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La Bayadère (Park-Marque) : lâcher-prise

Vient-on à une soirée pour les bonnes raisons lorsqu’on s’y rend pour voir les rôles secondaires ? Sans doute pas. On s’expose à l’ennui pendant les scènes essentielles du ballet et peut-être, cela arrive, à la déception face aux prestations des seconds couteaux qu’on était venu admirer.

En cette soirée du 6 juillet, la déception aura été du côté de l’Idole dorée de Lorenzo Lelli. En dépit de ses évidentes qualités, notamment saltatoires, le jeune danseur a cochonné la plupart de ses réceptions à genoux. Surtout, on a fini par être agacé par la préciosité de ces idoles 2026. La variation, créée sur lui-même dans les année 30 par l’Homo Sovieticus par excellence, Vaktang Tchaboukiani, devrait être une démonstration de puissance et non une danse des doigts. Jadis, Emmanuel Thibaut avait rompu avec la tradition héroïque pour mettre en valeur ses propres qualités, allant jusqu’à porter des extensions de digitales et une peinture dorée opaque. L’approche était fascinante parce que c’était Emmanuel Thibaut et sa technique immaculée qui l’animaient. A ce jour, personne, pas même monsieur Lelli, n’a encore approché ce niveau.

Lorenzo Lelli (Idole dorée).

Pour le positif, on a néanmoins pu admirer le Fakir de Chun-Wing Lam, sur le fil, avec une forme de gestuelle restreinte et juste et une danse à la fois ciselée et énergique : pas de danse des poignards embarrassante en vue avec ce danseur. Lam trouve l’équilibre entre le classicisme et la couleur locale inhérente à ce ballet. On regrettera assurément la saison prochaine ce jeune danseur qui a drastiquement  et courageusement réorienté sa carrière …

Chun-Wing Lam (le Fakir)

Et puis il y a la Gamzatti d’Inès McIntosh. Dramatiquement, la danseuse maîtrise à merveille son texte : princesse qui apprécie son lot, elle lance un regard plein d’expectations vers le portrait de Solor puis marque son approbation avant de laisser poindre sa jubilation. Le choix de haut profil de son père pour ses noces confirme le statut qu’elle tient dans son cœur et dans sa cour. Fabien Révillion donne d’ailleurs du Rajah une interprétation originale, celle d’un homme aimant et aimable complètement dévoué à sa fille. Lorsque Solor se fige à l’annonce de ses desseins matrimoniaux, Révillion semble occulter l’épisode, tant il est enthousiasmé par son idée d’alliance. Sa colère face aux révélations du Grand Brahmane passe par différents stades très lisibles : incrédulité d’abord puis déception, et enfin colère.

Gamzatti-Inès fonctionne sur le même registre dramatique : durant la scène de rivalité, elle sait à la fois monter tristesse puis détermination. Elle ralentit certains gestes pantomimes, les rendant visibles sans avoir besoin de les figer en pose. Elle se révèle enfin implacable dans sa ire et son désir de vengeance. La danse est dans la droite lignée de ce jeu : nette, élégante et précise dans la variation, une authentique princesse, et impériale enfin dans la coda avec une série de fouettés de haute volée.

Inès McIntosh et Paul Marque (Gamzatti et Solor).

Une telle interprétation de ce rôle secondaire essentiel du répertoire aurait pu suffire à justifier cette énième Bayadère. Mais une surprise nous attendait pourtant.

On n’a, c’est le moins que l’on puisse dire, pas été des amateurs de la première heure de Sae Eun Park ni même de Paul Marque. Depuis quelques saisons cependant, chacun de ces danseurs a su nous toucher individuellement. Sae Eun Park s’est notamment révélée dans le rôle-titre de Giselle aux côtés de Germain Louvet et Paul Marque a déployé un charme dévastateur dans l’Aminta de Sylvia. Pourtant, le couple Park Marque nous a toujours laissé sur le bas-côté de la route. Les deux danseurs ont longtemps été frappés du syndrome du bon élève. Très souvent associés, ils ont formé un binôme efficace, précis, pertinent et, pour toutes ces bonnes raisons assemblées, peu excitant.

Pourtant, en ce soir du 6 juillet, quelque chose de nouveau a émergé. Sae Eun Park commence par interpréter une belle flute serpentine, même si le visage reste un peu fermé, tandis que Marque, qui a fait une belle entrée en grands jetés et discuté de manière animée avec le Fakir, s’enflamme littéralement à  la vue de sa Nikiya. Le premier pas de deux, sans être éminemment personnel, a cependant une fluidité et une vitalité qui nous permet de rentrer dans l’histoire.

A l’acte deux, Sae Eun Park émeut dans la robe orange. Ses arabesques suspendues sont dans l’aspiration et ses prières moelleuses parlent d’abandon du coeur. Dans ce moment difficile pour le danseur principal, Paul Marque, qui a auparavant accompli un grand pas quasi parfait (les pirouettes en dedans finies arabesque sont encore un peu pressées) aux côtés d’Inès McIntosh, marque très bien le contraste entre les moments de désir nostalgique et la dissimulation presque veule. Park porte la confrontation finale avec véhémence et rend glaçante la jubilation vengeresse de Gamzatti, protégée par un père aveuglément aimant. La course désespérée de Marque vers son amante assassinée termine l’acte sur une note tragique.

A ce stade, la soirée bien amorcée pouvait encore rester à l’état de promesse non tenue car les actes blancs de Sae Eun Park demeurent aujourd’hui encore des points d’achoppement chez la danseuse. Elle a en effet tendance à les cantonner dans une perfection formelle un tantinet « clinique ». Mais après une scène du narguilé intense et urgente de la part de Paul Marque et une belle descente des ombres suspendue et poétique par le corps de ballet, Nikiya-Park apparait avec un haut de corps toujours en mouvement et des inflexions de cou qui font osciller la tête comme une corole de fleur sous la brise. Ses ports de bras « viens me rejoindre » à la fin de la première rencontre sont de vrais appels et l’on peut ensuite se laisser porter par un couple qui allie sa coordination habituelle avec un lâcher-prise qui permet la vision élégiaque. Enfin ! Après toutes ces années…

On est ressorti heureux de pouvoir envisager de prochaines soirées Park-Marque avec plus d’expectations positives que jadis. Mais Paul Marque vient d’annoncer qu’il allait à découverte d’autres horizons la saison prochaine. Il faudra donc patienter pour voir si le miracle d’un soir est amené à se reproduire.

Quoi qu’il en soit, il s’agissait d’une bien jolie fin de saison pour votre serviteur.

Paul Marque et Sae Eun Park (Solor et Nikiya).

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My Bayadères in Paris : Full Orchestra

Why on earth did we get so many tickets to this thing?  After being stuck in a room endlessly watching endless rehearsals for La Bayadère on the phone during Covid, what did we get when the theaters reopened? More Baya. And now it’s back to Baya. I arrived at my first performance in a state of advanced gloom.

But during the overture I perked up. To my delight, for once the musicians in the pit had decided to take “ballet music” seriously and behave. Without the usual cringe-inducing woops and boops and jam-ups, Minkus sounded like real music. Koen Kessels’s reactive conducting made it evident for once that if someone was off the beat you knew whom to blame. This series was going to be bearable after all.

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June 17th:  An Enchanted Flute

Léonore Baulac’s poignant Nikiya immediately enveloped herself in the music. Dare I call her a dancing flute? A tuning fork? Sound and emotion shiver through her body and find release through her arms.  She is melancholy, wistful, bust carefully placed forward … Giselle in Act II. Viscerally disgusted and shaken by the Grand Brahmin’s overtures, with Solor her back suddenly opened up and her arms grew even longer. This Nikiya believes completely in her handsome savior. When her hero swears his faith upon the pyre, she is clearly convinced, like Giselle, that true love lasts forever.

Léonore Baulac is at that “sweet spot” in her career where physical ability and artistry coincide. This allows her to take her roles to another level.  Baulac’s Nikiya reacts with seemingly unrehearsed spontaneity to every situation she encounters. 

In the Confrontation Scene — as with her Judith in Pina Bausch’s Bluebeard — she became increasingly like a small defenseless animal in pain, biting back as best as she could with tiny sharp teeth. In Act II, as Baulac began her fraught lament, I had the weird impression that she had lost weight during intermission. Emotions flickered, flowed, and intensified in cadence to the music. In Act III, our heroine seemed completely weightless, a gentle breeze. The way she held back a microsecond then echoed and amplified Solor’s movements made it clear that she was a delicate figment of his opium-induced dreams.

The best actors don’t “act,” they listen. Alas, given the rest of this cast on the 17th, Baulac could only rely upon the orchestra for support and release. Let’s face it, the much-maligned Minkus knew how to cue emotional verismo. This Nikiya, as graceful and fragile as a glass figurine, was stuck a world of tin soldiers.

Paul Marque had first jetéd in with soft, even languorous, authority. He knows how to make his grand leaps hover up there. His pantomime discussion with Daniel Stokes’s twitchy Fakir was clear and slow. But this gravitas evaporated the moment he returned to dancing. A kind of gritty determination – especially in pirouettes – more suited to a competition, took over. This continued to be a problem. He acted out surprise and unease at his forced marriage but then seemed to forget all about it during the Grand Pas. He’s been dancing a lot. Exhaustion plus adrenalin? In Act III he continued to interpret rushing as a kind of default mode for expressing despair.

As Gamzatti, Bluenn Battistoni continues to rely upon her technical finesse but, as an Étoile, she really needs to start working on her projection. Maybe I shouldn’t say this, but I’ve seen her now how many times yet have trouble recalling her face, identifying a persona. Is it her coach? Does she need contacts? Is it stage-fright? But ever since her Beauty a year ago, she only seems to begin to start to glow during a third act. And then she’s just lovely. The problem is that Gamzatti doesn’t have a third act… Battistoni’s Wedding Pas had an uneven feel. During the adagio she seemed coolly triumphant in a Black Swanny way but then disappeared into a very careful, hemmed-in variation that didn’t take advantage of the massive space on stage. Everything got tighter from pirouettes to arabesques, nothing stretched nor reached.  Her Italian into regular fouetté’s were strong and perfect in the wrong way: she cranked them out with a kind of scary force.

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June 29th:   The Violin’s Plaint

Dorothée Gilbert. The audience, of course, exploded when she made her entrance.

Her Nikiya reminded me more of an Odette than a Giselle, cooler and warier than Baulac. I really did wonder whether this Nikiya hadn’t once been a real princess who had gotten trapped in a temple dancer’s body due to some evil spell or reincarnation gone wrong.  She was damsel in distress, certainly, but wise beyond her years and neither vulnerable nor naïve. Just one sharp suspicious glance – plus a regal “you high caste, me not” snippet of pantomime – made the Grand Brahmin (Yann Chailloux, very King and I) wither. Gilbert’s distinctive face has long reminded me of that of the young Joan Crawford in her early days on screen. Like the actress, Gilbert radiates an inner strength and calm assurance, but beneath that façade wounds can plunge in deep.

Gilbert’s Nikiya throbbed more to the sound of plucked strings than to the call of the flute. Her sense of gravity is more vertical than Baulac’s: hers is a spine that refuses to bend just because the winds say so.

Hugo Marchand’s Solor started out as a flirtatious and playful suitor, an Albrecht confident that everything always ends well.

Gilbert sang quiet duets with her partner of long standing. They’ve had a much commented-upon alchemy since the beginning of their pairing. He can literally tell where she is even with his back turned to her, which made Act III even more compelling. Fans of G/M don’t kill me, but I found one flaw in this performance: it’s very uncommon for Gilbert to search for her balances. She seemed to be unable to release some tension in her shoulders which, through osmosis, spread to her partner.

Roxane Stojanov’s Gamzatti – no Black Swan, but an entitled Bathilde who expects protocol be followed — put a full stop to this romance. An Albrecht instead of a warrior, Marchand was much more visibly discomfited by the princess than Paul Marque had been on June 17th. You really saw him try to rebel against the Rajah’s dictates as he lurked and peeped from behind corners while trying to figure out what to do. When Act II took off, Stojanov’s Gamzatti knew she’d won and led all the way through the pas de deux with sovereign ease, not force. Marchand reacted progressively to his beloved’s pain in a way the other Solor visibly hadn’t. At one point, “I want to sink into a hole in the ground” was quite readable.

Act III allowed us to bask in Gilbertmarchand’s aura.  We had the same soloists for the variations both nights and my impressions were mixed. Hohuyn Kang is usually a dance-y dancer. Like so many who have been cast in the First variation for years now, Kang needs to be told this simple fact: you just don’t need to lift that side leg up so high in the sissonne/developé/assemblé. This displaces your center, disrupts the flow of the combination, makes the music sound clunky, and, frankly, ruins the overall line. Inès McIntosh’s second variation impressed the audience with her combination of technical maestra and naturally shaped lines. Everything was luminous, nothing was overdone.  That’s just the way she always dances. As Number 3, the talented Bianca Scudamore gave a surprisingly unmusical, even heavy, interpretation that progressed nowhere. No build-up, no humorous response to the the oom-pah-pah heft of the score. Scudamore is scheduled to dance Gamzatti when I go on July 8th. Let’s see what happens.

Dorothée Gilbert and Hugo Marchand (Solor and Nikiya)

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July 3rd:  A Muted Harp

I was, alas, bewildered and disappointed by Heloïse Bourdon’s Nikiya on July 3rd. The elegant simplicity and easy control of her dance remains evident, but here somehow the character seemed to elude her. More the pity because Germain Louvet’s impeccable and feverishly eager Solor did bring something out of her in Act 1, a kind of complicit, gleeful, bodily confidence that then vanished again once she got back to work as a devadasi.  I had the feeling she been coached to a such a deep point of interiority that her Nikiya became mainly inscrutable.  I held out hope when the Kingdom of the Shades began: Bourdon seemed to remember being alive, she followed the sound of the harp, her calls to Louvet with her arms were so warm that his Solor could only follow. Then, boom, for the rest of the act, the gentle ghost vanished, replaced by some kind of zombie. Literally expressionless, yet dominant, as if trying to wipe out their story rather than preserve it.  

Bourdon had been, however, toweringly ferocious when she refused to be pushed around by Gamzatti è tutti quanti.  You could see emotional pain running down Bourdon’s spine as her body reached out to tell her story during Act II. “How can you forget us so fast, Solor?”  Aha, I thought, so this is why Myrtha’s is still so pissed off after almost two centuries. Have you ever wondered about the Queen of the Wilis’s backstory? Well, here you have it.

And who wouldn’t be infuriated by Clara Mousseigne’s simpering Gamzatti? A princess? Nah. Louvet/Solor’s deftly acted slow burn of realization that this Bathilde 2.0 turns out to be just an empty shell in good clothes made you hope he’d go off script, grab that snake, and shove it down her bodice.

Mousseigne has always danced with efficiency but without a drop of that generosity, lift, or distilled feminine elegance is the very definition of a ballerina. Her extensions don’t extend beyond her toes. Her double attitude turns that finish in arabesque plié, for example, didn’t thrill precisely because she seemed to be saying “I control this and make the music – and everybody — wait for me.” She knows exactly how to fouetté for maximum applause.  She can show off but clearly does not use her body to serve the persona that is embedded in the music. She flaps her hands instead.

My antipathy for this dancer would be reconfirmed by her variation as the First Shade on July 8. A mechanical doll with a tin ear? Worse, she was the only Shade who smiled all the way through Act III. Isn’t it great to be dead?

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La Bayadère. Corps de Ballet des ombres. Saluts

July 8th:   Encore

Léonore Baulac again, but with a new lover and a new nemesis.

Guillaume Diop soars in, more connected to his feet than I’d seen lately. He demonstrates a new kind of maturity and adult manliness. Rubens Simon’s rabbity Fakir doesn’t overdo the “yes, massa” stuff and shows a bit of stage intelligence: just why were all the other Fakirs clapping so hard when the whole point is not to wake up the Grand Brahmin?

Baulac and Diop fit well together. Their lines and rhythms, their sense of call and response, match. Indeed, both unfurl their arms with the same soft inflections. Their arms together reminded me of tendrils or the lianas in the set design. This gave their partnering a delicious Art Nouveau look.  This pliant couple is not in the throes of passion but in the giddy bliss of innocent love.

As an actress, Bianca Scudamore was most believable as Gamzatti. When this sheltered princess realizes that there is something called “a rival,” her astonishment feels real, intense, and not overcooked. Indeed, these three made you feel that they were all equally naïve.

The way Scudamore crafted her character’s emotional arc from perplexed surprise into viperine fury was positively operatic. She offered Baulac, the most reactive of acting dancers, a real sparring partner. You could almost hear high notes. If someone ever concocts “Aida: The Ballet,” Scudamore would be my first choice for Amneris.

In the Grand Pas, Scudamore put on a cat that swallowed the canary face and led the dance. I chuckled when she gripped Diop’s hands and sharply pulled him closer, already a wife who insists upon proprieties in public. Her dance was strong and precise, if sometimes a bit earthbound. She smoothed over a few moments of not really being in tune with the music and roused the audience with plenty of double fouettés.

Of all the Gamzatti’s, Scudamore’s stayed the most reactive while seated to the side during Nikiya’s big moment, growing increasingly wistful as Diop’s Solor kept avoiding her gaze.  In the original Giselle, Bathilde shows up in the forest to take a devastated Albrecht back home to the castle. I could see this Gamzatti doing just that.

Meanwhile, I haven’t mentioned the Golden Idols. Antoine Kirscher’s on June 17th and July 3 were, how to most kindly to describe it, lopsided and clenched. Thomas Doquir’s tight arabesque and heavy reliance on the beat limited his more solid, but overly careful, version on the 29th. But on this night, Andrea Sarri – alternately sharp and smooth, hieratic and almost human – reminded us that he is supposed to be a metal statuette brought to life by music.

On the 3rd and 8th of July, Act III also provided other casts for the variations. In the first, Camille Bon on the 3rd did find the right balance and avoided the trap of that raised leg. Her developés unfolded as, and into, part of a larger sense of movement. Saki Kuwabara’s second variation on the 3rd, brisk and fluid, holds up when compared to Marine Ganio’s on the 8th. I don’t know how many times I’ve seen Ganio in this variation, but you can never tire of her creamy precision. Her dance is like a string of pearls. I was immensely lucky to see Nine Seropian twice as the Third Shade. A dancer with fine musical and theatrical intelligence, she clearly understood that this is a waltz, and that a waltz is not “one-two-three-wait” but “one-two-three-aaand.”  Let me put it this way:  I’ve had more than enough of La Bayadère for now, but the day either Seropian or Ganio gets cast as one of the leads, I’ll be ready for more..  

Léonore Baulac and Guillaume Diop (Solor and Nikiya).

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La Bayadère (Bourdon-Louvet) : inaccessible étoile

Il y a quelque chose de fascinant à retourner voir un même ballet dans une même production saison après saison. Combien de nuances différentes du même personnage et de la même chorégraphie peuvent bien se révéler représentation après représentation ?

Au soir du 3 juillet, Héloïse Bourdon offre une vision très clivée de l’héroïne Nikiya. A l’acte 1, après une sortie du temple presque trop décidée, elle semble accomplir son devoir de bayadère d’une façon hiératique mais fermée… Il y a fort peu de spiritualité dans ces gestes appris, presque rabâchés (on retrouvera ce même détachement lors de l’adage de l’esclave durant la scène 2). La danseuse-prêtresse aurait-elle perdu la foi ? Elle s’anime pourtant après son interaction avec le Fakir. Elle devient alors rayonnante dans son deuxième solo, semblant même converser avec la cruche. Lui rappelle-t-elle des rencontres passées avec le guerrier Solor. Germain Louvet justement entre, prince aux belles lignes et à la séduisante prestesse. Dans le pas de deux le partenariat fluide montre cependant un décalage entre les deux protagonistes. Germain-Solor semble confiant tandis qu’Héloïse-Nikiya est déjà inquiète, presque défaite.

Clara Mousseigne (Gamzatti).

Lors de la scène deux, Germain Louvet accentue bien sa pantomime de tergiversation et d’acceptation à contrecœur de la fille du Rajah. On le comprend. Clara Mousseigne donne de la princesse Gamzatti l’image d’une fille à papa pourrie-gâtée et colérique. Sa pantomime, sémaphorique, accentue encore le côté prosaïque qu’elle donne au personnage.

Pendant la scène de rivalité, Bourdon se montre admirable dans l’emportement. On la sent littéralement recevoir les insultes de la princesse comme s’il s’agissait de crachats. La pantomime du « là-bas, devant le feu sacré… » est presque vengeresse et l’épisode du couteau atteint des sommets d’intensité dramatique.

Héloïse Bourdon est une Nikiya véhémente.

A l’Acte 2, Héloïse Bourdon fait une entrée à la fois outragée et lyrique. Ses épaulements et ses directions du corps ne laissent aucun doute sur qui sont les personnes qu’elle fixe de manière réprobatrice -Gamzatti-Mousseine qui a confirmé l’impression donnée à l’acte 1 dans un pas de deux truffé de petits gestes secs parasites dans l’entrada et l’adage et de fioritures de poignets agaçantes dans sa variation- ou implorante -Solor-Louvet, aux grands jetés héroïques mais surtout au jeu de regards à contretemps extrêmement bien réglé. Pour un temps, comme en atteste la variation de la corbeille, jubilante et pleine d’allure, l’héroïne semble reprendre foi dans son destin. Le contraste avec la violence de la scène du serpent n’en est que plus saisissant.

Héloïse Bourdon est une Nikiya révoltée contre l’injustice…

Est-ce cette injustice de trop qui fait que l’Acte des Ombres offre bien peu de fenêtre de rédemption à Solor ? Durant ce beau moment de lyrisme contrôlé seuls la première entrée et l’adage, particulièrement poétiques et élégants, donnent le sentiment que l’héroïne martyre installe une connexion spirituelle avec son partenaire. Après avoir disparu en piétiné à reculons dans la coulisse, Nikiya devient une belle souveraine lointaine. Germain Louvet semble vraiment sauter, parfaitement éperdument, vers un idéal désormais inaccessible.

Germain Louvet (Solor) et Héloïse Bourdon (Nikiya)

Bien qu’on a passé une agréable soirée grâce notamment à certains rôles secondaires bien dessinés (Nine Seropian, primesautière en Manou et troisième ombre savamment accentuée ; Camille Bon aux développés élégants et harmonieux en première ombre ; Keta Belali enfin, vigoureux Fakir), on ressort un peu attristé par l’accent quelque peu démoralisant de cette bayadère désenchantée, qui, à force d’être trahie, a perdu la foi en son étoile.

La Bayadère. Trois ombres (Camille Bon, Saki Kubawara et Nine Seropian)

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La Bayadère (Baulac-Marque) : la femme derrière la prêtresse…

Le Ballet de l’Opéra reprend La Bayadère pour la onzième fois dans son propre théâtre depuis sa création à l’Opéra Garnier en octobre 1992. Mis à part lors des années 1992 à 1994 et en 2009-2010, le ballet a toujours été représenté à l’Opéra Bastile, un cadre à la mesure de la production grandiose voulue par Rudolf Noureev, Ezio Frigerio et Franca Squarciapino. La large scène pouvait soutenir l’imposante façade de Taj Mahal et une distribution pléthorique.

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Las, depuis la reprise Millepied de 2016, l’acte 2, celui où la scène est la plus ouverte sur la niche multilobée, la scène parait bien vide. A l’origine, il y avait douze danseuses aux éventails et douze aux perroquets. Il y a dix ans, elles étaient dix pour entrer et huit pour danser. Aujourd’hui, le ballet de l’Opéra a entériné le changement et ne présence que deux fois huit danseuses. La grande coda de Gamzatti semble bien diminuée avec un arc de cercle de seize danseuses au lieu de vingt-quatre tandis que la princesse épate la galerie. Peut-être n’est-on pas au fait de la situation du Ballet de l’Opéra. La compagnie a-t-elle toujours 154 danseurs ? Présente-t-elle une autre grosse production dans quelque autre partie du globe ? La figuration nous a parue également un tantinet clairsemée : les porteurs d’éventails sont réduits de moitié et l’idole dorée n’est plus suivi de 6 ses bayadères.

La Bayadère. Corps de Ballet des ombres. Saluts. Elles étaient bien 32!

On s’est alors pris ainsi au troisième acte à compter les danseuses pendant la descente des Ombres. Y en aurait-il trente-deux, un sujet de fierté pour Rudolf Noureev, ou vingt-quatre comme dans la version Makarova ? On n’a été rassuré qu’au vingt cinquième bras de première arabesque émergeant de la coulisse côté jardin. On a pu se réjouir ensuite d’assister à une descente de praticable, à des arabesques penchées ou de grands développés immaculés. Le corps de ballet aura d’ailleurs, sur l’ensemble de la soirée, montrée toutes ses qualités. Les Bayadères de la scène 1 étaient à la fois disciplinées et suffisamment moelleuses pour paraître spirituelles durant leur danse autour du feu sacré. Les Djampos de la scène 2, menées par Nine Seropian et Claire Gandolfi, avaient un vrai souffle sous les pieds et leurs sautillés-arabesque étaient d’un bel unisson. Les Fakirs déployaient toutes leur énergie dans la première scène et dans la danse indienne. A leur tête, Daniel Stokes accentuait spirituellement sa pantomime (la première rencontre avec Solor) et menait avec autorité les évolutions très cancan de l’acte 2 épaulé par Victoire Anquetil et Antonio Conforti. Au début de l’acte 3, la scène des lumignons avait la réflexivité paisible nécessaire pour préparer à l’apparition de la théorie d’Apsaras.

Les rôles mimés nous ont également paru bien dessinés. Yann Chailloux travaille ses poids du corps pour faire passer ses émotions conflictuelles et Arthus Raveau joue à merveille l’homme d’Etat impatient voire irascible qui ne sait cacher son déplaisir à l’annonce de l’arrivée inopinée du Grand Prêtre en son palais.

Voilà qui est bien. Noureev ne disait-il pas « La Star d’une compagnie de ballet, c’est son corps de ballet » ? Mais si l’aphorisme est vrai, on ne peut néanmoins s’empêcher de nuancer. Les grands ballets de Petipa offrent tellement de rôles de demi-solistes et de solistes qu’il serait difficile de passer une bonne soirée simplement avec un bon corps de ballet. On passerait sans doute son temps à en trouver les inévitables défauts si les personnages principaux n’étaient pas à la hauteur de l’ensemble.

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Pour cette soirée, on pouvait se montrer un tantinet inquiet puisque un inopportun jeu de chaises musicales a commencé à se dessiner. Valentine Colasante a quitté les distributions de même qu’Hugo Marchand pour au moins une représentation, ce qui a offert à Thomas Docquir l’occasion de décrocher la timbale de l’étoilat aux côtés de Dorothée Gilbert, le 21 juin. Le couple de cette première n’était donc pas celui qui était attendu.

Paul Marque et Léonore Baulac (Solor et Nikiya)

Léonore Baulac était donc Nikiya en ce 17 juin et dès sa première variation, on a été captivé. Baulac joue la variation de la flute moins en danseuse sacrée qu’en femme inquiète, déjà consciente de la situation inextricable dans laquelle elle se trouve, indument courtisée par le grand Brahmane et aimée d’un guerrier promis sans doute à une jeune femme de sa caste. Une forme d’angoisse se dégage de sa prière. Elle semble demander pour elle même la protection des dieux. Sa rencontre avec Solor, Paul Marque, qui a le jeté héroïque, forme une parenthèse libératrice au milieu de cet océan d’incertitudes. Le pas de deux, qui s’intègre bien avec la scène à la cruche, suspendue et réflexive, est un moment de plénitude et de joie. Léonore-Nikiya à un sourire rayonnant qui perce le quatrième mur de la salle de spectacle.

Bleuenn Battistoni (Gamzatti).

A la scène 2, la Gamzatti de Bleuenn Battistoni consent au  mariage presque en regimbant mais exige ensuite son dû lorsqu’elle comprend que la jolie danseuse venue bénir par sa danse son voile de mariée n’est autre que l’aimée de son promis. La scène de rivalité, très bien réglée, montre donc une Gamzatti imbue de ses prérogatives plus que blessée par l’attachement de son fiancée à une autre. Les mots pantomimes de la princesse outragée n’en paraissent que plus cinglants et la fureur de la bayadère humiliée véridique.

A l’acte deux, on perd un peu de cette tension qui s’était installée. La déconvenue du nombre réduit de danseuses, l’Idole dorée à la fragilité de porcelaine d’Antoine Kirsher accompagné d’enfants de l’Ecole de Danse qui auraient bien besoin de peaufiner leurs alignements, y sont pour quelque chose. La petite oasis offerte par la charmante danse Manou à la cruche, rendue spirituelle par Marine Ganio, ne compense pas un grand pas d’action menée tambour battant par Paul Marque et Bleuenn Battistoni, parfois à la limite du bon goût. L’entrada et l’adage passent plutôt bien même si le personnage de la princesse altière de Bleuenn-Gamzatti ne se transmet pas à sa danse. Dame Battistoni a deux expressions sur le visage : celle où elle sourit et celle où elle ne sourit pas. Dans sa variation, Paul-Solor montre de nouveau ses qualités saltatoires mais ferait bien de peaufiner ses pirouettes qui paraissent parfois pressées et à la limite de la perte de contrôle. La coda est exécutée avec trop d’énergie par Battistoni : son manège à l’italienne et ses fouettés font plus « concours » que représentation.

Heureusement, Léonore Baulac fait son entrée en sari orange et nous propulse de nouveau dans le drame. Sa Nikiya se montre à la fois très véhémente dans la pantomime et suspendue dans ses arabesques d’aspiration. Une fois encore, la ballerine dépeint une femme blessée plus qu’une prêtresse bafouée. Dans la section de la corbeille Baulac a des déhanchés très accentués qui créent un vrai pic chorégraphique avant le pic dramatique du dénouement où son personnage maudit la princesse meurtrière.

A l’acte 3, Paul Marque accomplit une variation d’entrée à la fois moelleuse et intense. Il parvient à nous emporter sans son rêve d’opium. Dans les trois ombres, Hohyun Kang est très élégante dans ses développes à la seconde tandis qu’Inès McIntosh fait une belle démonstration de prestesse et domine ses pirouettes. Bianca Scudamore, quant à elle, reste  dans la joliesse et l’insipidité.

On est néanmoins transportée par ce troisième acte. Léonore Baulac incarne parfaitement l’ombre avec ses sauts silencieux et ses équilibres suspendus. Ses renversés avec le cou mobile laissent encore une fois la femme poindre derrière le spectre. Son Solor parait subjugué et galvanisé. Le climax final, dans le cercle laiteux et glorieux des bayadères, est une apothéose aussi bien visuelle qu’émotionnelle.

Léonore Baulac atteint sans doute actuellement son acmé artistique. Tant mieux, pour cette série de Bayadère car elle va danser un bon nombre de fois le rôle de Nikiya, y compris avec d’autres Solors.

Paul Marque et Léonore Baulac (Solor et Nikiya)

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“Some enchanted evening/you may see …” (My spring season at the Paris Opera)

Just who wouldn’t want to be wandering about dressed in fluffy chiffon and suddenly encounter a gorgeous man in a forest glade under the moonlight? Um, today, that seems creepy. But not in the 19th century, when you would certainly meet a gentleman on one enchanted evening…« Who can explain it, who can tell you why? Fools give you reasons, wise men never try. »

Notes about the classics that were scheduled for this spring and summer season — La Bayadère, Midsummer Night’s Dream, Giselle — on call from April through July.

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After the confinement, filmed rehearsals, and then two live runs in succession, DOES ANYONE STILL WANT TO HEAR ABOUT LA BAYADERE? But maybe you are still Dreaming or Giselling, too?

Here are my notes.

Bayaderes

« Some enchanted evening, you may see a stranger across a crowded room. And somehow you know, you know even then, That somehow you’ll see her again and again. »

April 21

In La Bayadère, if Ould-Braham’s Nikiya was as soft and naïve and childlike as Giselle. Bleuenn Batistoni’s  Gamzatti proved as hard and sleek as a modern-day Bathilde: an oligarch’s brat. [Albeit most of those kinds of women do not lift up their core and fill out the music]. Their interactions were as clear and bright and graphic as in a silent movie (in the good sense).

OB’s mind is racing from the start, telling a story to herself and us, desperate to know how this chapter ends. Partnering with the ardent Francesco Mura was so effortless, so “there in the zone.” He’s one of those who can speak even when his back is turned to you and live when he is off to the side, out of the spotlight. Mura is aflame and in character all the time.

OB snake scene, iridescent, relives their story from a deep place  plays with the music and fills out the slow tempi. Only has eyes for Mura and keeps reaching, reaching, her arms outlining the shape of their dances at the temple (just like Giselle. She’s not Nikiya but a  Gikiya).

Indeed, Batistoni’s turn at Gamzatti in the second act became an even tougher bitch with a yacht, as cold-blooded as Bathilde can sometimes be:  a Bamzatti. There was no hope left for Ould-Braham and Francesco Mura in this cruel world of rich fat cats, and they both knew it.

April 3

Park  as Nikiya and later as Giselle will channel the same dynamic: sweet girl: finallly infusing some life into her arms in Act 1, then becoming stiff as a board when it gets to the White Act, where she exhibits control but not a drop of the former life of her character. I am a zombie now. Dry, clinical, and never builds up to any fortissimo in the music. A bit too brisk and crisp and efficient a person to incarnate someone once called Nikiya. Could the audience tell it was the same dancer when we got to Act 3?

Good at leaps into her partner’s arms, but then seems to be a dead weight in lifts. When will Park wake up?

Paul Marque broke through a wall this season and finds new freedom in acting through his body. In Act Three: febrile, as “nervosa” as an Italian racecar. Across the acts, he completes a fervent dramatic arc than is anchored in Act 1.

Bourdon’s Gamzatti very contained. The conducting was always too slow for her. Dancing dutifully. Where is her spark?

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Midsummer Night Dreams

« Some enchanted evening, someone may be laughing, You may hear her laughing across a crowded room. And night after night, as strange as it seems, The sound of her laughter will sing in your dreams. »

June 30

Very baroque-era vivid conducting.

Aurelien Gay as Puck: feather light.

Pagliero’s Titania is clearly a queen, calm and scary. But also a woman, pliant and delightful.

Jeremy Loup-Quer as Oberon has heft and presence. Dances nicely. Smooth, but his solos are kind of like watching class combinations. (Balanchine’s choreography for the role is just that, basically)

First Butterfly Sylvia Saint-Martin displayed no authority and did the steps dutifully.

Paris Opera Ballet School kiddie corps has bounce and go and delicate precision, bravo.

Bezard/Demetrius in a wig worthy of a Trocks parody. Whyyyy? Particularly off-putting in the last act wedding scene. Who would want to marry a guy disguised as Mireille Matthieu?

Bourdon/Hyppolita unmusical fouettés. I miss her warmth and panache. Gone.

Act 2 Divertissement Pas where the couple appears out of nowhere in the “story.” (see plot summary). The way Louvet extends out and gently grasps Ould-Braham’s hand feels as if he wants to hold on to the music. Both pay heed and homage to the courtly aspect of the Mendelssohn score. That delicacy that was prized by audiences after the end of the Ancien Régime can be timeless. Here the ballerina was really an abstract concept: a fully embodied idea, an ideal woman, a bit of perfect porcelain to be gently cupped into warm hands. I like Ould-Braham and Louvet’s new partnership.  They give to each other.

July 12

Laura Hequet as Helena gestures from without not from within, as is now usual the rare times she takes the stage. It’s painful to watch, as if her vision ends in the studio. Does she coach Park?

Those who catch your eye:

Hannah O’Neill as Hermia and Célia Drouy as Hyppolita. The first is radiant, the second  oh so plush! Hope Drouy will not spend her career typecast as Cupid in Don Q.

In the Act II  Divertissment, this time with Heloise Bourdon, Louvet is much less reverential and more into gallant and playful give and take. These two had complimentary energy. Here Louvet was more boyish than gentlemanly. I like how he really responds to his actresses these days.

Here the pas de deux had a 20th century energy: teenagers rather than allegories. Teenagers who just want to keep on dancing all night long.

NB Heloise Bourdon was surprisingly stiff at first, as if she hadn’t wanted to be elected prom queen, then slowly softened her way of moving. But this was never to be the legato unspooling that some dancers have naturally. I was counting along to the steps more than I like to. Bourdon is sometimes too direct in attack and maybe also simply a bit discouraged these days. She’s been  “always the bridesmaid but never the bride” — AKA not promoted to Etoile — for waaay too long now.  A promotion would let her break out and shine as she once used to.

My mind wandered. Why did the brilliant and over-venerated costume designer Karinska assign the same wreath/crown of flowers (specifically Polish in brightness) to both Bottom in Act I and then to the Act II  Female Allegory of Love? In order to cut costs by recycling a headdress ? Some kind of inside joke made for Mr. B? Or was this joke invented by Christian Lacroix?

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Giselles

« Some enchanted evening, when you find your true love, When you hear her call across a crowded room, Then fly to her side and make her your own, Or all through your life you may dream all alone.. »

 July 6

 Sae Eun Park/Paul Marque

 Sae Eun Park throws all the petals of the daisy already, does not lower the “he loves me” onto her skirt. There goes one of the main elements of the mad scene.

Her authoritative variations get explosions of applause due to obvious technical facility , plus that gentle smile and calm demeanor that are always on display.

What can Paul Marque’s Albrecht do when faced with all this insipid niciness? I’ve been a bad boy? He does try during the mad scene, shows real regret.

Ninon Raux’s Berthe:  gentle and dignified and not disdainful.

Park’s mad scene was admired by those around me at the top of the house. Many neophites. They admired from afar but not one of those I surveyed at the end of Act I said they had cried when her character died. Same thing at the end of the ballet while we reconnected and loitered around on the front steps of the Palais Garnier.  I asked again. No tears. Only admiration. That’s odd.

On the upside, the Paris Opera has a real thing with bourrées (piétinées), Each night, Myrtha and Giselle gave a plethora of what seemed almost like skateboard or surfing slides. They skimmed over a liquid ground with buttery feet whether forward, backward, or to the side. I think a new standard was set.

In her variations, Hannah O’Neill’s Myrtha gave us a will o’ the wisp of lightly churning jétés. She darted about like the elusive light of a firefly. Alas, where I was sitting behind a cornice meant a blocked view of downstage left, so I missed all of this Wili Queen’s acting for the rest of Act II.

Daniel Stokes’s Hilarion was not desperate enough.

Despite the soaring sweep of the cello, I don’t feel the music in Park-Marque’s Giselle-Albrecht’s pas de deux.  Not enough flow. Marque cared, but Park so careful. No abandon. No connection. The outline of precise steps.

July 11

 Alice Renavand/Mathieu Ganio

Act I

Battistoni/Magliono peasant pas: Turns into attitude, curve of the neck, BB swooshes and swirls into her attitudes and hops. As if this all weren’t deliberate or planned but something quite normal. AM’s dance felt earthbound.

Renavand fresh, plush, youthful, beautiful, and effortlessly mastering the technique (i.e. you felt the technique was all there,  but didn’t start to analyse it). I like to think that Carlotta Grisi exhaled this same kind of naturalness.

ACT II

The detail that may have been too much for Renavand’s body to stand five times in a row: instead of quick relevé passes they were breathtakingly high sissones/mini-gargoullades…as if she was trying to dance as hard as Albrecht in order to save him (Mathieu Ganio,, in top form and  manly and protective and smitten from start to stop with his Giselle. Just like all the rest of us)

Roxane Stojanov’s Myrtha? Powerful. Knows when a musical combination has its punch-line, knows how to be still yet attract the eye. She continues to be one to watch.

July 16

 Myriam Ould-Braham/Germain Louvet

Act I :

A gentle and sad and elegant Florent Melac/Hilarion, clearly in utter admiration of the local beauty. Just a nice guy without much of a back story with Giselle but a guy who dreams about what might have been.

Ould-Braham a bit rebellious in her interactions with mum. This strong-minded choice of Albrecht above all will carry into the Second Act. Myrtha will be a kind of hectoring female authority figure. A new kind of mother. So the stage is set.

Peasant pas had the same lightness as the lead couple. As if the village were filled with sprites and fairies.

Peasant pas: finally a guy with a charisma and clean tours en l’air:  who is this guy with the lovely deep plié? Axel Magliano from the 11th!  This just goes to show you, never give up on a dancer. Like all of us, we can have a day when we are either on or off. Only machines produce perfect copies at every performance.

Bluenn Battistoni light and balanced and effortless. She’s not a machine, just lively and fearless. That spark hasn’t been beaten out of her by management. yet.

O-B’s mad scene: she’s angry-sad, not abstracted, not mad. She challenges Albrecht with continued eye contact.

Both their hearts are broken.

Act II:

This Hilarion, Florent Melac, weighs his steps and thoughts to the rhythm of the church bells. Never really listened to a Hilarion’s mind  before.

Valentine Colasante is one powerful woman. And her Myrtha’s impatience with men kind of inspires me.

O-B and Germain Louvet both so very human. O-B’s “tears” mime so limpid and clear.

GL: all he wants is to catch and hold her one more time. And she also yearns to be caught and cherished.  All of their dance is about trying to hold on to their deep connection. This is no zombie Giselle. When the church bells sang the song of dawn, both of their eyes widened in awe and wonder and yearning at the same time. Both of their eyes arms reached out in perfect harmony and together traced the outline of that horizon to the east where the sun began to rise. It was the end, and they clearly both wanted to go back to the beginning of their story.

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What would you do, if you could change the past?

« Once you have found her, never let her go. Once you have found her, never let her go. »

The quotations are from the Rogers and Hammerstein Broadway musical called
« South Pacific » from 1949.

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La Bayadère à l’Opéra : Ould-Braham / Mura, Bienvenue en « Métaphorie »

P1180305La Bayadère. Ballet de l’Opéra de Paris. Jeudi 21 avril 2022. Myriam Ould-Braham (Nikiya), Francesco Mura (Solor), Bleuenn Battistoni (Gamzatti).

Au lendemain même de la soirée de non-nomination de François Alu, et encore absolument circonspect sur les premières rumeurs à propos du dénouement heureux de la soirée du 23, je retournai à l’Opéra Bastille, la tête encore résonnante de la bronca de la veille et de l’inélégance de sa gestion par l’Opéra de Paris. Heureusement, cette Bayadère avait pour protagoniste féminine Myriam Ould-Braham qui, en 2015, avait justement été la partenaire de François Alu pour cette Bayadère où, déjà, il aurait dû être nommé. Rien de mieux, en effet, pour changer d’atmosphère et d’état d’esprit, que de se plonger dans une Bayadère avec Ould-Braham, l’exacte antithèse de Dorothée Gilbert. Les deux danseuses, de la même génération, rentrées à une année d’intervalle dans le corps de ballet, représentent les extrémités du spectre dans la danse classique. La brune Gilbert est le soleil et la blonde Ould-Braham est la nuit étoilée. Dorothée Gilbert est une danseuse dramatique, Myriam Ould-Braham une danseuse métaphorique. Et ce qui est merveilleux, c’est qu’on n’a pas besoin de faire un choix entre les deux même si, en fonction de sa personnalité propre, notre cœur peut pencher un peu plus vers l’une que vers l’autre.

Personnellement, j’aime souvent Dorothée avec la tête et Myriam avec le cœur.

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Lorsque Myriam-Nikiya interprète sa première variation, elle ne joue pas seulement avec la flûte, elle semble sous l’action des volutes toutes liquides de l’instrument devenir un de ces petits papiers japonais qui, au contact de l’eau bouillante, se développe et change de forme dans la tasse de thé. Le mouvement semble ne jamais s’arrêter. C’est une plainte, une élégie. Pendant le passage avec la cruche sur l’épaule, ce sont des analogies bibliques qui viennent à l’esprit. Devant ses arabesques suspendues, on pense à la Samaritaine qui puise l’eau juste avant sa rencontre avec le Messie.

Dans Bayadère, le Messie qu’attend la danseuse sacrée a été annoncé par un Fakir sanguinolent (Andréa Sarri qui parvient à donner une certaine élégance à la gestuelle souvent embarrassante de ce personnage à l’acte 1) et porte le nom de Solor. Le vaillant ksatriya était incarné par le jeune premier danseur Francesco Mura. Là encore, difficile d’imaginer un contraste plus violent comparé à la soirée précédente. À la différence de François Alu, damoiseau Mura collectionne de nombreux atouts prisés par la Grande Boutique. Il est naturellement prince, a des lignes très harmonieuses et fait des grands jetés à 180°. François Alu met l’accent sur les mains. D’une manière plus classique, Francesco Mura attire plus l’attention sur ses épaulements et sur ses ports de bras ce qui, dans le premier pas de deux avec Nikiya, nous vaut des enlacements à la beauté de calligrammes. Dès le premier acte, Solor-Francesco est à la poursuite d’un idéal sur terre, pas d’une femme.

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Bleuenn Battistoni (Gamzatti)

Lorsque le triangle amoureux se noue à la scène 2 de l’acte 1, Mura joue bien l’interloqué quand le rajah lui propose sa fille. Il joint les deux doigts (« fiançailles ? ») avec une petite saccade fiévreuse qui dit tout son trouble. Après avoir consulté ses amis, tournant le dos à celle qu’on lui propose (une Gamzatti pourtant incarnée par la très belle Bleuenn Battistoni), il s’élance vers le Rajah pour décliner. Son mouvement négatif de la main est détourné par le Rajah et comme transformé en une acceptation. Mura voit arriver Nikiya avec l’esclave au voile (était-ce tout ce qu’on pouvait donner à faire à Audric Bezard ?) avec une sorte de recul du buste qui montre qu’il y voit un signe du destin ; du moins la qualité à la fois abstraite et intime de la danse d’Ould-Braham nous laisse-t-elle formuler ce genre d’interprétation.

Le pot-aux-roses découvert par le Brahmane (le très juste Cyril Chokroun) au Rajah (Raveau qui s’est bonifié depuis la première), c’est le moment de la confrontation entre Gamzatti et Nikiya. Bleuenn Battistoni, toute nouvelle récipiendaire du prix de l’Arop, fait preuve d’une belle maturité dans ce rôle. Après avoir vu une femme jalouse bafouée (Colasante), une vipérine enfant gâtée (Scudamore) on voit enfin une princesse qui, altière, gère le problème Solor comme une affaire politique. Après le soufflet administré avec force et autorité à une Nikiriam sans défense, elle lui présente le collier non comme une dernière tentative pour l’amadouer mais bien comme un ultimatum. Le baisser de rideau fait frissonner pour la suite.

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Pablo Legasa (l’Idole dorée)

Cet acte 2 des fiançailles tient ses promesses. Il est tout d’abord porté par les corps de ballet (même décimé du côté des éventails et des perroquets) et les solistes. Hohyun Kang  est fort jolie et animée en Manou. On lui pardonnera aisément une cruche qui, oscillant un peu trop sur la tête, révèle la présence du velcro sur sa coiffe. Pablo Legasa fait un numéro d’Idole dorée justement ovationné par la salle. Le danseur propose un jeu élaboré avec l’angularité des bras et les roulements mécaniques, presque inhumains, des poignets. Ses tours attitudes sont suprêmement maîtrisés et sa technique saltatoire roborative. Le trio « indien » (Sarri, Katherine Higgins et Florimond Lorieux accompagnés des 8 fakirs de l’acte un) fait encore monter la tension d’un cran avant le Pas d’action entre Solor et Gamzatti.

Dans ce dernier, Francesco Mura, partenaire attentif techniquement mais absent d’esprit fait face à une Gamzatti-Battistoni régalienne. Les deux danseurs parviennent à gommer l’inconvénient de leur différence de taille par un partenariat millimétré. Francesco Mura accomplit une très belle variation même s’il pourra encore gagner en brillant. Bleuenn Battistoni a des grands jetés à 180° qui en imposent aussi bien dans l’intrada que plus tard dans sa variation. Sa diagonale de sautillés sur pointe – arabesques penchées est très belle. Comme le faisait Elisabeth Platel, la créatrice du rôle à l’Opéra, elle augmente l’amplitude et la durée de ses penchés, faisant démonstration de sa prise de pouvoir et de son triomphe. Dans la coda, ses fouettés un chouia voyagés, restent exactement dans l’axe du corps de ballet. Ce sacre royal soulève le public.

Myriam Ould-Braham peut maintenant faire son entrée dans sa robe orange. Sa scène lente, élégiaque, où le mouvement semble sans cesse prolongé (les développés arabesques sur plié, le buste penché) jusqu’à ce que regard en direction de Solor ne rencontre qu’un homme impassible et muré dans ses pensées. Lorsque arrive la corbeille, elle reste dubitative avant de sourire tandis qu’elle scande la musique par des déhanchés et de petits mouvements nerveux des coudes.

Pas sûr qu’un dernier contact oculaire ait pu se faire entre cette bayadère et son Solor. Le prince rattrape juste à temps une morte dans ses bras ; une morte par amour qui, comme Giselle, est donc condamnée à se réincarner en spectre.

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P1180330Comme déjà en 2015, je vois, sens et vis l’acte 3 comme un songe éveillé. L’admirable descente des Ombres, paisible et réflexive installe une sorte de brume dans laquelle se glisse subrepticement Myriam Ould-Braham avec ses attitudes et ports de bras respirés (la rencontre avec Solor) et cette sorte d’intériorité qui fait que la ballerine paraît absorber la lumière pour mieux ensuite la réfracter. Les confidences en arabesques sur pointes à un Solor-Mura toujours très élégant et poétique, ont la qualité liquide d’un ukiyo. En quelle langue étrange, peut-être perdue lui parle-t-elle ? Quelle consolation susurre-t-elle à son oreille dans ce passage où le jeune danseur semble écouter de tout son dos ?

Lorsque la pose finale en arabesque croisée avec son port de bras caractéristique au milieu du cercle du corps de ballet, on souhaite à Solor de ne jamais revenir de ses fumées d’opium pour prolonger à jamais ce Nirvana.

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Myriam Ould-Braham (Nikiya) et Francesco Mura (Solor)

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La Bayadère à l’Opéra : (Alu)mez la Lumière!

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Commençons par l’épilogue. Lors du dernier rappel devant le rideau en face d’une salle chauffée à blanc, Dorothée Gilbert et François Alu ont salué la salle sans même un spot suiveur pour les accompagner. Le service lumière était-il rentré à la maison parce qu’il était trop tard ? Quelques secondes plus tôt, les lumières dans la salle s’étaient brusquement éteintes, plongeant le public encore et toujours debout dans l’obscurité. Où sommes-nous ? Dans une boîte de nuit qui a décidé de mettre les derniers fêtards à la porte ? Non, nous sommes bien à l’Opéra de Paris, temple du style et de l’élégance à la française. Ce soir du 20 avril, plutôt celui de la goujaterie.

Comme certains, j’étais plus que circonspect sur une nomination de François Alu en tant qu’étoile après des années de relations chaotiques avec sa direction. Mais en ce soir du 20 avril, la présence dans la salle du directeur de la maison et de la directrice de la danse, mais surtout la vue d’une myriade de têtes connues, danseurs passés et présents de la compagnie, m’a fait un moment douter. Un palier aurait-il été enfin franchi ?

Pas de nomination… C’est un choix de la direction et c’est son droit le plus absolu. Dans les autres compagnies, les promotions arrivent de manière plus aléatoire, bien que souvent en fin de saison par annonce de presse ; et certains danseurs, pourtant distingués dans des premiers rôles, ne sont pas promus à répétition au rang de Principal. Des cas de ce genre se sont passés à ABT lors de la longue fin de règne de Kevin McKenzie.

Alors pourquoi ce simulacre de nomination ? François Alu a-t-il raté son spectacle ?

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Quelques jours avant la représentation, je ne savais à quoi m’attendre. Dans son spectacle autobiographique de la « Compagnie 3e Etage », vu en décembre, Complètement Jetés, un brûlot anti-institution reposant paresseusement et monotonement sur les capacités physiques du danseur, j’avais fini par me demander si effectivement François Alu avait encore sa place à l’Opéra. La façon dont, pendant une heure et quarante-cinq longues minutes, le talentueux interprète s’évertuait à casser le jouet, à hacher-menu rageusement les chorégraphies de Noureev, suant et grimaçant, m’avait conduit à considérer sérieusement cette question.

Mais en ce soir du 20 avril, c’est un François Alu sous contrôle, presque bridé, qui s’est présenté au public en Solor. À l’acte un, après une entrée en jeté pleine d’autorité (les deux premiers très horizontaux et le dernier, explosif en hauteur), on a retrouvé avec plaisir sa pantomime forte, expressive et très « dessinée » sans tomber dans l’emphase. Son partenariat avec Gilbert-Nikiya (qui fait une  très jolie variation d’entrée avec les mains qui dialoguent avec la flûte)  est fluide. L’histoire est racontée et la danse est au rendez-vous.

Durant l’acte 2, Alu assure sa variation avec ce qu’il faut de brio (les triples battus de cabriole et le parcours de jetés) mais avec une mesure dont on ne supposait plus qu’il fût capable. Tandis que Gilbert-Nikiya, merveilleusement élégiaque dans l’adage à la robe orange (son dos dirige toute sa danse), fait son chant du cygne, Alu-Solor semble absorbé par le sol. Il joue le prince pris dans un jeu politique qui le dépasse. Cette absence dit tout le poids de ce qui se trame. Lorsque on apporte la corbeille à Nikiya, il se lève, presque statufié. Sait-il ou pressent-il ce qui est en train de se passer ? Il s’élance vers sa bien-aimée une seconde avant qu’elle ne s’effondre morte. Ce dernier contact visuel semble sceller la rencontre de l’acte 3…

Ce dernier acte est d’ailleurs introduit par une belle variation d’ouverture d’Alu, très  lion en cage, avec des accélérations et de la batterie fiévreuse. La fin arrêtée net, poitrine offerte préfigure un peu ce qu’il présentera à sa partenaire, dos au public, à la fin de sa première rencontre avec le spectre de Nikiya, Dorothée Gilbert, ombre silencieuse, parfaite de lignes sans être totalement désincarnée.

Alu, encore une fois sous contrôle, accomplit ses variations comme un moteur surpuissant vrombissant rageusement sous le capot.  Le danseur montre un authentique et touchant travail pour faire rentrer les ronds dans les carrés. Le dernier grand jeté explosif, avant la pose finale avec Nikiya au milieu du corps de ballet, fait écho à sa première apparition du premier acte.

La boucle est bouclée.

Voilà donc un Solor pensé de bout en bout par un authentique artiste qui, s’il n’a pas « la ligne Opéra », a un charisme dont on aimerait que soient dotés, même à un degré moindre, certains enfants chéris de la maison.

François Alu n’a peut-être pas été promu étoile le 20 avril 2022, mais il a prouvé qu’il était sans conteste un artiste de classe exceptionnelle.

Mais doit-on croire que, pour Alu, la lumière ne soit pas allumée à tous les étages à l’Opéra ?

Post-scriptum : au soir de la parution de cet article et pour sa deuxième et dernière représentation de cette série, François Alu a été nommé danseur Etoile de l’Opéra. « Fiat Lux » à l’étage de la direction! A un autre « étage » (le « troisième ») de la Maison, un petit travail de réécriture s’impose peut-être pour les prochaines apparitions hors les murs de la nouvelle star consacrée de l’Opéra.
La bataille de la nomination est peut-être gagnée mais il reste à assurer celle des distributions. Etre Etoile est une chose. Maintenant, il s’agit d’être vu souvent sur scène dans une grande variété de rôles. Et ceci est toujours du ressort de la Direction.
(24 avril 2022)

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La Bayadère à l’Opéra : une première en « demi-teinte »

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La Bayadère. 3 avril 2022. Saluts.

Difficile de croire qu’il y aura 30 ans en octobre que la production de La Bayadère a vu le jour… Comme le temps passe ! Cette reprise a d’autant plus un goût de nostalgie que l’un des grands protagonistes de l’enchantement visuel qui se produit à chaque reprise nous a récemment quitté. Ezio Frigerio, le concepteur de l’impressionnant Taj Mahal qui sert de décor unique à cette version du ballet de Petipa revu par Noureev, s’est éteint le 2 février dernier à l’âge de 91 ans. Sa disparition aura été très discrète. C’est bien peu de chose un artiste… Le collaborateur de Giorgio Strehler, notamment sur la production légendaire des Noces de Figaro, le récipiendaire d’un César pour le Cyrano de Jean-Paul Rappeneau, le collaborateur de Noureev pour Roméo et Juliette, le Lac des Cygnes et cette Bayadère (il fut également le concepteur de son tombeau à Sainte-Geneviève-des-Bois) n’a pas eu les honneurs de l’édition papier du Monde

L’Opéra de Paris, quant à lui, se sera paresseusement contenté de rajouter sa date de décès en bas de sa biographie et, pour faire bonne mesure, d’abîmer visuellement l’impression d’ensemble de sa Bayadère.

En effet, depuis la dernière reprise sur scène, au moment de la révélation du grand décor du Taj Mahal, lentement effeuillé au 1er acte et révélé dans toute sa splendeur à l’acte des fiançailles, la cohorte de 12 danseuses aux éventails et de 12 danseuses aux perroquets a été réduite à deux fois 8. L’effet est désastreux, d’autant plus sur la grande scène de Bastille. Le décor de Frigerio semble surdimensionné, comme « posé » sur scène, et le « défilé » (une des fiertés de Noureev qui avait voulu qu’il soit restauré comme dans l’original de Petipa) parait carrément chiche. À l’origine, lorsque les filles au Perroquet faisaient leurs relevés sur pointe en attitude-développé quatrième puis leur promenade sautillée en arabesque, elles occupaient toute la largeur du plateau et étaient suffisamment rapprochées les unes des autres pour donner le frisson. Aujourd’hui, elles parviennent péniblement à être de la largeur du décor en se tenant espacées. L’effet est tout aussi piteux pendant la grande coda de Gamzatti qui fouette entourée du corps de ballet en arc de cercle. L’Opéra a pourtant bien encore 150 danseurs auxquels s’ajoutent une cohorte de surnuméraires et ce ne serait pas la première fois qu’un autre programme joue en même temps que Bayadère. Alors ?

Deuxième accroc à l’esthétique générale du ballet, la disparition, dans le sillage du rapport sur la diversité à l’Opéra, des teintures de peau. Depuis 2015, les « Négrillons » (une appellation fort stupide) étaient déjà devenus les « Enfants » mais pour cette reprise, les fakirs et autres indiens ont joué « au naturel ». Pourquoi pas dans le principe? Mais encore aurait-il fallu ne pas se contenter de reprendre tout le reste de la production à l’identique. Certains costumes et surtout des éclairages auraient dû être revus. La teinte bleutée des lumières de Vinicio Celli rend désormais verdâtres et spectraux les torses nus des garçons dans la scène du feu sacré. La scène de l’Opium, au début de l’acte 3 perd toute sa qualité crépusculaire ; les fakirs aux lampes y brillent comme en plein soleil.

À traiter les questions nécessaires par des réponses à l’emporte-pièce (et on peut inclure dans ce geste le rapport sur la Diversité), l’Opéra crispe au lieu de rallier. Y avait-il besoin de présenter une Bayadère dont on aurait effacé les glacis à grand renfort de térébenthine ?

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Mais qu’en était-il de la représentation du 3 avril ?

La distribution réunissait les deux plus récentes étoiles nommées dans les rôles principaux, Sae Eun Park et Paul Marque. Aucun de ces danseurs n’avait réussi à m’enthousiasmer jusqu’à maintenant.

Du côté des bonnes surprises, Paul Marque semble avoir bénéficié de « l’effet nomination ». Jusqu’ici, sa danse m’avait parue correcte mais appliquée, technique mais sans relief. Ici, dès son entrée en grand jeté, il installe un personnage. Son élévation et son parcours sont devenus impressionnants non pas tant parce qu’ils se sont améliorés (ce qui est peut-être aussi le cas) mais parce qu’ils sont devenus signifiants. Paul Marque, avec sa toute nouvelle autorité d’étoile, dépeint un Solor mâle et ardent. Sa pantomime est claire même si sa projection subit encore de ci-de-là des éclipses. Son guerrier ksatriya s’avère très peu parjure. Il ne fait aucun doute qu’il ne s’intéresse absolument pas à la princesse Gamzatti et que son acceptation des fiançailles imposées par le Rajah (un Artus Raveau en manque d’autorité, presque mangé par son imposant costume) n’est que calcul pour gagner du temps.

De son côté, Sae Eun Park fait une entrée sans grand charisme et déroule un échange pantomime avec le Grand Brahmane (Florimond Lorieux, très sincèrement amoureux mais bien peu « brahmane » ) quelque peu téléphoné. Nikiya semble attendre la musique pour parler. Il faut néanmoins reconnaître à la nouvelle étoile un travail du dos et des bras dans le sens de l’expressivité. C’est une nouveauté qu’il faut noter et saluer.

La première rencontre entre Solor et Nikiya reste néanmoins très « apprise » du côté de la danseuse même si elle commence par un vertigineux saut latéral dans les bras de Solor. Espérons qu’au cours de la série les deux danseurs parviendront à mettre l’ensemble de leur premier pas de deux à la hauteur de cette entrée spectaculaire. Peut-être les portés verticaux siéent-ils encore peu à Sae Eun Park, créant des baisses de tensions dans les duos. Ses partenaires semblent parfois devoir s’ajuster pour la porter (même Audric Bezard, pourtant porteur émérite, dans « le pas de l’esclave » de la scène 2).

Dans cette scène, celle du palais du Rajah, peuplée de guerriers Ksatriyas bien disciplinés à défaut d’être toujours dans le style Noureev et de danseuses Djampo pleines de charme et de rebond, on note une incohérence dans la narration lorsque se noue le triangle amoureux. Au moment où le Brahmane révèle l’idylle au Rajhah, Solor et Gamzatti se cognent presque derrière la claustra du palais. La princesse envoie chercher la Bayadère avant même que le Brahmane ne prenne le voile oublié qui la dénonce. Dans la scène de rivalité, où Park, sans être passionnante mime cette fois en mesure, Valentine Colasante joue plus l’amoureuse outragée que la princesse qui réclame son dû. Pourquoi pas…

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La Bayadère. Sae Eun Park (Nikiya), Paul Marque (Solor), Héloïse Bourdon (1ere ombre).

À l’acte 2 (les fiançailles), le palais déserté par une partie de ses invitées (voir plus haut), est néanmoins réveillé par l’enflammée danse indienne de Sébastien Bertaud et d’Aubane Philbert sous la férule de Francesco Mura et de ses comparses fakirs, beaucoup plus crédibles en pantalons irisés que dans les couches-culottes terreuses de l’acte 1 (voir plus haut bis). Marc Moreau, qui a fait son entrée d’Idole dorée à genoux sur son palanquin plutôt qu’assis en tailleur (un changement peu convaincant), cisèle sa courte et pyrotechnique partition. Son énergie plutôt minérale fonctionne parfaitement ici même entouré qu’il est par des gamins en académiques beigeasses.

Dans le pas d’action, Paul Marque fait dans sa variation des grands jetés curieusement ouverts mais accomplit un manège final à gauche véritablement enthousiasmant. Valentine Colasante joue bien l’autorité dans l’entrada et l’adage mais manque un peu d’extension dans sa variation (les grands jetés ainsi que la diagonale-sur-pointe – arabesque penchée). En revanche, elle s’impose dans les fouettés de la coda. Les comparses des deux danseurs principaux, les 4 « petites » violettes et les 4 « grandes » vertes sont bien assorties et dansent dans un bel unisson.

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La Bayadère. Valentine Colasante (Gamzatti).

Sae Eun Park fait une scène « en robe orange » encore un peu… verte. Elle a cependant de jolis ports de bras très ciselés et des cambrés dignes de l’école russe. Mais elle joue un peu trop top sur la prestesse d’exécution pour vraiment laisser passer le parfum élégiaque qu’il faudrait dans ce moment dramatique. La variation de la corbeille lui convient donc beaucoup mieux. Elle est de l’école des danseuses qui sourient dans ce passage. Une option tout à fait acceptable.

De la mort de la Bayadère, on retiendra surtout la réaction de Solor qui se rebiffe ostensiblement en repoussant violemment le bras que le Rajah lui tendait en signe d’apaisement. Ce désespoir plus démonstratif, notamment lorsque Nikiya s’effondre, donne du relief au personnage principal masculin qui peut parfois paraître faible ou veule.

À l’acte 3, Marque ouvre le bal en dépeignant un désespoir ardent. Sa variation devant le vitrail Tiffany a un rythme haletant qui, par contraste, met en relief la paisible descente des ombres qui va suivre.

Dans ce passage, on admire une fois encore la poésie sans afféterie du corps de ballet féminin. Il est à la fois calme, introspectif et vibrant.

Le trio des trois Ombres est bien réglé dans les ensembles. Les variations peuvent encore être améliorées. Héloïse Bourdon, en première ombre, sautille un peu trop sur ses développés arabesque en relevé sur pointe. Roxane Stojanov se montre trop saccadée en troisième ombre. Sylvia Saint-Martin, qui m’avait laissé assez indifférent en Manou à l’acte 2, réalise une jolie variation de la deuxième ombre avec un très beau fini des pirouettes – développé quatrième.

Las ! Le personnage principal du ballet ne transforme pas l’essai des deux premiers actes. Dans l’acte blanc, et en dépit de la chaleur de son partenaire et d’un réel travail sur la concordance des lignes, Sae Eun Park redevient purement technique. À part un premier jeté seconde suspendu et silencieux, le reste de l’acte est sans respiration et sans poésie. La nouvelle étoile de l’Opéra n’a pas encore l’abstraction signifiante.

 Il faudra attendre de prochaines distributions pour ressortir l’œil humide…

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La Bayadère. Saluts. Sae Eun Park, Paul Marque, Sylvia Saint-Martin (2e ombre) et Marc Moreau (l’Idole dorée).

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