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Au Staatsballett Berlin : l’évènement « Nurejew »

« Nurejew » (Kirill Serebrennikov, Ilya Denutsky, Yuri Possokhov). Staatsballett Berlin, Deutsche Oper Berlin. Soirées du 6 et du 7 avril 2026.

Quand on a suivi les vingt dernières années de la carrière de Rudolf Noureev, danseur, chorégraphe et directeur, l’observant et le rencontrant, aller à Berlin découvrir le biopic dansé qui lui est consacré entrainait les pires doutes, jamais un ballet n’ayant été consacré à une figure masculine de la danse depuis les « Nijinski » de Béjart puis de Neumeier.

Alors, à quoi s’attendre ? Un éloge ? Une condamnation ? Une déception ?  Et ce d’autant plus que ce « Nurejew » (de son titre allemand) porte la signature de Kirill Serebrennikov, connu pour ses pièces très fortes mais aussi controversées.

Créé, après maintes difficultés, à Moscou, sur la scène du Bolchoï (suite à une commande du Directeur Vladimir Ourin), en décembre 2017, « Nurejew », fut définitivement retiré de l’affiche en 2023, ses allusions politiques et sexuelles victimes de la censure, notamment dans le cadre de la propagande anti LGBT.

A la même époque, le chorégraphe Christian Spuck était nommé à la direction du Staatsballet de Berlin. Dès lors, il n’eut de cesse de vouloir monter cette monumentale production pour sa compagnie y voyant, au-delà d’un ballet « une production engagée, emblématiques de la liberté politique, sexuelle et artistique » !

Voilà chose faite depuis le 21 Mars dernier.

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Le résultat est grandiose, tant par la forme que l’audace, à l’image de l’opulence et la démesure qu’affectionnait Noureev : 70 musiciens dans la fosse pour interpréter la brillante partition originale d’Ilya Demutsky et pas moins de 140 personnes en scène : les 80 très bons et très investis danseurs du Staatsballett, acteur, chœurs, musiciens et figurants pour une évocation de 2h20, en deux actes. Kirill Serebrennikov en a signé l’argument, la scénographie et les décors, Iouri Possokhov la chorégraphie (né en Ukraine, il est depuis longtemps au San Francisco Ballet, pour lequel il vient de créer sa version d’Onegin). La même équipe avait déjà collaboré en 2015 pour le ballet Un héros de notre temps, et qualifie leur travail de « Gesamtkunstwerk » (œuvre d’art totale) mais, c’est, d’abord et avant tout, un ballet, la danse étant omniprésente. Et c’est la première bonne surprise !

Mais, aucun d’entre eux n’ayant jamais côtoyé ni vu danser leur héros, on pouvait s’interroger quant à un résultat final cohérent : fidélité à l’homme et à son ouvrage ou vision très personnelle des créateurs ?

Odin Lund Biron. Photographie Carlos Quezada

Le rideau se lève cela sur la vente des biens de Noureev par Christie’s. Le commissaire-priseur, est joué, comme à Moscou, par Odin Lundt Biron, excellent acteur polyglotte (américain, il a travaillé quinze ans à Moscou, avant de quitter la Russie en 2022) présent tout au long du spectacle. Les acheteurs, ce sont les fans si attachés à Noureev, et chaque lot amène un tableau de la vie de leur idole. Par l’art de Serebrennikov, le résultat est d’une grande force théâtrale mais jamais figé :  les figurants eux-mêmes bougent, alternant des poses, les changements de décor comme la plupart des changements de costume se font à vue, c’est un véritable tourbillon comme l’était le quotidien de Noureev.

Et ça fonctionne, le résultat est une narration limpide, toujours d’une grande intensité, chaque vente devenant prétexte à un épisode de la vie tumultueuse de cet insoumis.

Ses années de jeunesse ? Lors d’une classe à l’Ecole Vaganova, il arrive en retard et écourte l’échauffement pour s’élancer, seul tout de blanc vêtu, parmi les élèves sous le regard bienveillant du professeur. Le ton est donné ! Alors que tous sourient, habités par la joie de danser, lui se révèle impatient et, déjà, dans ses pensées…

« Nurejew ». Photographie Carlos Quezada.

Quand un chœur mixte prend place en scène pour entonner un chant à la gloire de la « Mère Patrie », les danseurs enfilent la tenue des Komsomol. Leurs mouvements se rigidifient, leurs bras devenus mécaniques évoquant la perfection des ensembles Moïsseieiv, au fur et à mesure que des barrières métalliques les enserrent. Barrière, sautée par Noureev pour évoquer sa demande d’asile à la France en Juin 1961 à l’aéroport du Bourget, avec un regard d’une grande détresse, quasiment halluciné par ce choix et ce saut vers l’inconnu. Après cette scène intense mais sans pathos inutile, sa danse devient plus souple et plus sensuelle pendant qu’il s’énivre de cette liberté toute neuve, sur des accords jazzy, avec des amis parisiens. Par les grandes fenêtres du côté cour, s’envolent les voilages et on n’a pas de mal à deviner l’allusion…

Ainsi, vont s’enchainer les tableaux, au gré des séances de vente des biens, sa vie défilant à toute allure sur un plateau en perpétuel mouvement.

Pour le puriste, tout n’est pas parfait ni exact : non, il n’y avait pas de drag-queens en 1961 à Paris pour tenter le jeune homme et, dramaturgiquement parlant, évoquer, dès le premier acte, l’influence de Noureev sur ses élèves est prématuré. Mais c’est un prétexte à un très beau solo de l’Etudiant, accompagné par un harpiste sur scène et alors que sont lues deux lettres de Laurent Hilaire et Charles Jude. Ce dernier est particulièrement touchant, dès ses premiers mots « Rudi, mon ami », par sa simplicité (« ta vie était la danse et la danse était ta vie ») et tous deux rappellent son insatiable soif de découvertes, de culture et son sens du dépassement de soi par le travail.

Après un tel moment d’émotion, Kirill Serebrennikov introduit de la légèreté avec la séance photo à New York, en octobre 1968, par Richard Avedon, joué toujours par le même comédien Odin Lundt Biron. Un Avedon cru et tyrannique mais devant l’objectif duquel Noureev se dévoile peu à peu (les vraies photos étant alors projetées sur scène) et finit par envelopper sa nudité dans un manteau de vison pour une danse débridée, sur une table, dans un salon new-yorkais, sous les yeux de femmes énamourées et les flashs d’une meute de paparazzis. Ce qui aurait pu être vulgaire se révèle d’une folle énergie.

« Nurejew ». Martin ten Kortenaar (Rudolf). Photographie Carlos Quezada.

L’arrivée sévère d’Erik (Erik Bruhn) ramène Noureev au sérieux du travail : leur rencontre semble d’abord un combat avec une rivalité sous-jacente : au début Erik multiplie la petite batterie, comme pour lui indiquer la précision qui manquait alors à sa technique, et, par leur influence réciproque, leur danse devient plus large, plus harmonieuse à l’image de la tendresse qu’ils vont développer l’un pour l’autre.

« Nurejew ». David Soares (Rudolf) et Martin ten Kortnaar (Erik). Photographie Carlos Quezada.

Au 2ème acte, la vente des costumes de Noureev (Don Quichotte, Raymonda, le Lac, Roméo) entraîne dans sa vie effervescente des années 1970/80 : voyageant sans cesse, dansant un soir, chorégraphiant un autre, à un rythme trépidant, suggéré par les rapides changements de toiles de décors peintes dans le fond de la scène. Toujours impatient, exigeant, en quête de lumière et de reconnaissance, surveillant du coin de l’œil partenaires et corps de ballet, dans une course éperdue à la perfection. Cet acte, évoque ses partenaires féminines : Margot Fonteyn (Iana Salenko, toute en sobriété) dans un superbe pas de deux inspiré par le Marguerite et Armand d’Ashton ; et de manière peut-être plus étonnante, Alla Ossipenko (sa partenaire pour le Lac des Cygnes à Paris en Juin 1961, et décédée l’an passé) qui raconte dans une lettre que Pierre Lacotte lui avait demandé de venir pour un projet ensemble à Monte Carlo mais que l’autorisation lui avait été refusée par l’URSS. Autre femme, la Diva, c’est Nathalia Makarova, transfuge de l’URSS comme lui, avec lequel elle avait dansé le Lac des Cygnes en Juillet 1973 dans le Cour Carrée du Louvre. Dans sa lettre, elle insiste sur son côté profondément russe « Tu étais russe, un danseur russe ! ». Là, justement, réside très certainement la clé de la réussite de cette biographie dansée : elle est signée par une équipe entièrement russe, sans doute la mieux à même de comprendre l’âme russe de Noureev, cette « nostalgie silencieuse » évoquée par Charles Jude dans sa lettre.

« Nurejew ». Iana Salenko (Margot et David Soares (Rudolf). Photographie Carlos Quezada.

Puis vient la manifestation de la maladie : Kirill Serebrennikov traite Noureev en monarque entouré d’objets d’art mais coupé du monde. C’est peut-être un peu pompeux mais donne lieu à un tableau somptueux avec l’apparition du chœur en costumes baroques, alors que Noureev, d’abord vêtu en Louis XIV, enfilant l’habit du Pierrot Lunaire de Glen Tetley, n’est plus qu’un pantin désarticulé porté par quatre garçons, loin de l’homme triomphant porté par les quatre mêmes à Léningrad ou à Paris. Alternant force et abandon, il s’obstine à danser sans (vouloir ?) comprendre ce qui lui arrive, finissant en Pierrot brisé.

La dernière pièce vendue aux enchères est la baguette avec laquelle il dirigeait, devenu chef d’orchestre. C’est d’ailleurs dans ce même Deutsche Oper qu’il fit son ultime apparition à Berlin (où il s’était produit une quinzaine de fois dans sa carrière), dirigeant l’orchestre à l’occasion d’un gala (le 21 Juin 1992) pour Le Chant du compagnon errant de Mahler, qu’il avait lui-même si souvent interprété.

Mais là, c’est la Bayadère qu’il va diriger, son testament chorégraphique, où les Ombres, de manière très ingénieuse, réunissent une quinzaine de danseuses en tutu gris avec des voiles irisés et tout autant de garçons en académique gris très échancré sur le torse (celui qu’il portait pour Moments de Murray Louis) : aux délicats équilibres des unes se mêlent les non moins difficiles lents pliés en première position des autres.

La fin déjà poignante devient réellement pathétique lorsque, blême, flottant dans son costume de chef d’orchestre trop grand pour lui, il gagne par le premier rang de la salle la fosse d’orchestre où il lève une dernière fois sa baguette sur un monde devenu silencieux.

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On l’aura compris, le rôle de Noureev, omniprésent sur scène, demande un engagement physique et émotionnel total. Yuri Possokhov a bien insisté sur la liberté qu’il voulait donner aux danseurs pour penser leur interprétation. A Moscou, le créateur du rôle, Artem Ovcharenko, jouissait d’une certaine ressemblance physique avec Noureev dans les traits du visage. David Soares (qui avait déjà travaillé le rôle au Bolchoï) est un danseur brésilien venu à Moscou avec une bourse mais qui en est parti du jour au lendemain lors de l’envahissement de l’Ukraine. Il dit avoir « puisé dans cet exil forcé et rapide une manière de se connecter à Noureev ». Très beau, très bon technicien, énergique, David Soares danse le rôle sans essayer de l’incarner, « conscient que personne ne peut le copier ».

Néanmoins, on sort du spectacle rassuré : l’esprit de Noureev, loin d’avoir été trahi (d’ailleurs, la captation de la première représentation par ARTE a été réalisée avec le soutien de la Fondation Noureev) est totalement présent ! Quelques détails biographiques et chorégraphiques (non, ses partenaires, Margot Fonteyn en tête, ne multipliaient pas les six o’clock à l’époque…) sont un peu fantaisistes mais c’est peu de chose par rapport à l’énorme énergie dégagée par ce ballet tout à fait en phase avec celle qui animait Noureev aussi bien pour danser que pour vivre.

Martin ten Kortenaar (Rudolf). 7 avril 2026.

Et puis… s’est révélée une seconde distribution, Martin ten Kortenaar (Erik de la première distribution) s’emparant du rôle-titre le 7 Avril. Sa sombre présence en Erik Bruhn retenait déjà l’attention mais sa très grande élégance pouvait laisser douter de sa transformation en un Noureev plus « sauvage ». Martin ten Kortenaar (d’origine canadienne, soliste de la compagnie depuis 2023) ne joue pas Noureev : il est Noureev ! Son interprétation d’une très fine intelligence évolue tout au long de la soirée et, avec lui, on a vraiment le sentiment de reconnaître Noureev alors même que, très grand, il n’en a pas le physique. En arabesque, il a sa même façon d’étendre le bras très loin en avant pour allonger la ligne du torse. A la fin de ses manèges il prend le même soin de resserrer ses 5èmes et il a même ce petit geste discret de souvent tirer sur le bas de son pourpoint… Au-delà de ces détails, on retrouve, par exemple dans la scène de la Rudimania, la manière dont Noureev savait utiliser les paparazzi ! On le revoit dévorant la vie, le sourire en coin et la narine vibrante, capable lors d’une répétition en scène de danser tout en corrigeant le corps de ballet autour de lui, exigeant avec les autres comme avec lui-même et infatigable voyageur, sa soif de représentations, de voyages et de découvertes jamais assouvie. Martin ten Kortenaar, progressivement, s’empare du ballet et mène artistes et spectateurs, comme Noureev emmenait son public par sa danse et son charisme.

Dans la même veine, en Diva, Weronika Frodyma évoque par sa danse et sa démesure les bras et le style de Natalia Makarova, là, où, dans le même rôle, Polina Semionova faisait (superbement!) du…Polina Semionova.

Aux deux distributions, le public berlinois a réservé un accueil enthousiaste, gratifiant les artistes de standing ovations, preuve de la réussite totale de l’équipe de création pour évoquer un tel mythe. D’ailleurs, la reprise de « Nurejew » est déjà annoncée à Berlin en Avril 2027.

 

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Noureev, en affirmant « Tant que mes ballets seront dansés, je serai vivant », ne se doutait pas qu’une telle oeuvre lui serait un jour consacrée (nul doute qu’il en aurait adoré l’idée), et que, celle-ci, loin de tout panégyrique, permettrait aux nouvelles générations d’appréhender toutes les facettes de l’homme et de l’artiste exceptionnels qu’il fut, les amenant à découvrir ses chorégraphies, tant qu’elles seront dansées…

Un article de Martine Anstett

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Les Saisons de l’Opéra : mémoires de loge, oubliettes de strapontin

Gustave Doré : le public des théâtres parisiens.

Faisons une pause dans notre exploration des saisons de l’Opéra de Paris depuis un demi-siècle. Partant d’un constat visible à l’œil nu (la chute de la part des œuvres classiques et néoclassiques, nette depuis le début du XXe siècle), nous avons scruté le sort fait aux vieilleries, dont une grande partie moisit dans l’oubli. À tort ou à raison ? Beaucoup de questions restent à trancher, mais c’est à présent l’été, et nous avons bien gagné le droit à un peu de légèreté.

Observons donc le temps qui passe à travers un petit bout de lorgnette. Aujourd’hui, on classera les œuvres non par leur âge ou leur style, mais par leur caractère récurrent. Quelles sont les pièces qu’on voit le plus souvent ? Sont-ce toujours les mêmes au fil du temps ? Suffit-il d’être dansé souvent pour échapper au péril des oubliettes ? (Bon d’accord, en termes de frivolité, c’est un peu décevant, mais recenser les œuvres en fonction de la couleur des costumes aurait pris trop de temps).

Piliers (Gustave Doré)

Les pièces présentées plus de 10 fois dans les 49 dernières années sont les piliers de la maison (Figure 16). Elles sont au nombre de 15. Au haut du palmarès, les apparemment indétrônables Lac des Cygnes et Giselle (programmés environ tous les 2 ans en moyenne), suivis des blockbusters attendus (Sylphide, Belle, DQ, Bayadère, etc.) mais aussi d’autres pièces à effectif plus réduit (Afternoon, Le Fils prodigue ou Agon), dont des séries sont programmées tous les 3 à 4 ans.

Ces piliers sont tous assez solides, à l’exception de Petrouchka, à la présence relativement plus fragile (l’œuvre n’a pas été dansée à Paris depuis plus de 10 ans, sa présence a connu deux éclipses de 8 et 12 années, et les dernières programmations sont plus espacées qu’auparavant).

« Loges » (Gustave Doré)

Un cran en dessous en termes de fréquence sur scène, on a décidé de nommer « Loges » les pièces qui ont été présentées sur la scène de Garnier ou de Bastille entre 6 et 9 fois lors des 49 dernières saisons. Viennent ensuite les « Chaises » (entre 3 et 5), les « Strapontins » (2 fois) et les « Places debout » (1 fois).

Tout le monde aura compris la métaphore : on est moins à son aise juché sur son strapontin qu’assis sur une chaise, et les titulaires des places debout sont les moins bien installés. Logiquement, le nombre d’œuvres dans chaque catégorie va croissant : en regard des 15 piliers-superstar, on compte 33 loges, 72 chaises, 86 strapontins et 222 places debout (pour éviter les aberrations historiques, la douzaine d’œuvres anciennes programmées une seule fois pendant la période 1972-2021, mais dont on sait qu’elles étaient souvent dansées auparavant, sont rangées non pas en « place debout », mais par approximation dans une catégorie supérieure).

Être une Loge est-il une garantie de pérennité ? Pas si sûr… Certaines œuvres de cette catégorie peuvent prétendre au rang de futurs piliers, par exemple Le Parc, En Sol, In the Night, déjà programmés à neuf reprises pour plus de 100 représentations depuis leur entrée au répertoire.

Mais de l’autre côté du spectre, il est prouvé qu’une loge peut tomber en ruine. Ainsi d’Istar (Lifar, 1941), pièce représentée une bonne centaine de fois à l’Opéra selon les comptages d’Ivor Guest, mais dont la dernière programmation en 1990 pourrait bien avoir été le chant du cygne. Plus près de nous, la Coppélia de Lacotte (1973), dont des séries ont été dansées sept fois en moins de 10 ans, a ensuite connu une éclipse de huit ans, avant une dernière programmation, en 1991, qui sera peut-être la dernière.

Hormis ces deux œuvres en péril d’oubliettes, on repère quelque fragilité – les teintures s’effilochent, la peinture s’écaille, les fauteuils se gondolent – dans le statut d’œuvres comme Tchaïkovski-pas de deux, Raymonda, Les Mirages, les Noces de Nijinska ou le Sacre du Printemps de Béjart. Un indice de décrépitude – plus ou moins flagrant selon les cas – réside dans l’écart soudain entre l’intervalle moyen de programmation et le temps écoulé entre les dernières séries. Quand une œuvre autrefois programmée souvent connaît soudain des éclipses plus ou moins longues, c’est que du point de vue de la direction, elle est plus du côté de la porte que de la promotion (Figure 17).

À ce compte, ce sont le Sacre de Béjart, les Noces et Les Mirages, qui semblent les plus fragiles : non seulement l’écart entre deux séries s’allonge significativement, mais en plus, la dernière date de programmation commence aussi à être éloignée dans le passé.

Dans une moindre mesure, ce phénomène touche le répertoire balanchinien (Tchaïkovski-pas de deux, et Sonatine) dont la fréquence s’amenuise au fil du temps, ainsi que Raymonda (dont la date de reprogrammation après le rendez-vous manqué de décembre 2019 sera sans doute décisive).

En dehors de ces huit cas (24% du total quand même…), la majorité des 33 œuvres-Loge semble solidement implantée dans le répertoire (on compte parmi elles Suite en blanc, Paquita, Le Sacre de Pina Bausch, Cendrillon, Manon, La Dame aux Camélias, The Concert, Joyaux…). Mais on ne peut s’empêcher de remarquer que cinq autres pièces de Balanchine – Serenade, Symphonie en ut, Les Quatre tempéraments, Violon concerto et Concerto Barocco – se font plus rares au fil du temps (le temps écoulé entre deux séries ayant tendance à s’allonger de moitié par rapport au passé, ce qui n’est peut-être pas sans effet sur le résultat sur scène…).

« Chaises » (Cham)

De manière plus synthétique, mais en utilisant les mêmes critères, l’analyse de l’état de conservation des Chaises, Strapontins et Place debout donne des résultats assez prévisibles. Ainsi, les Chaises (programmées entre 3 et 5 fois) se répartissent à part presque égales entre solidité, fragilité et décrépitude (Figure 18).

Parmi les Chaises en ruine ou en péril à l’Opéra de Paris, on repère – outre les œuvres de Skibine, Clustine, Lifar, Massine, Fokine… dont on a déjà évoqué la disparition lors de nos précédentes pérégrinations – le Pas de dieux de Gene Kelly (création en 1960, dernière représentation 1975), Adagietto d’Oscar Araïz (entrée au répertoire 1977, dernière apparition en 1990), mais aussi Density 21,5 (1973) et Slow, Heavy and Blue (1981) de Carolyn Carlson, Casanova (Preljocaj, 1998), Clavigo (Petit, 1999), et Wuthering Heights (Belarbi, 2002). Par ailleurs, certaines pièces entrées au répertoire au tournant des années 1980, comme le Jardin aux Lilas (Tudor), Auréole (Taylor), Divertimento n°15 (Balanchine) ou Sinfonietta (Kylian) ne semblent pas avoir fait souche, et en tout cas, s’éclipsent au cours des années 1990.

Les Chaises un peu bancales – renaissance pas impossible, mais présence en pointillé en dernière période –, incluent certaines entrées au répertoire de Neumeier (Sylvia, Vaslaw  et le Songe d’une nuit d’été), Tzigane (Balanchine), la Giselle de Mats Ek, Dark Elegies (Tudor), Le Chant de la Terre (MacMillan), The Vertiginous Thrill of Exactitude (Forsythe), et – parmi les créations Maison – Caligula (Le Riche), et La Petite danseuse de Degas (Patrice Bart).

« Strapontins » (Cham)

La situation est par nature plus précaire pour les Strapontins, et encore plus pour les Places debout. Et notre classement devient forcément sommaire, principalement corrélé à l’ancienneté de la dernière représentation : un Strapontin déplié une dernière fois il y a plus de 30 ans est tout rouillé, et une Place debout qui n’a pas bougé depuis 20 ans est ankylosée de partout. Les créations un peu plus récentes sont dites fragiles, faute de mieux, et on évite de se prononcer sur les dernières nées : l’avenir des Noces de Pontus Lidberg, par exemple, est imprévisible.

Bien sûr, les 222 Places debout, majoritaires en nombre, ne constituent pas la moitié des spectacles : présentées moins souvent, dans des jauges plus petites, ou occupant une partie de soirée, elles représentent une part minime de l’offre… sauf, et c’est troublant, dans la période récente.

Alors qu’entre 1972 et 2015, les œuvres programmées une seule fois composaient en moyenne 9% de l’offre (nous ne parlons plus ici de nombre d’œuvres, mais de leur part pondérée dans les saisons), lors du septennat en cours, cette part triple, pour atteindre 27%, signe d’une accélération de la tendance au renouvellement dans les saisons Millepied et Dupont (Figure 19).

Ce phénomène n’est pas seulement dû à l’absence de recul historique (les entrées au répertoire sont forcément Debout, avant éventuellement de monter en grade) : lors de la période précédente, seules deux pièces (Daphnis et Chloé de Millepied, et le Boléro de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet), étaient des créations vouées à être reprises quelque temps après. Et elles ne représentent que 1,1% de l’offre 2008-2015 (autrement dit, le passage du temps ne change pas beaucoup la donne).

Au demeurant, la rupture est visible de l’autre côté du spectre : la part combinée des Piliers et des Loges s’estompe au fil du temps (de plus de 60% sur la période 1972-2001, à moins de 50% lors des 20 dernières années). Un signe que l’instabilité gagne du terrain ?

[A SUIVRE]

« Places debout » (Daumier)

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Un argument pour Raymonda

Rudolf Noureev. Raymonda. Captation filmée 1984. Capture d’écran.

RAYMONDA: Chorégraphie de Rudolf Noureev (1983), d’après le ballet original de Marius Petipa (1898). Musique d’Alexandre Glazounov. Paris, Opéra Bastille, du 3 au 31 décembre.

Bien avant qu’il ne s’avère être le plus célébré des chorégraphes du XIXe siècle, Marius Petipa dut quitter sa ville de naissance Marseille et parcourir l’Europe comme danseur indépendant. Puis, il décrocha un poste permanent en Russie. Une fois achevée la fameuse trilogie avec Tchaïkovski – La Belle au bois dormant, Casse-noisette et le Lac des cygnes – Petipa continua à produire ses ballets d’une soirée en utilisant une formule éprouvée : un décor exotique (souvent un de ceux qu’il avait connu en vrai, durant ses voyages forcés, et dont il avait assimilé, dans toutes ses fibres, les danses locales) ; un dramatique triangle amoureux (pareil qu’à l’opéra, na !) ; et un très attendu ballet blanc (que les anglo-saxons appellent « scène du rêve ») où l’héroïne – la femme idéale – est diffractée indéfiniment par un corps de ballet de ballerines toutes revêtues d’un tutu identique.

En 1961, alors en tournée en France, l’immense danseur Rudolf Noureev déserta, préférant le Monde à la Russie soviétique. S’il laissa tout derrière lui, il garda dans son esprit et dans son corps, tel une mémoire-valise pleine à craquer, tous les grands ballets narratifs de Marius Petipa. Parmi ces joyaux datant de la Russie tsariste, certains n’avaient été que rarement vus à l’étranger. Raymonda en trois actes était de ceux-là.

Cette histoire, située à l’époque des Croisades, tourne autour d’une princesse française qui se trouve écartelée entre l’amour d’un séduisant chef guerrier arabo-mauresque et celui d’un « bel et preux chevalier » au service du roi de Hongrie. Les noms des personnages principaux masculins – Abd-el-Rahman, Jean de Brienne et André II – sont pris dans l’Histoire [même s’ils ne furent pas contemporains], tandis que l’argument – ainsi que l’héroïne – sont pure invention et prétexte à la danse.

Tout en respectant les parties subsistantes de la chorégraphie originale, Noureev ajoutait toujours quelque chose en plus dans ses propres productions : beaucoup plus de danse pour les hommes que cela n’était d’usage à l’époque de Petipa (et même à l’Ouest à l’époque de Noureev). Ici, tout particulièrement, il développe le rôle du chef sarrasin – un simple mime dans la production originale – pour en faire un protagoniste majeur dont la séduisante gestuelle est plus inspirée par la technique de la modern dance américaine, que Noureev avait appris à aimer, que par la couleur locale à la Petipa tellement appréciée au XIXe siècle.

ACTE UN : (1 heure et 10 minutes)

Versailles. Salles des croisades. Marguerite de France mène les Hongrois à la croisade.

Scène 1 : quelque part en Provence, France, début du XIIIe siècle.

Un mariage arrangé se prépare. La vieillissante Comtesse de Doris a irrévocablement fiancé sa nièce à un chevalier français au service d’André II, roi de Hongrie. Mais la comtesse est perturbée par les amis de sa nièce, un joyeux quartet de jeunes troubadours : Henriette, Clémence et leurs petits amis Béranger et Bernard.
La comtesse se fend d’une longue pantomime, battant sa coulpe. Comment ces enfants peuvent-ils rester si légers alors que la cité est assiégée ? Ces fol d’Arabes se pressent aux portes. Elle mime les pré-requis indispensables : quand la ville est en danger, une mystérieuse dame blanche (regardez vers la gauche dans la direction indiquée par ses poings) « revient toujours de l’autre monde pour nous protéger… sauf lorsque nous nous sommes montrés trop frivoles et oublieux de nos devoirs. » Les quatre APLV adeptes du flirt ne sont pas du tout impressionnés par ce sombre karma.

La nièce de la comtesse, Raymonda, paraît en-fin et se montre si légère sur ses pieds qu’elle peut pirouetter et cueillir des roses sans se ramasser. Elle est à la fois intelligente et innocente. Le roi de Hongrie lui remet un parchemin qui lui annonce le retour imminent d’un de ses chevaliers et déroule une tapisserie représentant un superbe cliché de prince charmant. Raymonda se montre convenablement enchantée par ce mirage de prince que sa tante et le roi de Hongrie ont choisi pour elle.

La comtesse danse, tout comme les quatre amis de Raymonda. Tout est pour le mieux quand soudain…

Abderam, le guerrier sarrasin, celui là même qui assiège la cité, fait irruption, offrant joyaux, esclaves et – ouh là là – lui même; tout un pactole qu’il dépose aux pieds d’une Raymonda stupéfaite.

Versailles. Salles des croisades. Rencontre de Richard Coeur de Lion et de Philippe Auguste. Détail.

Scène 2 : le rêve

Raymonda, touchant distraitement du luth, est désormais perplexe. Ses quatre amis dansent autour d’elle, espérant la distraire. Dans l’espoir de détourner leur attention, elle danse avec son voile nuptial mais préférerait bien qu’on lui fichât la paix.

Epuisée par cette journée émotionnellement éprouvante, Raymonda a décidément besoin de faire un petit ronron. Mais au lieu d’écraser, elle commence à rêver de :

La dame blanche, qui désigne la tapisserie.

Et soudain IL apparaît :

Jean de Brienne, chevalier à l’éclatante armure, tout habillé de blanc, qui sort de la tapisserie et qui – littéralement – lui met cul par-dessus tête. Il est vraiment l’homme de ses rêves. Du moins le croit-elle.

Ses amis réapparaissent, maintenant parés de costumes argentés, et une flopée de danseurs habillés de noir et de blanc dansent une fugue incroyablement compliquée : c’est la Valse fantastique. Cet intermède s’est avéré être une des plus complexes, des plus inventives et des plus enthousiasmantes additions au répertoire du corps de ballet.

Henriette, Clémence, Raymonda et Jean de Brienne dansent chacun à leur tour.

Mais, pour son plus grand choc, Raymonda voit son amoureux de rêve se métamorphoser en un sulfureux Abderam.

Réveillée par ses amis, l’héroïne réalise qu’elle est écartelée entre deux idéaux masculins opposés.

ENTRACTE (20 minutes)

ACTE DEUX : (40 minutes)

Versailles. Salle de Croisades

Abderam, prêt à offrir la paix en échange de la main de Raymonda, sort le grand jeu : une fabuleuse tente bédouine, des numéros de danse exotique, son corps et son âme sur un plateau… Tout ce qu’elle peut désirer. Mais Raymonda, bien que titillée, reste imperturbable, la têtue…

Absolument frustré et brûlant de désir, Abderam décide de kidnapper la récalcitrante donzelle. Mais voilà que soudain, qui croyez-vous va faire son apparition, en chair et en os et serré dans d’immaculés collants blancs ? Jean de Brienne, bien sûr, fraîchement débarqué de la Croisade ! Les deux hommes se défient en duel… La lice est suivie d’un combat à l’épée. Devinez qui est vaincu? …

ENTRACTE (20 minutes)

ACTE TROIS (35 minutes)

Appartement de Rudolf Noureev à Paris, quai Voltaire

Les festivités du mariage :

Ici, le ballet atteint son apogée en se resserrant sur ses essentiels. Une czardas hongroise, menée par la comtesse et le roi, est suivie par de diverses et délicates variations sur ce thème : des solos, un quatuor de garçons, des danses de groupe. L’acmé est atteint avec un envoûtant solo pour Raymonda [son septième de la soirée] – la musique consiste dans les vibrations du piano saupoudrées de l’intervention des cordes – une orchestration très surprenante en 1898. Ruisselante de lourds joyaux et claquant des mains avec une autorité toute neuve, cette princesse fiancée est désormais prête à devenir reine.

Tandis que le ballet court à sa fin, vous désirerez peut-être lever votre calice de vermeil et porter un toast en l’honneur de ce si joli couple [A moins que comme moi, vous ne regrettiez – ce qui m’arrive le plus souvent – qu’Abderam n’ait pas été invité à ces célébrations].

Rudolf Noureev avec Michelle Phllips dans « Valentino », film de Ken Russell

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Cendrillon: vedettes en série

Cendrillon, Opéra de Paris, soirées des 27 et 29 novembre

La vraie vedette, c’est elle. Puissamment dramatique, elle porte l’action dès l’introduction, étonne par la multiplicité de ses thèmes comme des humeurs qu’elle évoque, sait jouer la stridence mais aussi l’infinie volupté. La musique de Prokofiev, sans doute la plus ambitieuse de ses partitions pour la danse, et d’une grande richesse orchestrale, est l’atout majeur du ballet. Et l’on reste étonné, à chaque nouvelle vision, de son adéquation à la transposition hollywoodienne opérée par Noureev. Au deuxième acte, lors de la séquence d’apparition de Cendrillon, annoncée par le crépitement des flashes des journalistes en frac, la musique a une surnaturelle transparence qu’on n’entendrait pas aussi bien si le chorégraphe, qui fait durer l’attente à plaisir, ne nous obligeait à imaginer la transfiguration de l’héroïne encore masquée par l’opacité de la vitre. La montée de l’émotion est si rondement menée que personne ne s’étonne de voir Cendrillon marcher sur le dos de ses admirateurs.

À vrai dire, le cœur du spectateur a déjà fondu au premier acte en regardant Dorothée Gilbert, vêtue de gris-souris, passer le balai et rêver avec la grâce suspendue, le naturel des épaulements et l’expressivité qu’on lui connaît. Mlle Gilbert, l’étoile la plus planante de l’Opéra de Paris à l’heure actuelle – boudiou tous ces tours finis en changement de direction ! –, a le visage et les mimiques d’une actrice de cinéma muet, et le rôle de la soubrette maltraitée qui signe miraculeusement un contrat à Hollywood lui va donc comme un gant. Le rôle de l’acteur-vedette sied aussi à Hugo Marchand, qui se coule naturellement dans sa partition « bigger than life », élégant et charmeur lors de sa première intervention, mais aussi un brin jazzy et rouleur de mécaniques lors des petits galops du troisième acte. Lorsqu’ils dansent ensemble, les deux personnages principaux frottent une allumette de sensualité qui tiendra en haleine jusqu’au pas de deux final. Lors du solo du 2e acte, Mlle Gilbert a des bras fascinants et danse comme sur un fil. Sa technique est une dentelle tellement subtile qu’elle passerait presque inaperçue. Injustice de la scène, quelques secondes plus tard, la variation masculine, bien plus payante, attire à M. Marchand des tonnes d’applaudissements.

Le chic et le comique du duo des méchantes sœurs a constitué un des plaisirs de la Première : Valentine Colasante et Myriam Ould-Braham sont irrésistibles, aussi bien individuellement qu’en complément l’une de l’autre. Elles excellent à bien-mal danser, avec des jambes d’une précision d’aiguille, et une jolie versatilité de style – on met même quelque temps à les reconnaître dans leur rôle déguisé, l’une en danseuse espagnole, l’autre en hôtesse chinoise, lors de la recherche de Cendrillon au début de l’acte III.

L’avouerai-je ? J’étais si content de la soirée du 27 novembre que je n’avais presque aucune envie de voir un autre couple de scène deux jours plus tard à Bastille. Cela aurait été dommage, car Ludmila Pagliero campe une jeune fille très touchante, donnant l’impression d’un papillon sortant de sa chrysalide (Mlle Gilbert, à l’inverse, est d’évidence une star dès le début). Et l’on se rend compte, lors de son apparition en fanfare, que Germain Louvet a vraiment le physique pour toute la petite batterie et les sauts « je donne l’impression de partir à gauche mais je vais à droite » que Noureev a concoctés pour l’acteur-vedette.

La distribution du 29 novembre permet aussi de revoir Charline Giezendanner dans la séquence des saisons, où elle incarne un délicieux printemps sautillant ; Marion Barbeau est toute alanguie en été (là où Émilie Cozette se montrait deux jours avant en péril technique et en défaut d’abandon). Dans la seconde distribution vue la semaine dernière, Mlle Cozette danse aussi l’une des sœurs, en compagnie d’Ida Viikinkoski ; le physique et la taille des deux danseuses sont trop proches pour que le duo comique fonctionne à plein.

Le spectateur attentif aura remarqué que le temps qui passe s’incarne fugitivement en une vieillarde chenue au moment où le producteur avertit Cendrillon de ne pas dépasser minuit. Et s’il est un rien sensible, il aura aussi versé une larme au moment où les deux sœurs et la mère (Aurélien Houette le 27, Alexandre Gasse le 29) battent Cendrillon comme plâtre, dans un accès de cruauté physique et mentale douloureux à voir. C’est juste avant la scène des retrouvailles, qui n’en console que plus.

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A plot summary for Cendrillon (a.k.a. The ballet about Cinderella)

In Paris at the Opéra Bastille from November 26th, 2018, through January 2nd, 2019.
Music by Sergei Prokofiev
Choreography by Rudolf Nureyev

Sergei Prokofiev composed Cinderella during the Second World War for Galina Ulanova, then at Moscow’s Bolshoi Ballet. The musical score manages to bring out all the sweet, ironic, and even quite violent aspects of the classic fairy tale as originally transcribed by Charles Perrault in his 1697 masterpiece The Mother Goose Tales.
In 1986, the Paris Opera Ballet’s then director, Rudolf Nureyev, decided to create a vehicle for the company’s youngest and so talented ballerina, Sylvie Guillem. Inspired by their mutual adoration of classic Hollywood movies, the result is Cinderella with a twist. Updated from “long ago and far away,” the ballet pays homage to the era of silents and early Silver Screen musicals: the world of Charlie Chaplin and Fred Astaire.

ACT ONE (45 minutes)

Scene one: at Cinderella’s house, Los Angeles, sometime during Hollywood’s golden age.

Cinderella’s Stepmother and the two evil and untalented stepsisters argue, sew away furiously, and argue again as the poor girl looks on. When she finds herself alone for a moment, Cinderella allows herself to dream of stardom…or at least that her father stop drinking. Out of the blue, a mysterious stranger — who seems to have crashed some kind of vehicle outside — plops down in their living room. Cinderella is the only one who tries to help him.
Amazingly, the stepsisters have finally won bit parts in a Busby Berkeley-ish musical: costumes are delivered and the Choreographer shows up to try to put the girls through their paces. Once all are off to the studio, Cinderella stops scrubbing the floor and plays at being the many stars she’s seen at the cinema. To her astonishment, the stranger returns and reveals that he is in fact a famous Hollywood Producer. Sweeping her up into his cape like a fairy godfather, he whisks her off to his studio.

Scene two: at a Hollywood studio

Because Cinderella must chose a gown for her screen debut, a bevy of dancers swirl about in a display of couture outfits designed for spring, summer, fall, and winter by the now legendary Japanese designer Hanae Mori. As Cinderella and the Producer look on, this interlude develops into a full-scale number in the spirit of the RKO musicals. Irrepressible, the Producer butts in to the proceedings with a Groucho Marx impersonation. (Note: Nureyev created this role for himself). But before she can ride off into the sunset, the producer warns Cinderella about Midnight (twelve dancers in awful costumes who lurch around like Frankenstein’s monster). Once the clock strikes twelve, she will lose not only her gown and carriage. The tick-tocking dancers insist upon a much more bitter message through their movement: if our heroine does not take charge and use her youth, beauty, and talent to their fullest during the next few hours, she would be better off dead.

INTERMISSION (20 minutes)

ACT TWO (45 minutes)

Scene one: On the sound stages

As the unit director and his assistant quarrel, three silent films are being frantically made to better or worse effect.

Scene two: The Main Soundstage

The Movie Star (Prince Charming), carefully packaged in gold lamé, makes his grand entrance. But when rehearsals begin, he is appalled to find himself repeatedly pawed at by three deeply weird women: Cinderella’s stepsisters and that Stepmother. Nevertheless, the discouraged choreographer insists that rehearsals must begin. Then, under the Producer’s watchful eye, Cinderella makes an even grander entrance in slo-mo and proves, in her screen test, to be Ginger Rogers, Rita Hayworth, and Cyd Charisse all rolled into one.
During a break, a bevy of wannabe actresses “only waitressing for the moment” – and decked out in “sexy French maid” costumes — slink around and serve up oranges [musical joke: we hear the a reprise of the famous march from Prokofiev’s 1919 opera, “A Love for Three Oranges.”] The two sisters fiddle around with their fruit, hoping to redirect the star’s attention. But The Movie Star only has eyes for Cinderella, and nothing would mar the adorable couple’s happiness, were it not for the tick-tock of the chimes of midnight…

INTERMISSION (20 minutes)

ACT THREE (40 minutes)

Scene one: Los Angeles

The Movie Star, desperate to find his Cinderella, enlists all the male cast and crew in a search party. Like cowboys, the boys gallop off and try to find the girl who fits the shoe. They end up checking out the women at a series of Hollywood cliché locales: a) a tango/fandango/flamenco palace [Ugly Sister #1] b) a Chinese opium den [Ugly Sister #2] c) a Russian cabaret [the very perked-up Stepmother]. But their efforts are to no avail.

Scene two: back at the house

Cinderella, miserable, afraid of stardom yet so wearied of her present life, wonders if the last day had not been just a dream. But her living nightmare ends when the Movie Star arrives. Of course the shoe fits. But before she can dance off with her prince, she must sign the studio contract that the Producer waves before her eyes. Perhaps servitude to a studio is better than servitude to a stepfamily? In the end, all that really matters is that a prince charming loves you and dances divinely. Right?

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