Archives d’Auteur: Les Balletonautes

Don Quichotte, le temps du bilan (Stats./Arts)

P1030132Pour fêter la nouvelle année (et grâce à Brigitte Lefèvre qui a subventionné l’achat d’un logiciel surpuissant), les Balletonautes ont décidé de faire entrer leur commentaire dans l’âge scientifique, en enrichissant leur habituel bilan artistique d’un roboratif aperçu statistique.

Les chiffres en folie

Les programmateurs ont dû s’arracher les cheveux à plusieurs reprises : à raison de vingt-six représentations en tout, et sachant que la distribution de sept rôles (Kitri, Basilio, la reine des Dryades, Cupidon, Espada, la Danseuse des rues et le Gitan) faisait l’objet d’une annonce préalable, il fallait donc remplir 182 cases sans se couper, ni distribuer à Bastille quelqu’un dansant déjà Forsythe à Garnier. En ce début janvier, et après 149 permutations au total, ils ont bien mérité quelques jours de vacances, ou au moins, quelques moments de distraction avec nos amusants ratios :

– Une information tardive et instable : le premier tableau de distribution a été publié le 18 octobre, environ un mois avant la première, mais deux jours après la mise en vente des places aux guichets de l’Opéra. La première mise à jour officielle est intervenue le 14 novembre, deux jours avant la première, et par la suite, il y aura eu sept actualisations. Parfois, on s’y perd un peu (d’ailleurs, le 21 novembre, il y a toujours deux danseuses annoncées pour un même rôle) ;

– Même pas fiable : tous rôles confondus, le taux de fiabilité des distributions initiales s’établit à 36% pour le premier tableau et à 62% pour la première mise à jour. Certains jours, ce sont les danseurs eux-mêmes qui, via les réseaux sociaux, ont averti le public de leur emploi du temps dans les prochaines heures. L’Opéra de Paris avait pourtant promis une info « en temps réel »… ;

– Tes préférés en pochette-surprise : si vous aviez choisi votre date pour voir un Basilio en particulier, il y a 65% de chances qu’il ait changé d’ici le jour J (écart entre première distribution et réalité). Vous aviez plus de chances avec Kitri (dans 54% des cas, c’est la même que prévu). Par rapport à la mise à jour du 14 novembre, il y aura tout de même 7 changements au final (soit 27% de surprises, pour Kitri comme pour Basilio) ;

– Blessés et déserteurs : certains danseurs ont été retirés du tableau – généralement pour partir à l’infirmerie – dès la première grande mise à jour. Parmi eux, on compte Stéphane Bullion, Stéphanie Romberg, Yann Saïz, mais aussi les bien regrettés Emmanuel Thibault et Myriam Ould-Braham, cette dernière faisant figure d’étoile filante de la série. D’autres se sont éclipsés plus tardivement (Florian Magnenet), voire à la dernière minute (Svetlana Zakharova).  Marie-Agnès Gillot gagne la palme de l’évanescence progressive, avec une participation en reine des Dryades se réduisant discrètement au rythme des changements de distribution (5, puis 4 pendant quelque temps, puis 2, puis rien…). C’est l’étoile fuyante ;

– Renforts et réticences : pour compenser tous ces départs, il fallait bien des renforts : les principaux, sur les grands rôles, auront été Denys Cherevychko et Maria Yakovleva (venus de Vienne), ainsi que Matthieu Ganio, qui n’était pas de l’aventure dès l’origine, et qui n’aura malheureusement dansé que 4 fois, alors que Vincent Chaillet et Muriel Zusperreguy ont eu 5 soirs (au lieu des trois initialement prévus). La tendance lourde de cette reprise est d’ailleurs la diminution régulière de son taux d’étoilat (autrement dit, la proportion d’étoiles – y compris invitées, y compris sur des rôles courts – présentes sur scène): 23% à l’origine (42 passages), et 17% in fine (31). Il faut croire qu’à Paris, les étoiles ne se battent plus pour briller dans Don Quichotte. ¡Qué lástima !, dirait Miguel de Cervantes ;

– Les omniprésents : jusqu’au 28 décembre, Héloïse Bourdon était en passe de l’emporter en matière de débordement quantitatif (distribuée 8 fois, à parité en danseuse des rues et en reine des dryades, elle interprète finalement 6 danseuses et 11 reines, +113%). Mais au finish, le forfait de François Alu sur le rôle du Gitan pour les trois dernières représentations fait passer Matthieu Botto de 5 à 11 soirées (+113%) et Allister Madin de 7 à 15 prestations (+120%). Repos, soldats !

– Quand les roues du moulin s’emballent : la soirée du 30 novembre 2012 a été la plus bousculée avec 5 rôles changeant de titulaire, dont certains plusieurs fois, pour un total de 9 changements. Record à battre. Moins drôle, les permutations de dates pour la Kitri de Mathilde Froustey ont donné le tournis à plus d’un.

Les arts en scène

Cherchant à meubler comme à attiser l’attente avant le début des représentations, Cléopold a analysé l’œuvre dans son hispanité, sa petipatitude et son nouréevisme. Puis Fenella a raconté l’histoire avec esprit et en deux langues (une première dont la répétition n’est pas garantie). Puis, les musiciens sont entrés en fosse et les danseurs en piste. Lumières !

Les Balletonautes ont vu, en vrai, toutes les distributions du couple-vedette Kitri/Basilio, sauf celle avec Mathilde Froustey (qui a dansé avec Pierre-Arthur Raveau le 5 décembre, et avec François Alu en dernière minute lors de la matinée du 9 ; on en pleure encore, car les extraits vidéo ne remplacent pas l’expérience de la scène).

Au soir de la première on a cherché en vain le style Noureev chez Ludmila Pagliero et Karl Paquette (C’est loin l’Espagne, nous dit Cléopold). Même chose après l’arrivée des étoiles du Ballet de Vienne que James a trouvés trop passe-partout et Cléopold honnêtes mais hors-style (représentations des 24 et 27 novembre), mais Fenella a apprécié leur troisième prestation (3 décembre). À croire qu’il fallait un peu de temps pour acquérir la French Touch…

En fait, le Don Quichotte de Noureev enchante quand jeu et danse sont interconnectés, et quand l’interaction entre les deux amoureux fonctionne. Ces deux conditions sont enfin remplies avec la prise de rôle de Vincent Chaillet et Muriel Zusperreguy, sans conteste le couple le plus attachant et équilibré que nous ayons vu, et dont Cléopold vante la clarté des lignes et des intentions.

Alice Renavand et François Alu ont chacun des qualités indéniables, mais la ballerine oublie d’investir son partenariat, et notre auteur attrape un chaud-froid. Quant à James, il aime la féminité et l’assurance de Dorothée Gilbert le soir du 31 décembre, mais déplore le déséquilibre avec Karl Paquette (qui, pour reprendre la métaphore employée par Cléopold, n’articule pas vraiment). Et au final, la parité dans l’aisance lui paraît mieux assurée par le couple formé par Mathieu Ganio et Ludmila Pagliero.

Chaque soir, en tout cas, le corps de ballet a tenu son rang et son rôle, et les pantomimes de Gamache, Lorenzo, du Don et de son acolyte ont été livrées avec esprit. Parmi les rôles semi-solistes, les Balletonautes ont notamment remarqué l’Espada de Christophe Duquenne (aux pieds et à la cape d’une précision grisante), la danseuse des rues capiteuse de Sarah Kora Dayanova, le Gitan parfois altier, parfois sauvage, d’Allister Madin, ainsi que les prestations d’Héloïse Bourdon et Amandine Albisson en reine des Dryades. Les Cupidons se partagent les cœurs : entre la danse minérale de Mélanie Hurel, les douceurs de Marine Ganio et Charline Giezendanner, et enfin la précision de Mathilde Froustey, il y en a eu pour tous les goûts.

5 Commentaires

Classé dans Humeurs d'abonnés, Retours de la Grande boutique

Dada Masilo : Three shades of Swan

Les Balletonautes sont allés voir le Swan Lake de Dada Masilo présenté au théâtre Claude Lévi-Strauss (Musée du quai Branly) du 17 au 28 octobre. Fenella, James et Cléopold offrent chacun leur approche personnelle de cette rencontre avec l’opus de la chorégraphe sud-africaine.

À la lecture des trois articles réunis, Fenella a annoncé : 

Here we seem each to have written one part of a longer text.  Dada Masilo’s Swan Lake brings to dance what Philip Larkin neatly enfolds in his passionate paean to music:  « For Sidney Bechet: »

« On me your voice falls as they say love should, /Like an enormous yes »

JAMES (qui l’a vu en premier) :

Odette casse la baraque ou…  Le vrai Black Swan

Swan Lake. Chorégraphie de Dada Masilo. Dance Factory de Johannesburg.

Encore un Swan Lake décalé ?  Oui, mais celui-ci est un hommage authentique et inventif, drôle et touchant. Et surtout, qui n’oublie pas de danser au motif d’un message à faire passer. Le spectacle joue avec les codes et clichés du ballet, mais c’est moins pour s’en moquer que pour mieux se les approprier. Le mélange des traditions est surprenant, et on se prend à ne plus savoir si tel code de pantomime tient au passé ou au présent, à ne plus se demander, non plus, si tel mouvement vient d’ici ou d’ailleurs.

Voici donc quelques cygnes – masculins et féminins – pieds nus en tutu et aigrette sur la tête. Un prince que ses parents exubérants cherchent à marier. Une attachante Odette – dansée par la chorégraphe elle-même – toute contente du parti qu’on lui propose, mais délaissée par Siegfried, qui lui préfère un cygne masculin. Le spectacle ne dure qu’une heure, et tout va plus vite que dans le Lac version Petipa.

L’ordre des numéros de la partition de Tchaïkovski est bouleversé. L’adage du premier acte blanc (celui où Siegfried et Odette s’apprivoisent) est transformé en une parade solo : la jeune fille cherche à séduire son futur, et ce faisant, s’emballe, se livre sans réserves, avec des œillades irrésistibles et des bras qui vont deux fois plus vite que le tempo. On s’attendait à ce que le cygne noir fasse son grand numéro sur la musique du troisième acte. Mais il apparaît, incarné par un danseur en mode BBB (body-buildé boudeur), sur la musique de la Mort du cygne (Saint-Saëns). Pour la sensualité, il vaut mieux repenser au tango mené par Adam Cooper chez Matthew Bourne. Mais le propos est différent. La chorégraphie de Dada Masilo explose surtout en solo ou en collectif, mais ne se déploie pas tellement en duo. Rien d’étonnant à ce que le final, crépusculaire, renvoie chacun à sa solitude face à la mort.

CLÉOPOLD (qui se plaît à laisser le dernier mot aux dames):

Swan Lake, l’éternelle histoire?

Durant la scène d’ouverture du Swan Lake de Dada Masilo, un danseur narrateur détaille le contenu d’un article de Paul Jenning, néophyte revendiqué, paru dans le magazine sud-africain Sunday Telegraph tandis que l’ensemble de la troupe donne chair à ses propos sarcastiques. Le ballet, ce serait cette éternelle histoire de « filles en tutu au clair de lune » désespérément à la recherche d’un danseur qui serait intéressé et condamnées à ne voir qu’une seule d’entre-elles triompher et encore comme simple prétexte à de « bondissants grands jetés virils » et autres « vrilles aériennes ».

Mais passé cette « proposition » gentiment loufoque, la jeune chorégraphe sud africaine également interprète de son ballet, tisse un Lac aussi subtil que la proposition initiale était outrée. Dans son Lac, les identités sont troubles, garçons et filles sont des cygnes et la seule créature sur pointe est le musculeux danseur qui incarne le cygne noir ; la chorégraphie prend en compte l’exotisme et le côté exogène du Lac des cygnes pour des Sud-Africains. Musicalement, le Lac de Tchaikovsky est impitoyablement édité, entrelardé de pièces d’autres compositeurs (Reich, Saint-Saëns, Pärt). Les morceaux conservés sont retransmis avec une certaine distance sonore, comme perçus au travers d’une porte. La chorégraphie, quant à elle, ne cherche pas vraiment la fusion des styles. Par moment, les cygnes – invités à la fête de mariage d’un prince renâclant, se lancent dans les danses « traditionnelles » avec des pieds enfoncés dans le sol et des bassins faisant vibrer et bruisser les corolles de tutu d’une manière irrésistible à moins que ce chuchotis de tarlatane ne soit couvert par la scansion des chants festifs. Mais à d’autres, l’hommage aux sources classiques du ballet est sans arrière pensée. Le cygne noir accomplit ainsi une « Mort » très proche de l’original de Fokine. La transposition comme l’hommage sont directs.

Ce cygne, c’est l’amant malheureux d’un prince pris dans les filets stricts de la société traditionnelle qui réprouve les amours homosexuelles. La fiancée officielle (Dada Masilo), use de tous ses charmes mais sa danse de séduction enflammée et sensuelle est réglée sur le grand adage du deuxième acte, comme pour marquer son inadéquation avec les aspirations de son destinataire.

Les ingrédients du drame sont posés. Le cygne noir, voulant sortir de l’anonymat révèle le secret du prince. Celui-ci subit l’opprobre de la société. On ressent de la compassion pour les deux amants. Mais c’est finalement pour la fiancée-cygne blanc qu’on a le plus de peine. Dans son solo qui clôture le ballet, sur la musique pourtant déjà maintes fois utilisée d’Arvo Pärt, Dada Masilo, danse sa propre mort du cygne ; poignante. Un chant pour tous les délaissés.

Le Lac, cette éternelle histoire ? Non, une fois encore, le Lac, cette histoire éternelle…

FENELLA (famous last words):

Poetically correct.

The second definition in Webster’s dictionary defines « poetical » as being beyond or above the truth of history or nature i.e. idealized.

When I opened the program at Quai Branly for Dada Masilo’s Swan Lake, a questionnaire fell out that made me clench my teeth.  Among the checklist for “Why are you here?” I was given the distressing, but not unusual, choices to justify my attendance:  by accident-curious- nice poster- know the brand name- go to anything dance – like re-readings of the classical repertoire – my partner dragged me to this…Then the choreographer’s bio stated that even if seeing Swan Lake made her want to dance, by age 14 she had realized that she didn’t have the chops to become classical ballerina…

Every alarm bell went off in my head.  Here no chance of the nature of dance history being idealized. Oh god, another prosaic “I hate ballet because it wouldn’t let me do it” evening.

Then the performance began and there, finally after so many years I saw:  something modern and truly poetical.  Very cool, very fun if you love dancing at all, very intellectual.  Readable. Without blah-blah.

As a re-reading of the brand name — made accessible to fans and non-fans and even the merely curious – Masilo gave us a text brimming with references yet always fun to watch. In a flash, the dancers would skip between (very clean and with spot-on épaulement) citations of the original ballet and many (joyously vigorous and equally precise) invented movements.  This gave us the chance to determine for ourselves what has remained true about the nature of Swan Lake as dance, as metaphor, as icon.

Here both ballet history and the weight of modern life [once we find beauty and our own truth, why do we still let ourselves be mortally wounded by social censure?] came sharply into focus.

The Black hybrid Dying Swan, through a rippling and oh, so, dignified back that breathed and stretched beyond what one should imagine, suddenly made me remember the Soviet era’s Maya Plisetskaya when she spoke to the world out there beyond politics, as dancers sometimes manage to do.

Every step chosen by Masilo spoke to the audience. Above and beyond the truth seems just about the right way to describe this piece.  The world may be mean and ugly.  Dance, ALL dance, she says through her steps –and that includes ballet, for once – deserves our full attention.   Finally a young choreographer remembers that dance is a poem that does not need fancy words.

Swan Lake sera présenté en tournée en France entre fin la janvier et la mi-février 2013, à Brétigny-sur-Orge, Draguignan, Onet-Le-Château, Bordeaux, Angoulême, Clermont-Ferrand et Alès. Le spectacle est aussi accessible pendant environ 4 mois sur le Live Web d’Arte.

Commentaires fermés sur Dada Masilo : Three shades of Swan

Classé dans Blog-trotters (Ailleurs), Ici Paris

Cérémonie des Balletos d’or : les bœufs sur le toit

Comme prévu, le Tout-Paris balletonaute se pressait mercredi midi aux alentours du Palais-Garnier pour la cérémonie de remise des Balletos d’or de la saison 2011-2012. Les plus intrépides escaladèrent l’édifice par la face nord. Les plus malins passèrent par l’entrée des artistes, certains en rampant sous la loge du concierge, d’autres en sautant par-dessus. Sur le toit, les moins chanceux subirent l’attaque des abeilles. La sécurité était absente et les pompiers débonnaires. Brigitte Lefèvre, toute auréolée des dithyrambes de la presse française sur la tournée du Ballet de l’Opéra aux États-Unis (le staff et les autorités de tutelle ont résolu de ne pas savoir l’anglais), était d’humeur radieuse. Elle eut la bonté de rire à l’énoncé des surnoms affectueux que nous lui donnons en privé, et que nous lui avouâmes en rougissant. Nous sommes convenus, en l’échange d’une première loge de face à notre discrétion, de ne plus écrire que des critiques de bonne facture, quelquefois piquantes pour la forme, mais jamais méchantes.

De ce point de vue, le succès est complet. Pour le reste, force nous est d’avouer que très peu de récipiendaires firent le déplacement. La date du 15 août n’était peut-être pas propice à la mobilisation. Mais alors, pourquoi tant de personnalités non distinguées se sont-elles présentées ? C’est sans doute un trait de la nature humaine que de mépriser ce qu’on vous offre et d’envier ce qu’on vous refuse. On expliqua à Alina Cojocaru que son art était hors catégorie. Elle fit mine de surmonter sa déception. On dut promettre à Marie-Agnès Gillot qu’on adorerait par principe sa création de la saison prochaine. Karl Paquette réclama le prix du Pied intelligent qu’on avait entre-temps attribué à un méritant coryphée qui passait par là. Patrice Bart, dont les adieux n’avaient pas retenu l’attention du jury, traînait son spleen. Ghislaine Thesmar confia à l’assistance qu’elle n’avait repris l’anglais que pour mieux jouir des articles de Mini Naila. Une nouvelle revigorante qu’on twitta sans délai à l’intéressée, et par la même occasion à la terre entière.

Cléopold entama un dialogue érudit avec quelques sommités du monde du ballet. James, jaloux d’en être réduit à faire passer les petits fours, trépignait sans discontinuer et finit par marcher sur les pieds d’Émilie Cozette. « Il n’y a pas de mal », le consola-t-elle , le sourire crispé de douleur mais éloquent de courage.

Il était temps de faire venir à nous l’âme de Marius Petipa. Las, à l’appel du médium, c’est Poinsinet qui se pointa, glapissant qu’il était le seul fantôme assermenté de l’Opéra. L’histoire retiendra que, passé cet instant, le contrôle de la cérémonie échappa à ses organisateurs. Stéphane Phavorin, pourtant nanti de trois prix, vola à Aurélie Dupont sa statuette en glace à l’effigie de Marie Taglioni. Histoire de voir si elle avait un peu d’équilibre, Stéphane Bullion fit un croche-pied à Nathalie Portman, venue recevoir le prix Navet au nom de son époux. Sylvie Guillem trouva spirituel de lancer des cacahuètes en l’air en criant « va chercher! ». Cela déclencha une émeute de grands jetés la bouche ouverte. C’était à qui sauterait le plus haut. Fenella déclara que l’esprit olympique corrompait décidément tout.

Un hurluberlu dont nous tairons le nom tenta de décrocher la lyre d’Apollon. Le médium, pas découragé par son premier échec, réussit à faire apparaître les mânes du grand Rudolf. Monsieur Noureev nous fixa de son regard intense, et gronda, l’air faussement bienveillant : « Brravo à tous, mais vous ne m’arrrrivez pas à la cheville ». De désespoir, ceux qui se sentaient visés par cette saillie menacèrent de se jeter dans le vide. Un sot beugla: « mais faites donc! ». Bref, ce fut une bien belle journée.

L’année prochaine,  nous a-t-on déjà averti, les Balletos d’or seront remis dans les sous-sols de l’Opéra-Bastille, paraît-il très accueillants.

Commentaires fermés sur Cérémonie des Balletos d’or : les bœufs sur le toit

Classé dans Humeurs d'abonnés, Retours de la Grande boutique

La Fille mal gardée : le temps du bilan

Récapitulatif au menu.

Notre série des « Fille mal gardée » a commencé par une entrée très « British ». Pour s’ouvrir l’appétit, James, qui a des goûts de luxe, est allé admirer le couple Cojocaru-Kobborg à Londres ; une représentation d’hommage à Alexander Grant, le créateur d’Alain récemment disparu, sous des auspices radieux (Cojocaru), insolemment gaillards (Kobborg), étincelants (Kay) et truculents (Mariott). Rien que ça…

Après une telle mise en bouche, il fallait, pour patienter en l’attente du plat de résistance, quelques entremets. Cléopold s’est donc penché sur les sources « révolutionnaires » du ballet de Dauberval non sans s’interroger sur le mystère qui transforme un sujet fort trivial en une expression de pure grâce. Pour résoudre ce genre de question, rien de mieux que de se tourner vers la chorégraphie elle-même (ici la variation de Colas interprétée par Mathias Heymann, récent récipiendaire d’un Benois) ainsi que vers la personnalité des créateurs du rôle (Nerina, Grant, Holden). La chorégraphie d’Ashton est en effet un savant mélange entre solide tradition et conscience de l’Histoire, le tout saupoudré d’incongruités charmantes.

Quand les choses sérieuses ont commencé, fin juin, c’est James qui s’est servi en premier. Las, si sa distribution Ould-Braham-Hoffalt avait la saveur d’un printemps sans nuage, son deuxième couple (Zusperreguy-Magnenet) était un été parfois couvert (la technique intermittente de Colas). Plus tardif mais plus chanceux, Cléopold, a eu le meilleur de ces deux distributions. Il s’est régalé de l’expressivité technique de la première et a fort gouté l’évidente théâtralité de la seconde.

Au dessert, le même schéma fatal s’est confirmé pour James, premier servi. Sur la distribution Hurel-Carbone, l’expression était en place mais la technique trop souvent en berne. Il y avait néanmoins un délicieux digestif en la personne d’Adrien Couvez. Il est des plats qui sont meilleurs après avoir reposé. Pour la même distribution, Cléopold a été servi sur une nappe en dentelle.

Bilan étoilé

Sujets de satisfaction : Le menu des distributions a été globalement suivi, ce qui n’était guère arrivé de toute la saison 2011-2012. Chacun des quatuors dansés avait une saveur bien marquée. Les entremets (entendez le corps de ballet) étaient d’une absolue fraîcheur. L’enthousiasme de cette jeunesse faisait vraiment prendre la sauce. Quand l’Opéra montera-t-il des spectacles en France pour utiliser son vivier de jeunes talents au lieu de les laisser se durcir ou pire, s’avarier, en attendant de pouvoir poser un pied sur scène ?

Et surtout… Myriam est étoile. Ce n’est pas trop tôt, mais il est juste qu’elle ait été promue dans un rôle qu’elle a fait sien depuis 2007.

Petits regrets : Avoir manqué trois numéros à la carte. Mathilde Froustey s’est toujours montrée une Lise pétillante et Emmanuel Thibault … est toujours Emmanuel Thibault. On aurait bien testé les produits du jour (Pierre Arthur Raveau en Colas ou encore François Alu en Alain).

L’addition : Pour la plus grande joie des Parisiens, le reste de la compagnie s’est produit aux États-Unis sans une grande partie de ses vraies personnalités. Un pas de deux des vendangeurs sans Thibault, Carbone, Madin, Hurel ou Froustey ; une Suite en blanc sans ces mêmes danseurs et surtout sans Myriam Ould-Braham ; tous ces rôles de demi solistes enfin où auraient su briller Simon Valastro ou Adrien Couvez… Cette richesse est allée finalement se perdre dans les ensembles d’Orphée et Eurydice de Bausch. La critique américaine n’a pas tardé à se repaître de cette carence.

Commentaires fermés sur La Fille mal gardée : le temps du bilan

Classé dans Humeurs d'abonnés, Retours de la Grande boutique

Les Balletos d’or de la saison 2011-2012

Gravure extraite des "Petits mystères de l'Opéra". 1844Nous reproduisons ci-dessous la liste de promotion du 14-Juillet dans l’ordre des Balletos d’or, publiée ce matin au Journal Officiel de la République française. La remise des distinctions aura lieu lors d’une cérémonie œcuménique le 15 août sur le toit de l’Opéra-Garnier. Une intervention médiumnique mettra les participants en contact avec les mânes de Marius Petipa.

Ministère de la Création franche

Prix chorégraphique : Jean-Guillaume Bart pour La Source (Paris)

Prix dramatique : Kader Belarbi pour La Reine morte (Toulouse)

Prix théâtral : John Neumeier pour Liliom (Hambourg)

Prix Lazare : Prince of the Pagodas (Londres)

Prix Cocktail raté : Robbins/Ek dans la même soirée (Paris)

Ministère de la Loge de Côté

Prix « Ça fait longtemps que je scintille » : Myriam Ould-Braham (La Nomination)

Prix « Modestie qui brille toujours » : Clairemarie Osta (Les Adieux)

Prix romantique :  Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio (L’Histoire de Manon)

Prix idéal : Mathieu Ganio (Dances At a Gathering)

Prix musical : Agnès Letestu (Dances At a Gathering)

Prix Elfe : Mathias Heymann (Zaël dans La Source)

Prix Couteau : Vincent Chaillet (Mozdock dans La Source)

Ministère de la Place sans visibilité

Prix Glaçon : Aurélie Dupont en Nikiya regardant Solor (Josua Hoffalt)

Prix Buvette : Alessio Carbone en Lescaut (L’Histoire de Manon)

Prix Sybarite : Stéphane Phavorin (Monsieur G.M. dans L’Histoire de Manon)

Prix Eclectique : Alvin Ailey American Dance Theater (tournée des Étés de la danse 2012)

Ministère de la Natalité galopante

Prix « Gardez-nous un petit » : Lise & Colas (quand c’est Myriam et Josua)

Prix Contraception : [édité par la modération]

Ministère de la Collation d’Entracte

Prix Gigotis des radis : Arthur Pita pour les mouvements des doigts de pied du héros de Metamorphosis (Edward Watson).

Prix  Hot Chili Pepper : Paul Taylor Dance Company dans Piazzolla Caldera

Prix Navet : Benjamin Millepied pour sa version speed-dating des Sylphides (Ballet du Grand Théâtre de Genève)

Prix Praline : Adrien Couvez pour son Alain délicieusement cucul (La Fille mal gardée).

Ministère de la Couture et de l’Accessoire

Prix Jupette : Dawid Trzensimiech en James (La Sylphide, Royal Ballet)

Prix Robe à carreaux : Stéphane Phavorin pour sa Mère Simone (La Fille mal gardée)

Prix Croquignolet : les costumes d’Adeline André pour Psyché

Prix Dignité : Audric Bézard (en zèbre dans Psyché)

Ministère de la Retraite qui sonne

Prix « Pourquoi pars-tu si tôt ? » : Monica Mason

Prix « So, you’re still there ? » : Brigitte Lefèvre

Prix Reconversion : Sergei Polunin quittant le Royal Ballet parce que c’est la barbe d’apprendre de nouveaux rôles et que le tatouage c’est la liberté.

Ministère de la Communication interplanétaire

Prix Andy Warhol : Ludmila Pagliero (le 22 mars en mondovision au cinéma)

Prix de l’Humour : Stéphane Phavorin pour son « Pendant une seconde, j’ai cru que c’était moi » (lors de la nomination de Myriam Ould-Braham)

Prix de l’Amateurisme : l’équipe de communication de l’Opéra de Paris pour ses photos Facebook floues et mal cadrées lors de la tournée aux États-Unis.

//

//

2 Commentaires

Classé dans Humeurs d'abonnés

Le métro à l’heure d’été…

Ça commence à sentir bon l’été pour les balletomanes… Oui, malgré le temps incertain, il fleurit dans le métropolitain et sur les flancs des bus parisiens de curieuses et alléchantes affiches bicéphales : celles des Étés de la danse 2012. Une fois n’est pas coutume, les placards de cette manifestation justement populaire sont bien construits. L’an dernier, l’affiche du Miami City Ballet avait quelque peu induit en erreur des amateurs de ballet. Jeannette Delgado en tutu rose portée par Carlos Guerra torse en jeans sur fond de plage ensoleillée n’annonçait pas précisément la démonstration d’énergie raffinée à laquelle nous avons pu assister et dont nous nous sommes délectés. Très justement, le programme de la manifestation s’était alors borné à faire figurer les couleurs des Étés de la danse : une bannière rouge sur fond rouge avec des inscriptions blanches.

Cette année, deux compagnies se succéderont sur deux sites. L’affiche les met face à face. Kirven James Boyd de l’Alvin Ailey Dance Theatre, grand jeté avec le buste projeté en avant et les bras arc-boutés vers l’arrière sur fond rouge, semble vouloir faire irruption dans la partie gauche de l’affiche où, sur fond blanc, Francisco Graciano de la Paul Taylor Dance Company semble l’attendre, telle une noble sentinelle.

La construction est brillante. Si l’on rejoint la ligne sinueuse des jambes du danseur d’Ailey avec le port de bras à la fois énergique et sobre du danseur de Taylor, on reconnaît la ligne sinueuse de la bannière des Étés de la danse.

Présentées séparées, les deux affiches existent par elles mêmes. Mais lorsqu’elles sont ensemble, on apprécie leur signifiance. Deux courants, deux styles de la modern dance américaine y sont exposés.

Chez Ailey, formé à la danse moderne mais dont le style a toujours regardé vers le classique (il a créé des 1970 The River pour ABT, un ballet dansé sur pointe), les danseurs ont développé un style athlétique et pyrotechnique qui use beaucoup des hyper-extensions de bras et de jambes (de nombreuses filles et certains garçons sont coutumiers du 6 o’clock). Le bas du buste est souvent sollicité.

À l’inverse, chez Taylor, les jambes ne cherchent pas à monter et sont souvent ancrées dans le sol. Même les passages aériens des chorégraphies de Taylor mettent l’accent sur les temps en bas. Les bustes des garçons comme des filles sont solidement posés sur cette base terrestre. Les bustes quant à eux développent une gestuelle ronde, mesurée, très proche de la danse noble des XVIIe et XVIIe siècles. Dans sa pièce emblématique, Auréole (1962), Paul Taylor ressemblait à une statue des jardins de Versailles qui se serait miraculeusement animée.

L’affiche oppose enfin deux notions du répertoire : Francisco Graciano apparaît dans un des ballets emblématiques de Taylor, « Company B ». Kirven James Boyd, quant à lui est le seul crédité sur l’affiche. Son jeté appartient au style de la compagnie mais non plus tant au chorégraphe fondateur (disparu en 1989). L’Alvin Ailey Dance Theatre n’apporte d’ailleurs dans ses valises que trois de ses œuvres. Son nouveau directeur, Robert Battle, successeur de Judith Jamison, muse du chorégraphe défunt, a décidé d’étendre le répertoire de la compagnie… Il accueille, entre autres, une chorégraphie de Paul Taylor.

Une belle affiche. Et un bien bel été en perspective !

  • Paul Taylor Dance Company : du 19 au 28 juin au Théâtre national de Chaillot
  • Alvin Ailey Dance Theatre : du 25 juin au 21 juillet au Théâtre du Châtelet

Les photographies de l’affiche sont d’Andres Eccles (Alvin Ailey) et Tom Caravaglia (Paul Taylor).

2 Commentaires

Classé dans Blog-trotters (Ailleurs), Hier pour aujourd'hui, Humeurs d'abonnés, Ici Paris

L’Histoire de Manon : le temps du bilan.

Les adieux de Clairemarie Osta ont marqué la fin des représentations de L’Histoire de Manon, ballet narratif de Kenneth MacMillan qu’on croirait fait pour Londres quand on l’y voit, et pour Paris quand on l’y admire. Le Royal Ballet y déploie son art de la pantomime, le ballet de l’Opéra de Paris lui insuffle un surcroît d’élégance. Et tous deux rendent justice au drame dansé, de l’émotion des premières étreintes à l’horreur du corps en loques.

Réminiscences et hallucinations

Les Balletonautes ont tenté de déclencher une ruée sur les librairies en revenant aux sources de l’histoire : le roman de l’abbé Prévost, qui a connu (et parfois subi) de nombreuses adaptations chorégraphiques  ou lyriques. James, qui a relu les aventures de Manon et des Grieux en pleurant, a aussi présenté les principaux personnages de l’intrigue, tandis que Cléopold a narré  la création du ballet d’Aumer en 1830. Notre intrépide ami y était-il déjà ? Il entretient le doute, et le sort le punit : une capricieuse machine à remonter le temps le projette de temps à autre dans un espace-temps indécis où, à l’ombre d’une loge à Garnier, il rencontre Poinsinet – le vrai fantôme de l’Opéra que nos lecteurs commencent à connaître. Ce dernier est imprévisible : il surgit au premier entracte de la première de la série, mais ne réapparaît qu’au second entracte de la dernière.

Pour se plonger dans un passé toujours actuel, il y a aussi  l’art du pas de deux chez MacMillan, décortiqué par Cléopold, et une vidéo de 1974, vénérable archive réunissant Antoinette Sibley et  David Wall.

Réjouissances et regrets  

Cinq couples étaient initialement programmés durant cette série ; au final, il n’y en a eu que trois et demi. Blessées, Agnès Letestu et Ludmila Pagliero n’ont pas dansé. Du coup, Isabelle Ciaravola a enchaîné les représentations, principalement avec Mathieu Ganio, et en fin de parcours avec Florian Magnenet.

Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche, dont le partenariat est éprouvé, ont entamé et fermé la marche. La fraîcheur quasi métaphysique de la ballerine a enchanté James le soir de la première. Cléopold l’a vue moins innocente lors de la matinée des adieux.

Les prestations d’Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio convoquent le souvenir des créateurs du rôle – Antoinette Sibley et Anthony Dowell – et Fenella en profite pour philosopher sur les sortilèges de la beauté. Mlle Ciaravola adapte son jeu à son partenaire et épate aussi Cléopold quand elle danse avec un Florian Magnenet qui s’abandonne aux violences de la passion.

Nous n’avons pas eu l’occasion de voir Aurélie Dupont, Josua Hoffalt et Jérémie Bélingard. Mais les représentations auxquelles nous avons assisté nous ont convaincu, s’il en était encore besoin, de l’importance des seconds rôles. Fenella nous livre à ce propos de piquantes réflexions autour d’Audric Bézard, Stéphane Bullion, Aurélia Bellet et Alice Renavand.

Sans prétendre dresser un palmarès complet, quelques notations cursives. Alessio Carbone s’est montré un brillant Lescaut, aussi pervers que solaire. Nolwenn Daniel tire son épingle du jeu en maîtresse du frère corrupteur. Dans la série des G.M., Stéphane Phavorin – au premier chef – mais aussi Arnaud Dreyfus comme Éric Monin, rivalisent de morgue, de lascivité et d’expressivité. On a adoré haïr Aurélien Houette en geôlier. Tous les chefs des mendiants que l’on a vus – MM. Madin, Vigliotti, Alu – étaient grisants de légèreté.

N’oublions pas, enfin, que le sort a été bien cruel pour Christophe Duquenne. Nullement blessé, mais faute de partenaire, il a dû céder sa place en des Grieux. Ce rendez-vous manqué est sans doute un crève-cœur pour lui, et une déception pour ses admirateurs. Espérons qu’on donnera vite à ce danseur délié, enchanteur dans le Roméo de Noureev, de belles occasions de nous emballer.

Commentaires fermés sur L’Histoire de Manon : le temps du bilan.

Classé dans Humeurs d'abonnés, Retours de la Grande boutique

Le premier des Grieux, Anthony Dowell.

Anthony Dowell a créé le rôle de des Grieux en 1974. Il y a été filmé en 1982 aux côtés de Jennifer Penney. Nous avons toujours été étonnés de la réserve de ceux qui l’avaient connu et aimé dans ce rôle à l’égard de cette vidéo où il se montre pourtant un héros passionné et un pur technicien.

Mais pour comprendre ce qu’était le parfait danseur noble à l’anglaise, Anthony Dowell, il faut regarder cette vidéo entre 3’36 et 5’15. Il s’agit de la variation au bois du prince dans la Belle au bois dormant.

Appréciez la ligne infinie de l’arabesque, le profond et moelleux plié (4’10) qui permet au danseur de paraitre naturel dans les sautillés arabesque (entre 4’26 et 4’31) très inhabituels pour un danseur masculin. On ne peut qu’admirer la façon dont ce prince achève une série de pirouettes en dedans par un développé en 4e devant soutenu sous la cuisse. Un rêve… Un pur moment de poésie.

On ne peut également s’empêcher de penser, d’une part que MacMillan n’a pu qu’utiliser ces qualités de plié et de développé pour créer la chorégraphie de des Grieux, d’autre part que Noureev, qui dansait aux côtés de Dowell à cette époque, n’a pu que s’inspirer de cette noblesse détachée mais sans froideur pour ciseler les corps des danseurs de notre opéra national… Ceux-là même qui ont accueilli Manon au sein de leur répertoire il y a plus de 20 ans.

Commentaires fermés sur Le premier des Grieux, Anthony Dowell.

Classé dans Hier pour aujourd'hui

Manon – 1974

Antoinette Sibley created the part of Manon in 1974. In this rare footage, she dances the bedroom Pas de deux with David Wall who himself created Lescaut (her wicked and altogether charming brother).
She embodies the light and crystaline quality of the dance that she inherited from Ashton. Once again, interesting comparisons are to be made with the interpretations of our Parisian dancers, past and present.

Commentaires fermés sur Manon – 1974

Classé dans Hier pour aujourd'hui, Vénérables archives

La Fille mal gardée – 1960

Do you want to pretend that you saw the original cast of La Fille mal gardée ? Stanley Holden was hilarious in the clog dance, and the tenderness of the final pas de deux danced by Nadia Nerina and David Blair is profoundly endearing. Indeed, even the voice-over comments are commendable.

1 commentaire

Classé dans Hier pour aujourd'hui, Vénérables archives