La Bayadère : le temps du bilan.

La saison des « Bayadères 2012 » à l’Opéra de Paris s’est achevée pour les Balletonautes et voici venu le temps des récapitulatifs et des bilans.

RECAPITULATIF

Cléopold nous a préparé à cette reprise en publiant une série d’articles sur l’histoire de l’œuvre du lointain XIXe siècle à l’arrivée du ballet au répertoire de l’Opéra en 1992. Il a tout d’abord abordé la production d’Ezio Frigerio et Franca Squarciapino et son adéquation avec l’orientalisme romantique du XIXe siècle. Il a ensuite évoqué les interprètes du rôle de Nikiya qui avaient travaillé avec le chorégraphe, de la création en 1877 à l’orée du XXe siècle. Enfin, il s’est penché sur l’arrivée de la Bayadère au répertoire de l’Opéra à travers ses réminiscences des saisons 1992-1993. Le trio des créateurs (Isabelle Guérin- Laurent Hilaire – Elisabeth Platel) se taille la part du lion, mais les autres interprètes de cette époque ne sont pas oubliés. Dans le même temps, Fenella nous a gratifié d’un très amusant « plot summary » (argument) pour qui ne connaissait pas encore l’histoire de la malheureuse danseuse sacrée.

Est venu ensuite le temps des compte-rendus de spectacles. La soirée d’ouverture, le 7 mars, a vu la nomination de Josua Hoffalt au titre d’étoile aux côtés d’Aurélie Dupont et de Dorothée Gilbert. Nous y étions. Cette même distribution aurait du re-danser le 22 pour une retransmission en direct sur les écrans de cinéma. Hélas, Dorothée Gilbert n’était pas de la partie. Elle a été remplacée au pied levé par Ludmila Pagliero, récompensée à son tour par le titre suprême. James était dans la salle… Prompt rétablissement à mademoiselle Gilbert que Cléopold avait eu la chance de voir encore le 19 mars en Gamzatti aux côtés d’Emilie Cozette et Florian Magnenet (remplaçant de Karl Paquette). Les Balletonautes auront vu enfin deux fois danser Myriam Ould-Braham, le soir de sa première, le 28 mars, puis le 11 avril. Cléopold a versé dans le lyrisme échevelé et James a vainement tenté de garder la tête froide pour rendre justice à son Solor (Magnenet) et à sa Gamzatti de dernière minute, la vaillante Charline Giezendanner.

BILAN?

Un mélange de grandes satisfactions mais aussi d’interrogations, voire de préoccupations. Une bonne nouvelle? Le corps de ballet brille encore de mille feux. La descente des Ombres à l’acte III, les Djampo de l’Acte I ou les demoiselles aux perroquets de l’acte des fiançailles sont réglées avec un mélange de rigueur et d’aisance souple qui fait plaisir à voir. Nous avons eu de truculents fakirs et d’élégants kshatriyas.

Un nuage? Plusieurs, et ce ne sont pas des cirrus…

  • Comment la direction de l’Opéra a-t-elle pu imaginer qu’une grosse machine telle que la Bayadère pourrait tenir avec trois distributions maison et la présence d’une invitée (Svetlana Zakharova)? Les blessures se sont enchaînées et ont bouleversé les répétitions. Les trios vus sur scène étaient donc souvent improvisés. Trop de solistes ont dû prendre le train en marche et l’ont payé d’un prix exorbitant (Mathilde Froustey, très attendue sur Gamzatti, a dû abandonner au moins deux de ses dates prévues après avoir remplacé Dorothée Gilbert). « Appartement » de Mats Ek nécessitait-il cette pluie d’étoiles qui a privé un pilier du répertoire de nombre de ses meilleurs solistes? « L’histoire de Manon » bénéficie de cinq distributions. Pourquoi Bayadère n’en avait-elle que trois?
  • La direction de la danse semble persister et signer dans son goût des danseuses solides et terriennes. Ludmila Pagliero, très à l’aise dans Paquita, semble moins à sa place dans un répertoire plus aérien. Héloïse Bourdon a écopé à vingt ans d’un rôle jadis très convoité parmi les solistes de la compagnie. Pourtant, ses prestations dans la première ombre au troisième acte ainsi que dans la danse indienne dégageaient une pénible impression de pesanteur. Cette pesanteur dont semblait enfin s’affranchir -après combien d’années d’étoilat?- Emilie Cozette, une autre promue de la direction Lefèvre.
  • Dernier point, et non des moindres, la question des tours en l’air chez les solistes masculins de la compagnie. Josua Hoffalt, Solor plein de charisme, a dû renoncer au fameux manège de doubles assemblés du troisième acte après plusieurs essais infructueux (y compris le soir de sa nomination) tandis que Florian Magnenet l’a vaillamment tenté lors des trois soirées où nous l’avons vu, sans jamais le dominer.

Il ne reste plus qu’à espérer qu’un vent de mousson viendra nettoyer le ciel de tous ces vilains nuages et restaurer dans toute sa splendeur « La Bayadère », loin de toute cette grisaille inopportune. Une reprise. Vite!

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8 Commentaires

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8 réponses à “La Bayadère : le temps du bilan.

  1. luna

    Héloïse Bourdon a surtout écopé d’un beau capital confiance de sa Direction et d’une inoubliable ovation du public pour son exceptionnelle prestation dans la Bayadère, ce qui n’est fort heureusement pas pour elle du goût de tout le monde et crée l’événement. La jolie ballerine, précisément parce qu’elle n’a que 20 ans, doit être mise en garde et vite comprendre qu’il n’y a pas que dans la jolie corbeille de fleurs de Nikiya qu’elle va désormais trouver des serpents, pour la mordre.

    • Héloïse Bourdon a la confiance de la direction de la danse. Est-ce un gage de qualité? Nous avons commenté ses prestations les soirs où nous l’avons vue. Pour le reste, nous n’étions pas dans la salle le jour de l’événement du 24 mars. Votre pensée profonde est apparemment que seules les vipères n’aiment pas la jolie ballerine. Nous voilà comparés à une princesse jalouse en tutu violet à paillettes. C’est trop d’honneur.

      • luna

        Rassurez – vous, chers Balletonautes, vous n’êtes comparés à rien et les pensées profondes qui émanent de vos commentaires vous appartiennent. Je tenais simplement à souligner, avec humour, que votre bilan était incomplet, dans la mesure où la jeune danseuse Héloïse Bourdon qui a réussi l’exploit en une seule représentation à passer du statut d’inconnue à celui de révélation, n’était pas citée. Je comprends mieux cette omission à présent que vous me dites que vous n’étiez pas dans la salle . C’est tout. Il n’y avait aucune malice derrière mon propos. Toutefois, comme vous l’évoquez, on peut effectivement croiser de la bonne Gamzatti bien jalouse partout, d’autant que le tutu violet ne sied pas forcément à tout le monde… d’où ma mise en garde. C’est également un honneur pour moi et mes amis de vous lire. Votre prose délicate et subtile nous enchante.

  2. Avec un peu de retard, et sans sous-entendus sibyllins, je confirme qu’Héloïse Bourdon a fait une excellente impression à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, et que sa variation de la première Ombre ne suffit peut-être pas à juger de ses capacités – la chorégraphie de Noureev aussi est pesante. Un physique, de belles intentions, une technique à laquelle on ne trouve rien à reprocher et un partenariat très réussi qui laissent présager du meilleur. Dommage de l’avoir manquée, même s’il y avait aussi de beaux spectacles à voir à Londres ce jour-là…

    • Acceptons l’augure, mais répétons que nous ne commentons pas les prestations par ouï-dire.

      • J’étais dans la salle et c’est aussi ce que j’ai vu. Il me semble tout aussi difficile de commenter par ouï-dire que de porter un jugement par déduction en effet…

      • La déduction est pourtant une réaction bien naturelle. Une artiste qui ne vous a pas intéressé sur 1mn15 de variation va difficilement vous captiver une soirée entière.
        Mais gageons qu’il nous sera bientôt donné l’occasion de réviser notre jugement.

      • Croire sur parole une personne avec qui j’ai eu maintes occasions de comparer mes goûts me paraît personnellement tout aussi naturel, même si c’est tout aussi risqué…
        Et par esprit de contradiction j’ajouterais que Mathias Heymann ne m’avait pas du tout intéressée sur sa courte variation de l’Idole Dorée (autant sur le plan purement technique que celui de l’interprétation), mais beaucoup plus dans le rôle de Solor, s’il fallait ne citer qu’un exemple…