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Ballet de l’Opéra à New York. « Programme français » : Warming Up

Wednesday night saw the opening of the Paris Opera’s stint in New York on their US tour. They haven’t been in New York for sixteen years, and I don’t think the audience knew quite what to expect. The program was called « French Masters of the 20th Century » and included Suite en Blanc (Lifar) L’Arlésienne (Petit) and Boléro (Béjart). Initially, this was the night I was least excited about. I’ve wanted to see Suite en Blanc for a long time (and how nice to finally see some Lifar in New York, in Balanchine’s theater no less!) but I didn’t really know that much about L’Arlésienne, and I’ve never liked the music for Boléro, so I must admit to having been less than psyched about seeing Bejart’s version. In a happy turn of events, I cannot imagine a better opening night; it was a triumph (with some very minor complaints).

Suite en Blanc was incredible. From the opening pose to the last one, time didn’t seem to exist; I just sat there and loved it. Now to details! « La Sieste », for me, seemed to be more about the choreography than the dancers. Aurelia Bellet, Marie-Solene Boulet, and Laura Hecquet were nice, but none of them made me go ‘wow!’ Seen as a whole though, it did feel very dreamy. « Thème Varié » united Cozette, Paquette and Bullion, and it went about as well as expected given that particular line up. But let’s move on. Nolwenn Daniel gave a light and bubbly quality to her « Sérénade » (which turns out to be possibly my favorite part choreography-wise). She didn’t turn the fouettés into a trick, they were just another step for her and she made them blend in. The audience didn’t know quite what to do here; we’re so used to clapping at the least provocation that by the time everyone realized that ‘Hey! Fouettés!’ she had moved on.  The « Pas de Cinq » I loved as well. Alice Revanand is definitely a dancer I want to get to know more. She reminded me a bit of a fairy, as if the steps were so natural for her that she could just sort of play and be flirty and enjoy herself. Gillot replaced Letestu in « La Cigarette ». Of course her technique is flawless, but I didn’t love her in the role. It just didn’t work with the rest of the ballet. I think I feel the same about her as I do about Sara Mearns at NYCB.  I really would have loved to see Letestu do this. Thank goodness for YouTube! Does anyone know why Letestu was replaced? Is she injured? Ganio did the Mazurka which I thoroughly enjoyed; everything was big without being too heavy, which is no small feat considering the music! Dupont and Pech did the Adage which was lovely. My problem with Dupont is lack of expression (which is weird since she “loves to act”) but here it works; she can just be pretty, that’s fine. No acting required. What was really fun to see though, is that she and Pech clicked. There were moments on stage where they looked at each other and grinned a bit; I think they were having fun, which is wonderful because I really found it wonderful too! OK, last was La Flute with Gilbert, which couldn’t have been better. When little girls say they want to be a ballerina princess when they grow up, this is what they mean. By the finale I was ecstatic; this is why I love ballet.

L’Arlesienne I loved a bit less. Ciaravola was a great Vivette; very pretty and did a convincing job of comforting poor, desperate, Belingard’s Frédéri…but he sometimes forgot to act. Don’t get me wrong, technically there are no complaints or anything but his expressions kind of went in and out. I will say that his suicide scene was masterful. People around me gasped, which is always a good sign!

Finally, Bolero. I cannot be an impartial judge here; I really -really- dislike the music so there was a snowflake’s chance in Hell that this one would become one of my favorites. I will say that I loved Nicolas Le Riche who was, in a word, intense. His movements were so powerful that it almost seemed like he was trying to hold himself back during the rocking movements and suddenly he would escape and burst out of control. This might be because of the red table and the spotlight, but he made me think of a solar storm. In any case the audience loved it.

I think I understand what the Paris Opera was trying to do with this program: Show the US that they can do everything: classical, contemporary, you name it, they’re masters both in choreography and performing. That’s going to be hammered in with Giselle and Orpheus and Eurydice, but this was their introduction and it was big. I think once the audience kind of got a feel for the company they loved it. Applause for Suite en Blanc was OK, more than polite but less than enthusiastic; for L’Arlesienne it was warm; and after Bolero there was a standing ovation. As far as introductions go, this was perfect. I think New York is more than excited to see what else they’ve brought. Oh, this is exactly the way I wanted to end my ballet season! More please!

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La Fille mal gardée : Dans la dentelle

La Fille mal gardée, représentation du jeudi 12 juillet 2012. Lise : Mélanie Hurel; Colas : Alessio Carbone; Mère Simone : Eric Monin; Alain : Adrien Couvez.

Lorsque Lise est interprétée par Mélanie Hurel, on se retrouve face à une dentelle au petit point. Quand Mélanie Hurel est en confiance, sa technique a en effet cette qualité précise du travail d’aiguille : son « fil de trace » (à la base de la dentelle d’aiguille), c’est son travail de pointe acéré, son « point de rempli », qui donne toute la richesse aux motifs de la dentelle, c’est la variété des intonations qu’elle met dans sa danse. Cette variété a fait des merveilles l’autre soir dans Fanny Elssler Pas de deux. Sa variation était un régal de changements de rythmes avec, pour finir, des équilibres tenus lui laissant le temps de lancer un œil complice à son partenaire. Dans la coda, ce sont ses pliés-oui ses pliés!- (qui sont à cette danseuse ce que serait le vélin de trame non retiré sur une dentelle de qualité), qui mettent en valeur les rapides fouettés arabesques qu’exécute Lise. Le portrait dressé par James de cette Lise reste donc valable, mais, la plénitude technique aidant, tout ici ressort avec un relief inattendu. Face à cette primesautière et malicieuse héroïne (qui reçoit des claques et des fessés de mère Simone comme s’il s’agissait d’une bruine passagère car elle sait qu’elle prendra presque immédiatement sa revanche), Alessio Carbone est un Colas au charme assuré. Cela fait longtemps qu’il joue à cache-cache avec sa tempétueuse future belle mère et il a pris goût au jeu sans jamais douter de son issue victorieuse. Cette interprétation est portée par sa technique ; une technique très française somme toute. Carbone sait aussi bien s’intégrer dans les ensembles (les grands jetés avec les paysans pendant la fête des vendanges) qu’exécuter une chorégraphie intriquée (à gauche, il est vrai) avec un fini impeccable, sans attirer l’attention sur une qualité en particulier au détriment d’une autre (ce qu’on voit trop souvent de nos jours sur les scènes internationales).

Et puis il y a Adrien Couvez en Alain ; cucu la praline touchant s’il en est. Chez lui, une fois encore, on apprécie, au-delà du jeu d’acteur qui est irrésistible, la maitrise technique, clef du timing pour ce rôle comique. Il est le seul des trois Alain qu’il m’a été donné de voir -et je les ai pourtant tous apprécié- qui ait su rendre ses multiples chutes inattendues (lors de ses descentes intempestives d’escalier, je l’ai même visualisé comme le véritable chef d’orchestre). Contrairement à la conception du rôle au Royal Ballet, il ne joue pas de manière permanente le « mauvais danseur » (voir les première 2’25 » du reportage). Au milieu de son cafouillis d’adolescent dyslexique, on surprend soudain un détail saillant, de claires cabrioles battues, un ballon impressionnant. L’Opéra donnera-t-il une chance à ce danseur singulier dans autre chose que « La Fille » qu’il interprète depuis 2007 ?

Voilà ma série des Filles terminée. Trois représentations et trois sources de satisfaction. Alors que la moitié (la meilleure ?) de la compagnie est partie aux USA, il m’a semblé revivre un temps révolu. Celui où chaque distribution danserait, à peu de cas près, le soir annoncé et où chaque proposition des interprètes serait personnelle et forte.

Oui, quoi qu’en dise la météo, nous avons un bien bel été 2012.

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La Fille mal gardée : Poupon lunaire cherche fiancée


 La Fille mal gardée. Opéra national de Paris. Représentation du 28 juin. Mélanie Hurel (Lise), Alessio Carbone (Colas), Éric Monin (Simone) et Adrien Couvez (Alain).

Au théâtre, on dit parfois d’un acteur qu’il a la gueule de l’emploi. En ce qu’elle suggère de facilité, l’expression est trompeuse. Car il faut quand même trouver tout seul l’emploi de sa gueule.

Voyez par exemple Adrien Couvez en Alain. Il a les yeux ronds comme des billes, gonfle les joues et avance des lèvres de bébé boudeur. Mais il ne suffirait pas, pour faire un Alain adorable, de sentir encore le poupon : il faut aussi danser à l’unisson de son physique. Et il s’y entend à merveille, lançant les cuisses très haut, n’importe comment, cambrant beaucoup le bassin et le haut du dos. L’exubérance du mouvement ne se dégrade jamais chez lui en mécanique, mais étonne au contraire par une élégance et une légèreté de touche assez grisantes. L’innocence ne paraît même pas jouée (c’est le comble de l’art) et on gagerait que ce danseur – déjà remarqué par Fenella il y a quelques mois – a du caoutchouc dans les hanches et les genoux.

Mélanie Hurel joue aussi intelligemment à partir de son physique. Sa Lise a grandi d’un seul coup au bon air de la campagne, et il est grand temps qu’elle quitte le foyer. Ses mimiques le disent avec éloquence, la tutelle de sa mère lui pèse visiblement. Si l’on compare les appariements vus ces derniers jours, on pourrait dire qu’Ould-Braham et Phavorin forment un duo comique, que Zusperreguy et Houette ont la chamaillerie bonhomme, tandis qu’un antagonisme, discret mais fondamental, oppose la Lise d’Hurel et la mère Simone d’Éric Monin. Les scènes où les deux personnages sont ensemble sont d’ailleurs parmi plus réussies. Bien ou mal gardée, cette petite n’en peut plus d’être fille.

Mlle Hurel est à l’aise dans la pantomime. Sa manière de danser, un peu heurtée, est adéquate dans le registre badin : la danse au tambourin avec sa mère, les échappés à la baratte, le « on joue au cheval » avec Colas, et plus généralement, tout ce qui est petit et précis. Le problème est que dès que le sentiment et le mouvement prennent de l’amplitude, la raideur s’installe, et tout ce qui devrait couler de source – les battements en cloche, par exemple, que Muriel Zusperreguy réussit si bien – dégage une impression de contrainte sur le fil, qui rompt le charme.

C’est dommage, car cette Lise bien plantée (ce n’est pas une insulte) pourrait avoir sa logique, surtout aux côtés du Colas bon gars d’Alessio Carbone, plus amant déniaisé que jeunot découvrant l’amour. Mais le danseur, au soir du 28 juin, ne semblait pas non plus très à l’aise dans les moments de bravoure. Faute de charme ineffable chez le couple principal, on regarde plus intensément les mouvements d’ensemble de la Pastorale d’Ashton, sans se lasser jamais.

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La Fille mal gardée : Quand la gravure s’anime…

La Fille mal gardée, représentation du 26/06/2012. Lise : Muriel Zusperreguy; Colas : Florian Magnenet; Alain : Allister Madin; Mère Simone : Aurélien Houette.

À quoi reconnaît-on un grand ballet ? Les réponses sont multiples mais l’une d’entre elle est assurément qu’il convient à des interprètes radicalement différents. Je m’en faisais la réflexion en regardant hier soir Muriel Zusperreguy danser le rôle de Lise dans lequel j’avais vu Myriam Ould-Braham la veille. S’il fallait comparer les deux danseuses en utilisant des métaphores plastiques, on pourrait dire que là où Myriam Ould-Braham est une huile sur toile de la Renaissance avec de savants glacis et de mystérieux sfumatos, Muriel Zusperreguy serait une eau forte aux contours définis de main de maître. Avec elle, on ne se demande jamais où commence la danse et où finit le jeu. Tout est tellement clairement énoncé qu’elle semble sortir du cadre et qu’on ne doute pas que si on la rencontrait hors de scène, elle serait Lise, tout simplement : une Lise aux pointes bien ancrées dans le sol mais dont l’enthousiasme se traduit aussi par d’occasionnels envols comme ces impressionnants jetés en tournant de la coda du deuxième acte. En face d’elle, Florent Magnenet campe un Colas attentif et non dénué d’humour. On n’a pas remarqué de faiblesses techniques majeures même s’il manque parfois un peu d’abattage. Dans ce couple, on sent que la paysanne, c’est elle et que le bourgeois, c’est lui. Sans doute est-ce la raison pour laquelle la très maternelle mère Simone d’Aurélien Houette s’en méfie. Il ressemble au cadet d’une famille de notable qui n’a pas encore choisi la voie qui le fera demeurer dans sa classe d’origine. Le Alain plus godiche que stupide d’Allister Madin peut alors paraître un bon choix car lui héritera de son père. Madin, moins poupée articulée que n’était Simon Valastro dans le même rôle, fait rire par son sourire surdimensionné mais émeut aussi lorsqu’il réalise qu’il est rejeté.

Fenella me faisait remarquer qu’avec la distribution Ould-Braham-Hoffalt, les décors d’Osbert Lancaster semblaient encore plus joliment approximatifs qu’ils ne le sont habituellement. Hier soir, l’ensemble du spectacle était si homogène qu’on avait le sentiment d’être dans une gravure miraculeusement animée.

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La Fille mal gardée : Les armes du printemps.

Lundi 25 juin 2012. La Fille mal gardée. Ballet de l’Opéra de Paris. Lise : Myriam Ould-Braham; Colas : Josua Hoffalt; Mère Simone : Stéphane Phavorin; Alain : Simon Valastro; un coq de basse cour : Takeru Coste.

Ce soir, dans ma loge, mon attention a soudain été attirée par un membre du public. Son visage était éclairé par un large sourire, presque trop large pour sa bouche. C’est curieux comme un sourire est beau même lorsqu’il déforme les linéaments d’un visage. Ce visage m’était familier mais pourtant…

En fait, il n’y avait rien d’étonnant à cela… N’étais-je pas à La Fille mal gardée d’Ashton ? Lise et Colas n’était-ils pas Myriam et Josua ? C’est un fait avéré. James l’a déjà éventé. Myriam c’est le printemps, c’est la fille fleur. Assurément, ce membre du public devait sourire au printemps… Esprit sérieux, j’ai tenté de déterminer les raisons qui pouvaient expliquer cette curieuse et évidente identité entre une saison, un concept, au mieux une allégorie, et une danseuse qui, après tout, est un être de chair et de sang. Myriam Ould-Braham ne joue pas la juvénilité ; elle la danse, c’est tout. Dans le duo aux rubans, elle déploie cette légèreté qui efface le déboulé pour atteindre le virevolté. Dans le Fanny Elssler-pas de deux, elle adoucit la technique par une inclinaison de la tête, mollement posée sur la tige végétale de son cou. Lorsqu’elle avance en piétinés, il y a cet adorable rebond de ses pointes sur le sol qui parle de l’impatience de la jeunesse. Un bonheur… et puis son partenaire, Josua Hoffalt, est un Colas gorgé de soleil. Il combine la rugosité du jeune mâle à l’élégance du danseur d’école. Il n’est jamais aussi bien que dans l’élévation. Son saut est généreux, entier, et ses réceptions onctueuses… Quelqu’un qui se réceptionne ainsi ne peut être que fidèle à sa foi. Lise-Myriam a fait le bon choix.

Et quand mère Simone est croquée par Stéphane Phavorin qui remue de l’arrière train comme personne et « taloche » avec verve et tendresse, quand Alain épouse la technique et la douceur de Simon Valastro et que le coq gère sa basse cour comme un adjudant-chef corse (merci Takeru Coste), le spectacle ne peut être qu’un bonheur…

Quand la technique atteint à ce point ce degré de maitrise, elle est capable de vous faire humer l’air du printemps.

Mais ce voisin, je le connais… Voyons… Poinsinet ??? Mais non, l’homme au sourire surdimensionné, c’est mon reflet dans un miroir des loges de Garnier.

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La Fille mal gardée: l’été a commencé

La Fille mal gardée. Opéra national de Paris. Représentations des 20 et 21 juin.

20 juin : Muriel Zusperreguy (Lise), Florian Magnenet (Colas), Aurélien Houette (Simone) et Allister Madin (Alain) ; 21 juin : Myriam Ould-Braham (Lise), Josua Hoffalt (Colas), Stéphane Phavorin (Simone) et Simon Valastro (Alain).

Après la soirée « Pince-moi, je rêve », le triomphe. On ne saura jamais quelle était, lors de la première représentation de Myriam Ould-Braham en tant qu’étoile, la proportion de spectateurs présents par hasard et celle des aficionados venus savourer ce moment avec elle. Qu’importe, tous sont sous le charme.

Et c’est presque trop facile, tant le rôle de Lise va bien à la ballerine. On le savait déjà : elle en a la fraîcheur et la légèreté, et son charme gracile semble faire d’elle une fille éternelle. On admire sans se lasser la mobilité presque irréelle de la donzelle : les accents de la chorégraphie d’Ashton sont tous présents, mais marqués de manière si douce et naturelle qu’on en reste ébaubi. Quand l’art masque la technique, le plaisir est à son comble.

D’autant que Mlle Ould-Braham partage la scène avec un Colas tout champêtre. Josua Hoffalt est manifestement en phase d’expansion artistique. Il assaisonne son élégance de rusticité bonhomme. Sa prestation, pas aussi sidérante que celle d’un Mathias Heymann, n’en est pas moins ébouriffante, et il fait de splendides ciseaux en grand écart latéral dans le Fanny Elssler pas de deux. S’il était une rock-star, il lancerait la mode du frisé-décoiffé. Cette Lise et ce Colas complices ne sont pas conventionnellement beaux; ils sont superbement amoureux, et c’est irrésistible. Voilà un couple qui sent le foin.

Il y a des filles qui, dès le lycée, ont l’air adulte. Elles sont charmantes, mais déjà les pieds sur terre, presque sages dans leurs frasques. La Lise de Muriel Zusperreguy fait penser à cette catégorie de femme-fruit qui saute l’étape florale. Lorsqu’elle s’imagine mariée, elle ne rêve pas sa vie, elle planifie. C’est mignon, et le bas de jambe est joliment véloce, mais ça ne fait pas exploser les cœurs de joie. D’autant que son partenaire Florian Magnenet, un peu trop prince d’allure pour un paysan, n’était apparemment pas dans un bon jour.

Allister Madin joue à merveille la blondeur d’Alain. Il serre les filles dans ses bras pour faire comme les autres, mais n’a pas bien compris à quoi ça sert. Simon Valastro incarne en revanche un jeune homme en manque d’affection. Le premier est naïf, le second est seul. Des incarnations contrastées et toutes deux remarquables.

La mère Simone de Stéphane Phavorin est un régal de truculence. Ondulant du bassin, vérifiant d’une coquette attitude son reflet dans le miroir, il cisèle des dizaines de détails. C’est un rôle où on peut sans danger en faire un peu trop, et Phavorin s’y entend, tant dans les mimiques (il tord la bouche comme personne) que dans  la prise de risque. Sa danse en sabots sur pointe n’a ni retenue ni prudence. Les arêtes de son visage en font une mère très crédible pour Mlle Ould-Braham. Plus rond de face (comme sa fille de scène), Aurélien Houette compose un personnage plus placide, mort de trouille sur la carriole à cheval (jolie trouvaille).

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Roméo et Juliette by Sasha Waltz: We Are All Fools In Love

Romeo et Juliette, Sasha Waltz

May 20, 2012: Aurelie Dupont, Herve Moreau, Nicolas Paul

Last time I wrote, I thought about spinning around and around in circles until dizziness and giggles set in. Well, it is absolutely true that spinning makes you silly, but what happens when an outside force gives you the same feeling? What do you normally do then? If you think waaaaaay back to your very early years, you might remember being wiggly and squirmy when happy (or maybe this was just me, in which case I may be oversharing). I don’t think this ever completely goes away. To this day when something makes us incredibly happy we do little twists or jumps or kicks. Finishing a great book, or during a movie at the big moment, don’t you do a happy dance, even if it’s just a little head bobble? Sasha Waltz understands this, and for that reason, I loved Romeo and Juliette.

Romeo and Juliette are supposed to be, essentially, kids, so while most traditional representations rely on the dancers’ acting ability to portray youth and first love through classical steps, here it didn’t matter too terribly much. The steps were childish happy ones for childish happy characters. Waltz turned giddiness into choreography, and I don’t think you could help but recognize that and see yourself in the characters’ joy. You make those movements yourself when you’re that happy, and so you know exactly how ecstatic the characters are. For that reason, the last pas de deux between the two of them, when the choreography is repeated, but weakly on Romeo’s part and even more exuberantly on Juliette’s, was truly heartbreaking. Instead of having Juliette wake up to a dead Romeo, Waltz gives them a good five minutes of joy upon seeing each other again. They dance like they did the night they fell in love below Juliette’s balcony. She’s so happy their plan worked and has no idea that anything is amiss until Romeo, who has been trying to fight off the effects of the poison to spend just a few more moments with Juliette, grows too weak to lift her and only then does she realize something is wrong. When he dies in her arms, there’s absolutely no hesitation from her when she decides that she can’t live without him. It’s not terribly dramatic, she doesn’t take forever to do it, there’s no big ‘oh happy dagger’ moment because everything has already been said and understood.

Deliberation would be too adult of an action for these two; they’re just children in love who don’t see the point in anything else. He dies, she stabs herself, we (the adults in the audience who do understand the immaturity of their actions) cry. We cry for the characters’ sadness, for children needlessly dead, and, maybe, we cry because we want to feel that level of joy again, even if the price is the same level of sorrow. Through simply wiggling, Sasha Waltz made us relate to and even feel what the characters felt, but we remained ourselves. We cannot escape our own minds and lives completely, but the characters do. They abandon everything and leave us here. I think part of our collective tears was a longing to be kids in love again.

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L’Histoire de Manon : le temps du bilan.

Les adieux de Clairemarie Osta ont marqué la fin des représentations de L’Histoire de Manon, ballet narratif de Kenneth MacMillan qu’on croirait fait pour Londres quand on l’y voit, et pour Paris quand on l’y admire. Le Royal Ballet y déploie son art de la pantomime, le ballet de l’Opéra de Paris lui insuffle un surcroît d’élégance. Et tous deux rendent justice au drame dansé, de l’émotion des premières étreintes à l’horreur du corps en loques.

Réminiscences et hallucinations

Les Balletonautes ont tenté de déclencher une ruée sur les librairies en revenant aux sources de l’histoire : le roman de l’abbé Prévost, qui a connu (et parfois subi) de nombreuses adaptations chorégraphiques  ou lyriques. James, qui a relu les aventures de Manon et des Grieux en pleurant, a aussi présenté les principaux personnages de l’intrigue, tandis que Cléopold a narré  la création du ballet d’Aumer en 1830. Notre intrépide ami y était-il déjà ? Il entretient le doute, et le sort le punit : une capricieuse machine à remonter le temps le projette de temps à autre dans un espace-temps indécis où, à l’ombre d’une loge à Garnier, il rencontre Poinsinet – le vrai fantôme de l’Opéra que nos lecteurs commencent à connaître. Ce dernier est imprévisible : il surgit au premier entracte de la première de la série, mais ne réapparaît qu’au second entracte de la dernière.

Pour se plonger dans un passé toujours actuel, il y a aussi  l’art du pas de deux chez MacMillan, décortiqué par Cléopold, et une vidéo de 1974, vénérable archive réunissant Antoinette Sibley et  David Wall.

Réjouissances et regrets  

Cinq couples étaient initialement programmés durant cette série ; au final, il n’y en a eu que trois et demi. Blessées, Agnès Letestu et Ludmila Pagliero n’ont pas dansé. Du coup, Isabelle Ciaravola a enchaîné les représentations, principalement avec Mathieu Ganio, et en fin de parcours avec Florian Magnenet.

Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche, dont le partenariat est éprouvé, ont entamé et fermé la marche. La fraîcheur quasi métaphysique de la ballerine a enchanté James le soir de la première. Cléopold l’a vue moins innocente lors de la matinée des adieux.

Les prestations d’Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio convoquent le souvenir des créateurs du rôle – Antoinette Sibley et Anthony Dowell – et Fenella en profite pour philosopher sur les sortilèges de la beauté. Mlle Ciaravola adapte son jeu à son partenaire et épate aussi Cléopold quand elle danse avec un Florian Magnenet qui s’abandonne aux violences de la passion.

Nous n’avons pas eu l’occasion de voir Aurélie Dupont, Josua Hoffalt et Jérémie Bélingard. Mais les représentations auxquelles nous avons assisté nous ont convaincu, s’il en était encore besoin, de l’importance des seconds rôles. Fenella nous livre à ce propos de piquantes réflexions autour d’Audric Bézard, Stéphane Bullion, Aurélia Bellet et Alice Renavand.

Sans prétendre dresser un palmarès complet, quelques notations cursives. Alessio Carbone s’est montré un brillant Lescaut, aussi pervers que solaire. Nolwenn Daniel tire son épingle du jeu en maîtresse du frère corrupteur. Dans la série des G.M., Stéphane Phavorin – au premier chef – mais aussi Arnaud Dreyfus comme Éric Monin, rivalisent de morgue, de lascivité et d’expressivité. On a adoré haïr Aurélien Houette en geôlier. Tous les chefs des mendiants que l’on a vus – MM. Madin, Vigliotti, Alu – étaient grisants de légèreté.

N’oublions pas, enfin, que le sort a été bien cruel pour Christophe Duquenne. Nullement blessé, mais faute de partenaire, il a dû céder sa place en des Grieux. Ce rendez-vous manqué est sans doute un crève-cœur pour lui, et une déception pour ses admirateurs. Espérons qu’on donnera vite à ce danseur délié, enchanteur dans le Roméo de Noureev, de belles occasions de nous emballer.

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Manon: Afterthoughts about Second Bananas

L’Histoire de Manon

In French, the supporting role is called a spare knife – second couteau – and the dancers in these roles can sharpen the focus of the leading couple or even completely change the dramatic flow.  That’s why galas, where a relentless series of pas de deux take place in an emotional vacuum, bore me.  Spare knives carve out a much richer imaginary universe.  Bananas smell good.

Furthermore, what in opera often ends up as a simple tenor/baritone soprano/mezzo dichotomy can get nicely messed up in dance. You need years of retraining to move from Amneris’s shoes into Aida’s.  But nothing unsurmountingly physical prevents you from embodying Gamzatti one night and Nikiya the next.  Slap on costume and go out on stage.  Every second banana could be the next étoile.

Yet MacMillan’s Manon troubles the waters of this ideal.

By decreeing that Antony Dowell and David Wall alternate playing lover or brother, the troubling MacMillan surely added incestuous undertones to the sibling relationship.  [At least in La Bayadère Gamzatti does not turn out to be Solor’s sister].  Manon, torn between the two, must make us wonder whom she loves most deeply.

Mathieu Ganio’s perfect symbiosis with Ciaravola occasionally made me think of the word “twin.”         But then the pairing of Florian Magnenet/des Grieux and Audric Bezard/Lescaut brought twins to mind too, creating a different dynamic to which Ciaravola responded.  Not just because they are tall, dark and handsome (the Paris company harbors quite a few dishy men), but because both possess a similar stage presence.  They radiated youthful power and passion in equal measure, yet in a more down-to-earth manner.  A bit rough at the edges. The characters they embodied will never write their memoirs.  Ganio’s poet will.  These two belonged too much to this world, both too impulsive and inclined to live in the moment.

Audric Bézard’s Lescaut proved to be a really charmingly self-assured rascal.  You could root for him.  The way he grinned and ruffled the hair of Alistair Madin’s thieving Beggar King sent three messages out our way:  1)  cool how you’ve dunned Monsieur G.M.  2) I loved your variation that came after mine but we both know even your whirling dervishness can’t upstage me.  3) Hah, good for you!

Enter Ciaravola.  With a brother like this, could she pretend to be as other-wordly as on May 3rd?  No, only hopeful.  This brother made one imagine they’d already been orphaned for years and lived only for each other. He provided a substitute father and an appealing, if warped, mirror.  You could understand how he had used his charm and wits in order to insinuate himself into G.M.’s circle and why G.M. kind of trusted him.  Audric Bezard was everyone’s brother, loved and tolerated by all and sundry, despite his obvious desperation for easy money.

If Bezard wasn’t Prévost’s pimp, Stéphane Bullion, reacting to Ciaravola’s persona and forcing her to react to his, seemed to be one at the first performance I saw.  After the first act on May 3, quite a few people thought that Lescaut might be Manon’s domineering former lover. (I wander around evesdropping and chatting during intermissions).  They deemed Bullion’s characterization as that fierce:  possessively and jealously protective even as he sold her to the money-bags. Yet on May 13, facing Clairemarie Osta, a fraternal quality emerged in his Lescaut.

The contrasts became sharp in how Manon reacted when G.M. shot Lescaut.  In Bezard, Ciaravola lost a soul-mate; with Bullion, she only saw blood and real violence for the first time.  Osta keened over losing her brother, and used her fists the way he must have once taught her to do.

Not only do leads need second bananas, supporting actors need leads. And need each other. So now that Lescaut is dead, I’d like go back in time to talk about The Mistress, who could be Manon in the future or everything Manon is not.

Aurelia Bellet’s earthy and airy Mistress stood up to (and tried to make stand up) her giddy Bézard as we howled with laughter during the drunken pas in Act II.. These two made this off-balance parody of a MacMillan pas de deux seem just as death-defying as those of the heroes.  Cléopold referenced that early review where “if you are Antony Dowell, I must be Antoinette Sibley”…well, here we got:  “if we’ve landed up in Kenneth MacMillan, then we must be out of our minds.  You mean, we are supposed to do that? But upside down or just where, huh?”

Bellet’s Mistress could best be described as a “sweetie.”  Deeply even more unworldly and less clever then Manon, but infinitely more cheerful.  In it for having a good time, a hapless baby sister

Such momentary pleasures didn’t interest the character crafted  to the same steps by Alice Renavand.  Ice-cold when faced with Ciaravola yet firey-hot when trying to counter Osta, her Mistress reacted to one as rival and the other as potential sister-in-law.  At both performances, I enjoyed the majestically-timed accelerations and decelerations as she swept her legs up and around with elegantly-controlled aplomb.  That forceful swirling use of legs defined her character:  self-controlled, self-contained, self-sufficient.

Manon and Des Grieux collapse from exhaustion in Act III.  Each night while walking home I began to imagine an Act IV.  Renavand’s Mistress will certainly launch a putsch to take over Madame’s bordello at the Hôtel de Translyvanie and make Monsieur G.M suffer. Aurelia Bellet’s Mistress will shed hot tears over Lescaut for a long time but will end up living happily ever after with Monsieur G.M.

If second bananas can make you wonder about their fates, then they done good.

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Retrouvailles aux adieux. (Nouvelle hallucination de Cléopold)

L’Histoire de Manon, matinée du 13 mai 2012 : Clairemarie Osta (adieux à la scène), Nicolas Le Riche, Stéphane Bullion, Alice Renavand.

Opéra Garnier, couloir des saisons vers la rotonde du glacier. Deuxième entracte…

[ ?] : « Je disais donc »

Cléopold : « AAAAAAGhhhhhhrrrr ! (suée froide). Poin – Poinsinet ! Mais d’où sortez-vous encore ? Ça ne va pas de surgir justement là, ce pauvre couloir des saisons et du zodiaque, abandonné par les bars depuis 20 ans. Même en plein jour il a l’air lugubre ! »

Poinsinet : « J’arrive par où je peux… Vous avez vu cette porte sur votre droite… Il y a ici un petit escalier …. »

Cl. (cachant son intérêt sous une apparente sévérité) : « C’est bon, c’est bon. Au fait, merci pour le lapin… Je vous ai attendu la dernière fois au deuxième entracte ! Les gens me regardaient de travers poireauter dans le couloir d’orchestre côté jardin ! »

P. (l’air matois) : « Ne sommes-nous pas au second entracte ? N’est-ce pas Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche qui dansent ? Où est le problème ? »

Cl. (frisant nerveusement sa barbe blanche) : « Vous vous moquez de moi. C’était le 21 avril à la première, nous sommes le 13 mai, c’est la dernière et les adieux de Clairemarie Osta ! ».

P. : « Comme le temps passe vite ! Avouez quand même que c’est quelque chose, cette représentation ! Vous avez-vu, au premier acte ? Dans le chef des mendiants, le petit Alu dansait aussi bien qu’il avait l’air sale, c’est tout dire ! Quelle musicalité, quel sens de la scène !! C’est pour dire, même Bullion n’a pas cochonné sa première variation. Bon, on ne peut pas dire qu’il soit très à l’aise dans le maquignonnage… L’expressivité, ça n’est pas donné à tout le monde… But still, comme disent les Anglais. Et puis notre Phavorin, de toute façon, il en fait pour deux, voire pour trois dans GM. Vous avez vu ça, dans la scène de la chambre, ce « dirty old man », ces regards lascifs, ces mains avides. Brrrr ! Dire qu’au temps de sa splendeur technique il aurait pu être le plus ˝soupir˝ des Des Grieux ».

Cl. (succombant une fois encore au babillage spectral) : « Oui, oui… Exactement… Et puis cet acte chez Madame ! Avez-vous remarqué ? Clairemarie est moins « pure » que le soir de la première. Dans sa variation, elle ne refermait plus tant les épaules à la vue de Nicolas Le Riche, elle le charme discrètement. Le 21, on avait presque le sentiment que les deux ne s’étaient pas parlé depuis le départ de Manon pour la couche de GM. Ici, on sentait vraiment que des Grieux était l’amant de cœur caché dans le placard. Ça rendait encore plus noble son désespoir. Et puis pas mal du tout Bullion dans la scène de soulographie… Ça avait du chien. Pour le coup c’est Renavand que j’ai trouvé un peu à côté de la plaque… C’était enlevé mais…

Mais au fait… La scène chez Madame ! Vous m’aviez laissé sur ma faim la dernière fois. Alors à QUI vous fait-elle penser ? »

J.H. Fragonard, « Portrait de Melle Guimard », circa 1770, Musée du Louvre.

P. (riant) : « Vous avez de la mémoire…. Oui, bien… Où en étais-je …. Mais allons, Cléopold, vous n’avez même pas une petite idée ?? Mais à La Guimard bien sûr ! Saviez-vous que la place de l’Opéra est sise sur une partie des jardins de son somptueux hôtel particulier de la rue de la Chaussée d’Antin ? D’ailleurs, le bâtiment lui-même a été déboulonné pour construire la rue Meyerbeer. Tout un symbole (petit rire fat). Donc, figurez-vous qu’au temps de sa splendeur, lorsqu’elle était la maîtresse du maréchal de Soubise, elle s’est fait construire un petit chef-d’œuvre de maison par Ledoux. La façade était constituée d’une immense aula à caisson barrée d’un portique ionique. Le dessus du portique recevait une statue de Terpsichore. À l’intérieur ? Des peintures d’un très jeune David, mais surtout, un théâtre de 500 places ! La célèbre danseuse, l’une des premières à avoir viré du genre noble au demi-caractère, recevait trois fois par semaine : il y avait le jour pour la haute noblesse, le jour pour les artistes, les littérateurs et le jour … pour les plus grandes courtisanes de la capitale. Ces soirées-là se terminaient toujours en orgie. On dit qu’on y représentait pour l’occasion des pièces d’un osé… »

Hôtel de la Guimard, rue de la Chaussée d’Antin. Architecte Ledoux, 1781

Cl. (s’esclaffant) : « Il est clair que je ne verrai plus jamais de la même manière le lourd rideau rouge par lequel entrent et sortent les invités de Madame. Je comprends mieux le désespoir de des Grieux dans son solo si tout ce petit monde était en train de se rendre au théâtre de la Guimard.

D’ailleurs, c’était plutôt bien ce soir, en termes de jeu. Vous avez vu, Poincinet, comme mesdemoiselles Bellet et Mallem se crêpaient allégrement le chignon pour le sourire ravageur et les lignes souveraines d’Audric Bézard ? Et la petite Guérineau en prostituée travestie ; ce joli mélange entre un plié moelleux et une arabesque tendue comme un arc ?»

P. : « Et ça n’a pas toujours été le cas… Figurez-vous qu’il y a … ma fois presque 15 ans déjà, lors de la dernière reprise, je faisais semblant de manger à la cafétéria de l’Opéra… Feu la salle fumeur ! Quand je vois débouler plateau à la main… »

Cl. (avide de potins) : « QUI ? »

P. (raide comme la justice) : « Ah ne m’interrompez pas ou je m’en vais sur le champ ! »

Cl. : « Je me tais »

P. : « …Sylvie Guillem, elle-même ! Elle avise un groupe de garçons, ceux-là mêmes que j’avais vu la veille avec une autre danseuse dans le fameux passage des portés. Elle s’invite à leur table et leur dit en substance : – Bon les garçons, j’ai vu ce que vous faites. Il n’y a pas à dire vous êtes tous beaux, vous dansez tous bien … Personne ne contestera ça… Mais alors le jeu ! Mais vous n’êtes pas censés être beaux. Toi, tu es plutôt fétichiste, toi tu es narcissique. Racontez-vous une histoire les gars !

Comme c’était dit directement ! Le soir, à la représentation les gars étaient dé-chaî-nés. J’ai beaucoup ri… Melle Guillem, elle… Eh bien juste ce soir là elle était un peu trop cérébrale… Difficile d’être répétiteur et interprète dans la même journée. Ce n’est pas comme dans cette vidéo que vous avez certainement vue sur Youtube… »

Cl. (ébahi) : « Vous utilisez Youtube ? »

P. (haussant les épaules) : « Le temps n’a plus de prise sur moi, ça ne veut pas dire que je ne vis pas avec votre temps.

Bon, là, les porteurs de la Scala, ne brillent pas nécessairement par la personnalité… Mais elle ! Pensez qu’elle a sur cette vidéo… Mais non, je me tais. Sûr en tous cas qu’elle n’aurait pas excité la cruelle verve des caricaturistes anglais comme La Guimard lors de sa tournée d’adieux en 1789… Et pourtant, celle là, on la disait éternellement jeune grâce à son art du maquillage. Mais ce n’est pas tant le visage que la technique qui parle chez Melle Guillem… Et puis, ses partenaires de 1998… Je crois que la plupart d’entre eux ont atteint les rangs les plus convoités de la hiérarchie de la maison… »

C. : « Qui ? Qui ??? »

Poinsinet : « Tiens, Cléopold, voilà votre compère James qui s’approche. »

Cléopold : « Où ça ? »

Et quand je me suis retourné… Il était parti. James s’est encore moqué de moi, le bougre…

La Guimard en 1789. Caricature anglaise.

Restait le 3e acte… Mademoiselle Osta s’y est montrée encore une fois poignante. Bête fragile et effrayée sur le port de la nouvelle Orléans et enfin, dans la scène des marais, semblant tourner autour de Le Riche-des Grieux comme un papillon autour d’une lanterne, elle s’est brisée soudainement à son contact…

Quand le rideau s’est relevé, que la nuée de paillettes dorée est tombée des hauts du théâtre… Il m’a semblé que c’était des larmes de regret… Quitter la scène quand on est en pleine possession de ses moyens et qu’on a pour soi le merveilleux don de la juvénilité… Quel gâchis ! Au moins, Clairemarie n’aura-t-elle pas eu des adieux « à la Guimard ».

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