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Les Balletos d’or 2017-2018

Les Balletos d’Or sont en crise. Pour la saison 2017-2018, les organisateurs avaient promis de se renouveler, sortir du cercle étroit de leurs chouchous, et attribuer leurs prix si convoités à de nouvelles recrues. Mais certains s’accrochent à leurs amours anciennes comme une arapède à son rocher. Et puis, la dernière saison a-t-elle été si riche que cela en coups de foudres nouveaux ? On pouvait en débattre. Bref, il a fallu composer. Voici notre liste chabada : un vieux collage, une nouvelle toquade, un vieux collage.

 

 

 

Ministère de la Création franche

Prix Création : Yugen de Wayne McGregor  (réglé sur les Chichester Psalms de Bernstein)

Prix Réécriture chorégraphique : Casse Noisette de Kader Belarbi (Ballet du Capitole)

Prix Inspiration N de Thierry Malandain (Malandain Ballet Biarritz)

Prix Va chercher la baballe : Alexander Ekman (Play)

Prix musical : Kevin O’Hare pour le programme Hommage à Bernstein (Royal Ballet)

  

Ministère de la Loge de Côté

Prix Communion : Amandine Albisson et Hugo Marchand (Diamants)

Prix Versatilité : Alexis Renaud, mâle prince Grémine (Onéguine) et Mère Simone meneuse de revue (La Fille mal gardée).

Prix dramatique : Yasmine Naghdi et Federico Bonelli (Swan Lake, Londres)

Prix fraîcheur : Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann dans La Fille mal gardée d’Ashton (toujours renouvelée)

Prix saveur : Joaquin De Luz, danseur en brun de Dances At A Gathering (Etés de la Danse 2018)

Prix Jouvence : Simon Valastro fait ses débuts dans mère Simone (La Fille mal gardée)

 

Ministère de la Place sans visibilité

Prix poétique : David Moore (Brouillards de Cranko, Stuttgart)

Prix orphique : Renan Cerdeiro du Miami City Ballet dans Other Dances de Robbins (Etés de la Danse 2018)

Prix marlou : François Alu dans Rubis (Balanchine)

Prix dramatique : Julie Charlet et Norton Fantinel dans L’Arlésienne de Petit (Ballet du Capitole)

Prix fatum : Audric Bezard, Onéguine très tchaikovskien (Onéguine, Cranko)

 

Ministère de la Ménagerie de scène

Prix Canasson : Sara Mearns, danseuse mauve monolithique dans Dances At A Gathering (Etés de la Danse 2018)

Prix Tendre Bébête : Mickaël Conte, La Belle et la Bête de Thierry Malandain

Prix Derviche-Tourneur : Philippe Solano (Casse-Noisette, Toulouse)

Prix Fondation Brigitte Bardot : Michaël Grünecker, Puck maltraité du Songe de Jean Christophe Maillot

Prix Sauvez la biodiversité : Le Ballet de l’Opéra de Paris pour son hémorragie de talents partis voir si l’herbe est plus verte ailleurs. (Trois exemplaires du trophée seront remis à Eléonore Guérineau, Vincent Chaillet et Yannick Bittencourt)

 

Ministère de la Natalité galopante

Prix Adultère : Ludmilla Pagliero et Mathias Heymann (Don Quichotte)

Prix Ciel Mon Mari ! : Myriam Ould-Braham et Karl Paquette (Don Quichotte)

Prix du Cou de Pied : Joseph Caley (English National Ballet, Sleeping Beauty)

Prix Sensualité : Alicia Amatriain (Lac des cygnes, Stuttgart)

Prix Maturité : Florian Magnenet (Prince Grémine, Onéguine)

Prix de l’Attaque : MM. Marchand, Louvet, Magnenet et Bezard (Agon, Balanchine)

 

Ministère de la Collation d’Entracte

Prix Gourmand : Non décerné (l’époque n’est décidément pas aux agapes)

Prix Pain sans levain : Le programme du Pacific Northwest Ballet aux Etés de la Danse 2018

Prix Carême: la première saison d’Aurélie Dupont à l’Opéra de Paris

Prix Pénitence : la prochaine saison d’Aurélie Dupont à l’Opéra de Paris

 

Ministère de la Couture et de l’Accessoire

Prix Fashion Victim: Aurélie Dupont (pour l’ensemble de son placard)

Prix Ceinture de Lumière : les costumes de Frôlons  (James Thierrée)

Prix Fatals tonnelets : les costumes de la danse espagnole du Lac de Cranko (Stuttgart)

 

Ministère de la Retraite qui sonne

Prix Les Pieds dans le tapis : Laëtitia Pujol, des adieux manqués dans Émeraudes par une bien belle danseuse.

Prix Très mal : Marie-Agnès Gillot qui ne comprend pas pourquoi la retraite à 42 ans ½, ce n’est pas que pour les autres.

Louis Frémolle par Gavarni. « Les petits mystères de l’Opéra ».

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Le Songe de J-C Maillot : fleur contondante

Le Songe. Jean-Christophe Mailot. Ballets de Monte Carlo. Théâtre national de la Danse. Chaillot. Soirée du samedi 9 juin 2018.

Jean-Christophe Maillot défend depuis plusieurs décennies un style néoclassique très vitaminé placé quelque part entre Balanchine (celui des ballets noir-et-blanc) et la veine acrobatique d’une Karole Armitage ou d’un William Forsythe. Ses relectures peuvent être inspirées et roboratives (c’était le cas de son Roméo et Juliette ou de sa Belle) ou, plus occasionnellement, alambiquées. C’était le cas de son LAC, présenté à Chaillot en 2014, où la relecture de l’histoire était rien moins qu’éclairante et où l’incontestable efficacité technique des danseurs du ballet de Monte Carlo écrasait un peu la poésie du sujet initial. Dans Songe, une pièce de 2005, cette technique athlétique avec multiples pirouettes sur pointe pour les filles, pyrotechnie pour les garçons et partenariat acrobatique convient bien au rythme haletant du chassé-croisé amoureux imaginé par Shakespeare.

Le ballet s’ouvre d’ailleurs sur un « septuor » des futurs mariés princiers. Costumes et décors « statuesques » feraient presque penser à l’esthétique du Phèdre de Lifar et Cocteau. Les quatre jeunes amoureux, vêtus de costumes couleur pierre, assortis à la résolution finale de la comédie : gris clair pour Hermia et Lysandre, gris plus foncé pour Helena et Demetrius. Hippolyte et Thésée sont en blanc, placés sur une estrade-cube. Le septième personnage est Egée, le père d’Hermia, un personnage souvent coupé dans les versions dansées de la pièce de Shakespeare. Tous ces protagonistes ont leur nom inscrits en grosses lettres sur leurs oripeaux. Le chassé-croisé amoureux sur la partition de Mendelssohn est bien troussé. Hermia (Alessandra Tognoloni) et Lysandre (Matèj Urban, puissant et élégant à la fois) voltigent, perturbés dans leurs évolutions par Egée, père encore très vert et un tantinet abusif (technique de jeune homme parfaitement servie par Christian Tworzyanski, un ancien danseur du New York City Ballet), Héléna (Victoria Ananyan) se retrouve plusieurs fois accrochée en saut de biche dans les positions les plus inattendues au cou de Démétrius (le très expressif George Oliveira). Hippolyte et Thésée (Katrin Schrader et Alvaro Pietro) filent une chorégraphie dans la même veine « haute voltige » avec une inflexion plus sensuelle.

Le Songe. Ballets de Monte Carlo. Photographie Alice Blangero.

Pour le monde des fées, la technique n’est pas foncièrement différente en dépit de l’utilisation d’ondulations de la colonne vertébrale et du sacrum ainsi que de passages au sol. C’est plutôt un infléchissement. Le décor est constitué de deux quarts de lune-tremplins qui s’opposent à ceux, angulaires, qui accompagnent le monde des humains. La musique de Daniel Teruggi, à base de bruits « samplés », est efficace pour portraiturer ce monde d’insectes grouillants et virevoltants. Par moments, des sortes de cornes de brume stridentes servent de son aux cris muets d’agression ou de défense des danseurs. C’est que ce monde des elfes est un monde débridé où les pulsions sont reines. Titania (la très élastique Mimoza Kao), accompagnée de son ondulante suivante-page (Anissa Bruley) est une sorte de limace lascive. Obéron (Joeyong An) est un fier-à-bras qui caresse avec délectation tous ses appendices (deux cornes sur le front et une barbiche au menton). Il terrorise et maltraite son compagnon Puck (le bondissant Mickaël Grünecker, plein d’abattage) affligé d’un constant dodelinement nerveux du chef et d’une manie de tirer sur les soies violettes de sa chevelure. Cette violence répétée sur la personne de l’elfe rencontre sa limite au bout d’un moment (même Lysandre, sous influence, violente Hermia d’une manière presque insoutenable). Heureusement, la trouvaille visuelle de la Puckomobile, fleur à roulette géante crachotant laborieusement sa fumée magique, vient apporter un peu de légèreté dans tout ce déploiement de force.

Le Songe. Ballet de Monte Carlo. Photographie Alice Blangero.

Mais la partition chorégraphique et musicale du Songe qui touche le plus au cœur du rire est celle des artisans. Gens de théâtre, même improvisés, ils donnent de la voix, même si c’est le plus souvent pour prononcer des paroles incompréhensibles. Les costumes pour leur première entrée sont sans doute les plus réussis de la production : moitié humains, moitié instruments (soufflet, marteau, compas…). Le Passage entre Nick Bottom (Asier Edeso, plein de fougue, de charme et d’humour) et Titania est d’une bestialité jouissive. Le tisserand métamorphosé en bourricot porte les oreilles aux coudes et est affublé d’une corde-organe à pompon qui caresse Titania sur toutes ses parties intimes. Ses trépidations accompagnées de petits cris entraînent dans son sillage la reine des elfes, tour à tour étranglée ou en commande de l’appendice. Voilà sans doute la scène la plus authentiquement drôle et troublante de bestialité qu’il nous ait été donné de voir dans un Songe d’une nuit d’été dansé. Les autres comparses ne sont pas en reste. Pour la « tragédie de Pyrame et Thysbé » – avec accouchement drolatique des mères des deux héros, lion loufoque, lune en latex, arbre-mur poétique et Thysbé dragqueen en coquet jupon de dentelle – les protagonistes ravissent par une gestuelle par tressautements à la fois dérisoire et touchante.

Le Songe. Ballets de Monte Carlo. Photographie Alice Blangero.

On rit beaucoup.

Mais, la noce, elle, n’apprécie pas. Et les pauvres artisans sont, eux aussi, rudoyés. Le Songe de Jean-Christophe est décidément plein de violence sociale.

Était-ce absolument nécessaire ?

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