ses rêves. Kitri divertit le vieux gentilhomme et danse avec lui un désuet menuet.

à la faveur du trouble causé par la tentative manquée de Sancho pour voler un poisson, Kitri et Basilio prennent la poudre d’escampette.

ACTE II

SCENE 1 : UN CAMP GITAN A L’OMBRE D’UN MOULIN A VENT

Enfin seuls au milieu de nulle part, Kitri et Basilio réalisent soudain combien leur bluette est devenu une affaire sérieuse. Capturé par des gitans le couple leur demande de l’aide. C’est une boucle d’oreille en or de Kitri qui décide de leur sort. Quand Lorenzo, Gamache, le Don etc. les rejoignent, les jeunes amants sont devenus méconnaissables, dissimulés sous des oripeaux gitans. Kitri se montre particulièrement effrontée, agitant ses épaules et faisant sonner ses nouveaux bijoux de pacotille juste sous le nez de ses poursuivants. Les invités se voient ensuite donner un spectacle de marionnettes qui conte l’histoire de … deux jeunes amants en fuite. Don Quichotte, jamais vraiment les deux pieds sur terre, essaye d’abord de voler au secours des marionnettes puis aperçoit un monstre géant : le fameux moulin. Le provoquant en combat singulier, il fonce tête baissée. Même l’orchestre fait « Hiiiiiiii » ! C’est le moulin qui gagne.

ACTE II

SCENE 2 : UNE CLAIRIERE (LE RÊVE DE DON QUICHOTTE)

Nous assistons maintenant à la vision qui apparait à Don Quichotte, cruellement blessé. Dans son hallucination, Dulcinée/Kitri le conduit dans une contrée magique : le royaume des dryades (de mythiques nymphes des bois). Là, Kitri, Cupidon et la Reine des dryades, ainsi qu’une cohorte de ballerines habillées de manière identique dansent toutes pour lui. L’idée que se fait le chevalier du Paradis prend la forme d’un pur moment de danse classique abstraite : un domaine de couleurs et de musique suaves, de beaux tutus, de figures géométriques complexes, d’élégants et harmonieux mouvements, écrin approprié pour les très techniques solos de chacune des ballerines.

ACTE III

SCENE 1 : UNE TAVERNE

Le Torero Espada et ses amis sont rejoints par Kitri et Basilio toujours dans leur déguisement exotique. Lorenzo & Cie les rattrapent finalement. Le père de Kitri est inflexible dans sa résolution de marier sa fille à Gamache -le stupide prétendant du premier acte- mais Basilio a plus d’un tour dans son sac. « Dérangé », celui-ci se« poignarde » et gît, « mourant » en plein milieu du plateau. Kitri supplie Don Quichotte (miraculeusement rétabli de son mouliné sur la caboche) d’aider la cause de l’amour vrai. Le père se trouve bientôt forcé de donner son consentement à la pointe de l’épée. Cela donne le signal à Basilio pour guérir miraculeusement de sa blessure. Don Quichotte et Gamache décident finalement d’en découdre (quand les gars sont bien dedans, la scène peut ressembler à la fille adultérine des Monty Python et de Mister Bean).

ACTE III

SCENE 2 : LES NOCES

Pas de grande scène de mime pour ce mariage mais avant tout une joyeuse réception où Kitri et Basilio expriment leur soulagement, comme tous jeunes mariés, d’être enfin unis. On verra ces deux-là se lancer dans un brillant pas de deux, un rituel balletique qui suit une routine aussi réglée qu’une cérémonie. Une entrée bondissante pour les deux suivie d’une soudaine effusion les unissant dans une danse de calme harmonie (adage). Puis, le héros saute de joie (variation I). Puis l’héroïne se met à roucouler (variation II) [Quand elle commencera à agiter son éventail, entreprenez de -discrètement- vous frotter la tête et l’estomac en même temps, avec panache, pour montrer toute votre sympathie à cette discrète démonstration de maîtrise technique]. Enfin, ils essaieront chacun de se surpasser l’un l’autre dans la coda, tout ça pour finir par convenir qu’un fabuleux partenariat est le secret de tout bon mariage. Tous se joignent à eux pour célébrer la noce.

L’invité d’honneur, Don Quichotte, décide alors de s’éclipser pour aller vers de nouvelles aventures. Je pense qu’après les évènements de cette folle journée, il ne pourra que se raser.

Libre traduction de Cléopold

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A very biased plot summary for La Bayadere

LA BAYADERE [the temple dancer]
Choreography by Rudolf Nureyev (1992) after Marius Petipa (1877)
Music (not that bad, if not lazily played) by Ludwig Minkus

L’article en Français

Even before he would create the great trilogy with Tchaikovsky – Swan Lake, Sleeping Beauty, and The Nutcracker – the French-born choreographer Marius Petipa produced several classic ballets in Russia all using the same formula: an exotic setting, a dramatic love triangle (as in most operas), and an acclaimed “dream scene” (which the French call a ballet blanc) where the hero sees his beloved multiplied into 32 ballerinas clad in identical tutus. This particular ballet had never been shown outside of Russia until the Kirov troupe brought its production to Paris in 1961 (along with Rudolf Nureyev).
Try to not take the “orientalist” aspects of this melodrama too seriously. Let yourself enjoy this fruity depiction of “local color” set in some kind of fantasy India, created by artists who had never been there except in their imaginations. Get swept away by passion as it was experienced in the 19th century!

ACT I (48 minutes)
SCENE 1: AT THE TEMPLE OF FIRE AND WATER
The noble warrior Solor sends his companions off to catch a tiger for the Rajah. It’s only an excuse to be alone, for Solor summons the Fakir and orders him let Solor’s beloved, the virginal temple dancer Nikiya [aka LA Bayadère] know that he will be waiting for her in the garden. Their love is secret and forbidden: they belong to different castes.
Solor hides and watches the entry of the Grand Brahmin, keeper of the sacred flame. He summons the priests and the bayadères (dancers of the sacred temple), as the fakir and fire-worshippers lacerate themselves before the altar. Finally, Nikiya performs her ritual dance. When she and her sisters bring water to the exhausted faithful, the Fakir passes along Solor’s message.
The Brahmin clenches his fist. Not Good... Francis Malovik.But first…the Brahmin corners Nikiya. He offers her his crown (and, yuk, the bald head beneath it). She uses the excuse that they are of different castes to try to get him to go away: she is only a lowly servant (pantomime gesture of lifting a water jug to her shoulder). But finally she has to just push him away.
When all depart, the lovers can finally meet and dance ecstatically. Unaware that the Brahmin is spying on them, Solor swears eternal love and fidelity on the sacred fire. The Brahmin clenches his fist and swears to crush his rival.

The Rajah clenches his fist. Really not good... Jean-Marie Didière.

SCENE 2: AT THE PALACE OF THE RAJAH
Less sacred girls dance to please the Rajah and his court. He calls for his daughter, Gamzatti, to tell her that she is to be married, if she agrees, to the handsome man in a portrait on display: Solor. Gamzatti likes what she sees and exits. Solor enters, but is horribly surprised by the news. He cannot admit that he is already betrothed to another (to a dancer, no less); nor can he bring himself to disobey his sovreign. Nodding, he decides to figure this one out later.
Nikiya has been summoned to perform her usual ritual dance to bless an event at court. Carried about by the Slave (in the pas d’esclave), she strews flowers upon the princess. Neither Nikiya nor Gamazatti realizes that she is facing “the other woman.”
The Brahmin arrives and demands to see the Rajah. He spills the beans, as Gamzatti eavesdrops: Solor is in love with…that dancer. To the Brahmin’s horror the Rajah clenches his fist and pushes them downwards. He still wants Solor as a son-in-law, so Nikiya must be crushed instead.
The princess clenches her fist. It's Baaaaad!Gamzatti, toying with her bridal veil, summons the impertinent dancer. After first pretending to be her new friend she gets into action: “see that portrait of Solor? Well he’s mine now! Take this necklace, you pathetic worm, it’s worth more than you could earn in three lifetimes! Leave him to me!” Nikiya cannot believe that the love of her life could betray her like this and finally explodes. Just in time, the nursemaid grabs the knife from Nikiya’s hand. Gamzatti clenches her fist and swears to crush her rival.

INTERMISSION (20 minutes)

ACT II (43 minutes)
THE ENGAGEMENT PARTY AT THE PALACE
Baya IndièneGrand pageantry. All make spectacular entrances, especially Solor on an elephantine contraption (less spectacular is the droopy stuffed tiger his companions carry in). The conceit of a party allows for a series of colorful dances: with fans, with parrots, by the bridesmaids; by the airborne Golden Idol; by the Manou who balances a water jug on her head; by the “Indian fire dancers” who do a kind of can-can

…and finally it’s time for the:
Grand Pas de Deux, the celebration of Gamzatti and Solor’s engagement. It is a chance for the audience to enjoy glorious unabashed pyrotechnics. (Originally in Act IV, see note below)
Baya mortTheir dance just ended, Nikiya arrives to do her duty: yet another dance to consecrate a festive event. Distraught, she, keeps trying to catch Solor’s gaze. “Can this really be true? Can you abandon me just like that?” Gamzatti’s ayah gives the girl a basket of flowers – “from him.” The poor girl’s joy – he still loves me! – is shattered when the serpent hidden amongst the flowers bites her. Gamzatti sent the flowers, after first placing an asp in them. The lovelorn Brahmin offers Nikiya an antidote to poison, but Nikiya finally understands that Solor will never dare to renounce his caste and position for her sake. She prefers to die.
Only now does Solor realize what he has done.

INTERMISSION (20 minutes)

ACT III (40 minutes)
IN A PERFUMED GARDEN
Distraught, ashamed, still in love, Solor takes a giant dose of opium.
As he drifts to sleep the vision of an infinite number of idealized Nikiyas, clad in pristine white tutus and chiffon veils, waft into the garden. They are the Shades, bayadères who died for love and are fated to wander between this world and the next. You should be as stunned as Solor by the corps de ballet: dozens of soloist-caliber women sublimate their egos in order to achieve this kind of kaleidoscopic harmony. (Watch for three solos, given to the most talented young dancers). When Solor dances with the ghost of Nikiya each touch, each turn, brings them closer together. At one point, a long veil stretched between them symbolizes their connection. Solor literally jumps for joy in his solo. The act ends in triumph: Nikiya has forgiven him, therefore they shall never be parted.

Baya ombres

Notes:
Act III — “The Kingdom of the Shades” — serves as a starter or touring version for many companies.  Boiled down and sans elephant, all you need are: a ramp, a guy, a gal, and 24 to 32 pairs of thighs topped by white tutus ready to plié until they « feel the burn. »
Originally, there was even an Act IV! In it, Solor returns to earth and marries Gamzatti after all. This makes the gods angry, who then bury the entire wedding party under the the rubble of the imploding palace. This Samsonesque act has rarely been staged since WWI. Dramatically,  let’s be honest, anything is a letdown after Act III.  Solor comes off as a real creep for going back to his fiancée. But most of all, a collapsible set costs a fortune!

All pictures in this article are screenshots from the 1994 film with the original cast (Isabelle Guérin, Laurent Hilaire, Elisabeth Platel, Francis Malovik, Jean-Marie Didière, Lionel Delanoë, Virginie Rousselière, Gil Isoart).

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