Le premier des Grieux, Anthony Dowell.

Anthony Dowell a créé le rôle de des Grieux en 1974. Il y a été filmé en 1982 aux côtés de Jennifer Penney. Nous avons toujours été étonnés de la réserve de ceux qui l’avaient connu et aimé dans ce rôle à l’égard de cette vidéo où il se montre pourtant un héros passionné et un pur technicien.

Mais pour comprendre ce qu’était le parfait danseur noble à l’anglaise, Anthony Dowell, il faut regarder cette vidéo entre 3’36 et 5’15. Il s’agit de la variation au bois du prince dans la Belle au bois dormant.

Appréciez la ligne infinie de l’arabesque, le profond et moelleux plié (4’10) qui permet au danseur de paraitre naturel dans les sautillés arabesque (entre 4’26 et 4’31) très inhabituels pour un danseur masculin. On ne peut qu’admirer la façon dont ce prince achève une série de pirouettes en dedans par un développé en 4e devant soutenu sous la cuisse. Un rêve… Un pur moment de poésie.

On ne peut également s’empêcher de penser, d’une part que MacMillan n’a pu qu’utiliser ces qualités de plié et de développé pour créer la chorégraphie de des Grieux, d’autre part que Noureev, qui dansait aux côtés de Dowell à cette époque, n’a pu que s’inspirer de cette noblesse détachée mais sans froideur pour ciseler les corps des danseurs de notre opéra national… Ceux-là même qui ont accueilli Manon au sein de leur répertoire il y a plus de 20 ans.

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Manon, dans les limbes…

« L’Histoire de Manon », représentation du 4 mai 2012. Manon : Isabelle Ciaravola; Des Grieux : Mathieu Ganio; Lescaut : Yann Saïz; La maitresse de Lescaut : Nolwenn Daniel; Monsieur de G.M. : Eric Monin [un élégant aristocrate peu soucieux du reste de l’humanité]; Le chef des mendiants : Hugo Vigliotti [Si tous les édentés hirsutes pouvaient danser comme lui!].

Avez-vous déjà fait l’expérience de ces soirées impatiemment attendues qui s’avèrent finalement être un nid de frustrations ? C’est ce que j’ai vécu lors de la soirée du 4 mai à l’Opéra. Pensez ! Ciaravola-Ganio dans « L’Histoire de Manon ». C’était une fête chorégraphique à laquelle je m’attendais… Et ? Et bien pendant les deux premiers actes, je suis resté extérieur à l’Histoire.

La faute aux interprètes ? Non… La faute à pas de chance. Il y a des jours où la fatigue vous tient à distance de toute source de plaisir… Et dans ces moments là, votre pratique assidue d’une compagnie et de son répertoire s’avère un sérieux handicap. Vous les voyez, tous ces petits défauts qui passeraient inaperçus un autre soir. « Tiens, telle courtisane n’est pas en ligne… », « Oh, la perruque rousse de Nolwenn Daniel ne lui va pas au teint. Dommage, elle joue avec plus de chien que Renavand », ou encore, « Si seulement David Wall voulait bien rajeunir de trente ans et venir danser Lescaut en « guest »… Il a de bonnes intentions, Saïz, il est dans le rôle… Mais alors les pieds… Kader, REVIENS !! ». Il y a aussi : « c’est curieux, ce soir, Mathieu Ganio a des pliés en fibre de verre… Mais quelles lignes, tout de même ! ». Mais le pire est à venir : « C’est quand même sacrément intelligent ce qu’elle fait, Ciaravola. Quelle beauté, quelle maîtrise. De la belle ouvrage »… Et là, vous savez que vous avez touché le fond, quand vous voyez toutes les qualités mais que vous n’êtes capable de les appréhender que par l’intellect tandis que votre cœur reste froid.

Je vous laisse deviner les pensées moroses qui m’ont traversé l’esprit pendant les des deux entractes… La déambulation automatique de l’avant foyer, où s’agglutine autour de deux petits bars une foule en quête de médiocres sandwiches et de mauvais vin, au grand foyer, du grand foyer à la loggia – malgré le temps maussade – et de la loggia à la rotonde du glacier, cet espace grandiose honteusement inutilisé tandis qu’un restaurant prétentieux et peu accessible a été ouvert dans l’ancienne entrée couverte des voitures d’abonnés.

Non, décidément la vie était bien cruelle…

C’est désabusé que je réintégrai ma loge pour le troisième acte…

Et là… Le miracle s’est finalement produit. Dès les premières mesures entonnées par l’orchestre, j’ai pu dire que le mauvais sort était rompu. Mes récepteurs fonctionnaient à nouveau. Le tournoiement festif des filles de la Nouvelle-Orléans a titillé mes sens endormis, j’ai même supporté stoïquement la fastidieuse scène de l’arrivée des prostitués… Et puis, ils sont apparus en haut de la passerelle du bateau, étroitement et pitoyablement enlacés. Elle, à la fois méconnaissable et immanquable… Ses longues jambes encore infusées par l’énergie vitale mais le buste, si petit, dolent comme la corolle d’une fleur fanée, lui, avec ses lignes infinies et son lyrisme naturel… Comme j’ai aimé haïr Aurélien Houette, brutal geôlier, insensible au touchant désespoir de des Grieux. Le pas de deux des marais m’a remboursé de tout ce que j’avais pu manquer auparavant. Ici, le fragile Ganio-des Grieux volait plutôt qu’il ne dansait, avec de l’énergie pour deux, tandis que Manon-Ciaravola semblait hagardement se mouvoir dans une des bolges les plus désolées de l’enfer de Dante. Les corps des amants se frottaient au plus près, dans une sorte d’osmose qui rendait les acrobatiques doubles tours en l’air de la ballerine dans les bras de son partenaire encore plus époustouflants qu’ils ne le sont habituellement avec, en prime, ce plus métaphorique -les aspirations et le triste retour à l’inéluctable réalité- qui fait toute la différence. Dans son aveuglement amoureux, des Grieux Ganio ne voit même pas immédiatement qu’il danse déjà avec une morte.

Finalement, une fois le rideau fermé… J’ai eu le sentiment d’avoir assisté non pas tant à un ballet dramatique qu’à une Sylphide du XXe siècle, un ballet romantique des temps modernes.

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Manon: « Beautiful girls »

L’Histoire de Manon on May 3, 2012

I was chatting with a charming young woman during intermission as we waited our turn at the bar.  The bartender gazed into her doe-like eyes and then seemed to need to read her smiling lips in order to understand that all she was asking for was a glass of white wine. He murmured “sept euros” (outrageous price) several times because he couldn’t see the money on the counter before him.  Then he turned to me, sloshed the rest of the bottle in a glass, pushed it over the counter and exclaimed cadeau, Madame, car c’est la fête ce soir!

Youth and beauty prove an intoxicating mix.

People behave differently towards beautiful girls.  They get stared at, fussed over, petted, and rarely hear the word “no.”   Beautiful girls begin to think that’s normal.  Beautiful girls have it easy. [This applies to beautiful boys, too.  Read Daniel Hamermesh’s recent “Beauty Pays.”  His research shows that in the US  men of equal qualifications are not equal:  over a lifetime, handsome men earn thirteen percent more than the least handsome].

May 3rd’s Manon, Isabelle Ciaravola, is a beautiful woman. You can’t decide whether you want to lock the binoculars on the doe-like eyes in her heart-shaped face or on her tapering legs and perfectly-arched feet.  But more to the point, she is most intelligent in the way she uses that beauty to serve ballet.  You can banish the word “gymnast” when watching her legs move.  Yes, the arches would make any dancer scream with jealousy, but the way she dances through them even more.  She’s one of the few who make me regularly forget that she’s wearing pointe shoes.  As the  ballerinas in impossible Romantic lithographs (see Taglioni’s image on the left) you feel it just might be possible for her to pause, barefoot, on tippy-toe, atop a flower.  Her arms never stop furling and unfurling as she melts from one phrase into the next.  Her face glows, always alive and responsive, her eyes alight.

Ciaravola’s eyes are never brighter than when interacting with a partner.  In Mathieu Ganio she’s found her ideal counterpart.  He is just as beautiful for exactly the same reasons. When they work together their lines and alignment, their similar musicality, their  phrasing and theatrical instincts merge to make them seem like the two halves of one soul. The harmony appears so natural you actually wonder if they need to rehearse. Sibley and Dowell used to make me feel this way.

I’ve enjoyed  watching Ganio grow from the 19-year old baby étoile into a real man.  And this brings up a question.  Our culture appears to no longer simply fear growing old but even tries to avoid growing up while at the same time demanding more and more camera-ready “authenticity.” If Manon and Des Grieux are supposed to be teenagers, can any performers but teenagers be believed by a modern audience?

It’s a sad fact that actors and dancers will attest to: for most of your career your body and your interpretive skills develop, mature, or fade at wildly different rates. I am sooo tired of hearing the same old about whether a woman no longer age fifteen should be permitted to play Juliet or whatever.  But is youth all you need to project youthfulness?  Do you need to have acne, pigtails, and awkward manners?  Is being young tied to the calendar or is it a state of mind?  Ciaravola opted for the latter.

As she must know what it means to be beautiful, Ciaravola used it. Her Manon exhaled a kind of emotional virginity, a sense that life would always be fun because people are nicer to beautiful girls (and if people act weirdly around you, well that’s kind of funny too).  You could almost see the outlines of a cocoon sheltering the utter innocence of this pampered and oblivious child.  Ciaravola’s Manon, even as her love for Des Grieux continually grew and deepened along with her irresponsibility, seemed incapable of understanding that anything bad could ever happen to her.  As late as the second bedroom duet, her stubborn refusal to give up either her lover or all the pretty baubles made perfect sense.  Beautiful girls have a right to “have it all.”  This made Act III all the more heartbreaking. Manon lost her will to live when forced to face the way the world too often works: filled with ugly-hearted people who envy youth and beauty and seek to destroy it.  You must abandon that doe-eyed and childish innocent trust in others, which is perhaps the most beautiful thing of all, in order to survive in the adult world.

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Manon – 1974

Antoinette Sibley created the part of Manon in 1974. In this rare footage, she dances the bedroom Pas de deux with David Wall who himself created Lescaut (her wicked and altogether charming brother).
She embodies the light and crystaline quality of the dance that she inherited from Ashton. Once again, interesting comparisons are to be made with the interpretations of our Parisian dancers, past and present.

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Manon côté jardin (une hallucination de Cléopold)…

Gravure extraite des "Petits mystères de l'Opéra". 1844

L’autre soir, au premier entracte de la première de L’Histoire de Manon, je sortis de ma baignoire encaissée, et m’approchai de la porte de l’orchestre côté jardin. Dans le corridor pourpre qui conduit à la salle. Je fus effrayé par un caverneux « BONSOIR ! »

Cléopold : « Ahhhhrg ! … Ah mais c’est toi, Poinsinet, tu m’as fait peur, mais d’où sors tu ? Pas de l’orchestre tout de même ? »

Poinsinet (renfrogné) : «Et pourquoi pas ! Il fut un temps où je donnais rendez-vous à mes amis à côté de la stalle 85. C’était dans un autre théâtre, il est vrai.»

C (interloqué) : «C’est que tu es d’une humeur maussade ce soir… tu n’aimes pas l’interprétation d’Osta ? Je la trouve idéale !»

P : «Moi aussi, bien sûr… Très émouvant le premier pas de deux… Mais ne change pas de sujet… Il va falloir se justifier.

C : «??»

P : «Alors comme ça, on décrit la Manon d’Aumer « comme si on y avait été » et on ne cite pas ses sources… Ça manque d’élégance. TU aurais pu parler de MOI, tout de même, l’impérissable auteur « d’Ermelinde », chuté par une injuste cabale en 1767 et encore plus injustement condamné après ma mort à errer dans les couloirs de l’Opéra jusqu’à ce que j’accepte de la renier. Un malheur auquel tu dois de savoir tout ce que tu sais aujourd’hui sur la période 1830 à l’Opéra ! MOI , j’y étais!!… encore …  Et d’ailleurs j’y suis encore»[Regard vaguement halluciné].

C (barbe hirsute…) : «Bon d’accord, je n’ai pas cité mes sources mais si je l’avais fait, ce n’est pas toi que j’aurais cité. C’est Ivor Guest et son « Romantic Ballet in Paris » qui m’ont donné la substance de mon article…»

P (encore plus renfrogné) : «Ivor Guest… Hum !!… Encore un à qui j’ai tout appris et qui ne cite pas ses sources… Les Écrivaillons, les Historiens, les Musiciens… Tous des gâte-sauces ! C’est comme cet Albéric Second qui m’a ridiculisé dans « les petits mystères de l’Opéra »

C (cherchant désespérément à changer de sujet) :  « Ça évoque ton monde, cette Manon, non ? »

P : « Si on veut. Manon, c’est une histoire qui a été écrite avant que je ne sois né et la période décrite par Prévost – un homme délicieux ! – est très circonscrite. Savais-tu par exemple qu’on peut dater très précisément l’action de Manon Lescaut entre 1717 et 1721 ? »

C : « Non. Et comment ça ? »

P (un sourire fat) : « La Louisiane, mon cher ! La Louisiane… Figure-toi que la déportation là-bas des demoiselles de petite vertu n’a été appliquée qu’entre 1720 et 1721 !

Le théâtre de l’époque aurait bien convenu à l’esthétique déliquescente de Nicholas Georgiadis. On disait que le seul avantage de cette première salle du Palais royal – où Molière a joué, quand même ! -, c’était qu’elle était tellement mal éclairée qu’on ne pouvait pas voir la saleté des tentures !

À l’époque à laquelle MacMillan et Georgiadis ont situé l’action, cette période pré-révolutionnaire, on avait changé de salle. Mais dans laquelle se trouvait-on? Tout dépend. Ils ont été moins précis que Prévost dans la chronologie. La nouvelle salle du Palais royal (luxueuse celle-là !) n’a duré que jusqu’en 1781. Elle a brûlé, comme l’autre d’ailleurs.

Et puis, on avait aussi complètement changé de période chorégraphique. Noverre était passé par là. Plus de danseurs masqués et perruqués de noir ! Ce n’était presque plus Gaëtan (Vestris), c’était déjà Auguste (le fils !). C’était les débuts du ballet d’action, quoi. RIEN à voir avec ce qu’on voit ce soir, remarque… La Pantomime s’intercalait beaucoup plus avec les passages dansés. Même si les Français n’ont pas tout à fait succombé au dé – plo – rable goût des Italiens pour l’action mimée…

Tiens, cette scène chez « Madame » que nous allons voir à l’acte II, tu sais à qui elle me fait penser ?? »

C : « Euh non ? À qui ? »

DRRIIIIIIIING

P : « Plus tard mon cher, c’est la fin de l’entracte, il faut que je me faufile dans les coulisses… Rendez-vous au même endroit au deuxième ! »

To be continued…

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La Fille mal gardée – 1960

Do you want to pretend that you saw the original cast of La Fille mal gardée ? Stanley Holden was hilarious in the clog dance, and the tenderness of the final pas de deux danced by Nadia Nerina and David Blair is profoundly endearing. Indeed, even the voice-over comments are commendable.

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Une récréation en apesanteur

La Fille Mal Gardée – Frederick Ashton (chorégraphie), Ferdinand Hérold (musique, arrangements John Lanchbery), Jean Dauberval (livret) ; Osbert Lancaster (décors) – Royal Ballet – Royal Opera House – Alina Cojocaru (Lise), Johan Kobborg (Colas), Alastair Marriott (Widow Simone), Alain (Paul Kay) – Représentation du 24 avril

La reprise de La Fille mal gardée à Londres est dédiée à Alexander Grant, décédé le 30 septembre 2011. L’ancien Principal du Royal Ballet était le créateur du rôle d’Alain, le naïf et maladroit prétendant de Lise, qui lui préfère le plus dégourdi Colas. On devine un peu, grâce à une vidéo de 1976, ce que Grant apportait au rôle. Il fait répéter le trio du pique-nique, durant lequel les deux amoureux se jouent du fiancé que la mère de la jeune fille veut lui imposer. Alain est censé danser avec Lise, mais Colas s’immisce entre eux et l’évince sans qu’il s’en rende compte. La réussite du pas de trois tient à ce qu’on est autant charmé par les roués qu’attendri par le berné. Raide comme un piquet, imperméable à toute notion de partenariat, il tend son bras à la parallèle du battement arabesque de Lise (à partir de 1’45’’). Il n’est pas idiot, il est ailleurs. Admirez l’expressivité du visage de Grant (0’14’’), et notamment à la toute fin de l’extrait (à partir de 2’20’’), quand il se promène main dans la main avec Lise, alternativement la tête en l’air et le menton voilé dans le poing. Voilà un personnage qui n’a besoin de rien – sauf un parapluie –pour être content.

Tout le monde est heureux, d’ailleurs, dans la campagne française où se déroule La Fille. L’amour de Lise et Colas est réciproque, guère menacé par Alain, et la mère Simone est un obstacle débonnaire et peu efficace. L’œuvre, véritable récréation bucolique, est au ballet ce que certains opéras de Rossini sont à l’opéra : un moment euphorisant de virtuosité. Sans parler des emprunts musicaux d’Hérold et Lanchbery (qui reprennent le Barbier de Séville, la Cenerentola et Elizabeth), la rapidité du travail du bas de jambe et la minutie des épaulements y sont aussi ébouriffants qu’une vocalise du compositeur italien.

La trois-cent-trente-huitième représentation du ballet d’Ashton par le Royal Ballet réunissait Alina Cojocaru, Johan Kobborg, Paul Kay et Alastair Marriott. La première est aérienne, et surprend toujours par sa capacité à insuffler de l’âme au mouvement, aussi petit soit-il. Ici, le sentiment est léger, mais cela n’enlève rien au plaisir ni à l’art : Mlle Cojocaru a des mimiques si expressives que, même quand elle ne danse pas, on ne détache pas ses yeux d’elle, de peur d’en perdre une miette. C’est le cas pendant le premier solo ridicule d’Alain, où pourtant Paul Kay fait de remarquables étincelles, composant un personnage comique, attachant, très bien dansant. Bien des étoiles du même âge peuvent envier la forme technique de Johan Kobborg, qui campe un Colas très amoureux, et séduit, comme à l’habitude, par la précision du mouvement, la légèreté (sujet du bac : on peut être léger sans élévation, et élevé sans légèreté) ainsi que l’attention à sa partenaire. Parmi les trucs à elle qui font le bonheur du spectateur, Alina Cojocaru a le chic pour une diagonale de petits pas en pointe si menus qu’elle paraît avancer comme par magie (à l’inverse, dans le DVD publié par le Royal Ballet, Marianela Nuñez danse sa variation du Fanny Essler pas de deux en accentuant le petit battement en ciseaux, ce qui donne une impression toute différente). Alaistar Marriott aborde le rôle de Widow Simone avec truculence, et on retrouve avec bonheur le jeune James Hay dans le petit solo à entrechats de la flûte.

D’autres couples sont distribués dans la série de représentations du Royal Ballet : Laura Morera avec Ricardo Cervera, Yuhui Choe avec Brian Maloney, et Steven McRae en compagnie de Roberta Marquez. Ces deux derniers danseront le 16 mai, jour où la représentation sera diffusée en direct dans 475 cinémas dans le monde entier (et 68 en France). L’Opéra de Paris présentera aussi La Fille dans la version d’Ashton à compter du 20 juin. Les distributions ne sont pas encore connues, donc tous les espoirs sont permis.

Alina Cojocaru / Johan Kobborg - La Fille mal gardée - Photograph Tristram Kenton, courtesy of ROH

Alina Cojocaru - Fille - Photograph Tristram Kenton, courtesy of ROH

Alina Cojocaru - La Fille mal gardée - Photograph Tristram Kenton, courtesy of ROH

Johan Kobborg - La Fille mal gardée - Photograph Tristram Kenton, courtesy of ROH

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David Hallberg is Going to Make Me Homeless

The challenge: Go to the ballet approximately once per week while simultaneously never missing a ballet class (no Tuesdays or Thursdays) and working around travel plans. As a quick explanation for those of you in Paris who haven’t bought ballet tickets in New York, the process is slightly different. Here, instead of tickets coming out a few weeks before each production, every ticket for the entire season goes on sale at the same time. This results in poverty for about a month and internal battles about exactly how much ballet I can see.

What follows is a transcription of me fighting with myself over which tickets to buy. For reading purposes, the irrational side of my brain will be abbreviated to IB, and the (slightly) more reasonable side will be RB. I hope you’re entertained by my burgeoning schizophrenia.

The scene: Sitting at my work computer, currently with a single brain. The calendar for the NYCB season opens and my brain is immediately torn in half. The ballet battle begins.

Irrational Brain: Serenade and Firebird on the same night?! Buy every single ticket! NOW!

Rational Brain: Um, yes, that would be lovely, but don’t you want to see, you know, other things too? Also, I know you tend to get carried away here, but please remember you have to pay rent and buy food at some point.

IB: (sigh) Fine… two of them? Please? One includes Kammermusik No. 2 and the other has DGV: Danse a Grande Vitesse, neither of which you’ve seen so it’s totally justifiable, right?

RB: Done and done.

IB: Wait a second… by other things you don’t mean that I should go to the new Martins and Millepied night out of sheer obligation to the idea of “newness” do you?

RB: It would be a learning experience, and you need to push yourself more! Come on, what have those two choreographers ever done to make you actively avoid them?

IB: Ocean’s Kingdom and Black Swan respectively. Absolutely not. Veto declared. You can’t make me!

RB: Fine, be that way. What about Symphony in C? You’ve always wanted to see that, and June 1 has Concerto Barocco, Tschaikovsky Pas de Deux plus Fancy Free.

IB: Deal… What about A Midsummer Night’s Dream?

RB: Yes, but only one. You still have ABT and Paris Opera Ballet to buy.

IB: (sulks for a bit while looking up the ABT schedule and then…) Mother of everything sacred, David Hallberg is doing Apollo!

RB and IB simultaneously: Forget food, buy that ticket immediately!

RB: Hmm that night Osipova is doing Ratmansky’s new Firebird… that could be interesting. It would make a nice contrast to Balanchine’s. Let’s see… what else?

IB: Bayadere? That one’s beautiful!

RB: Correction, Nureyev’s is beautiful in Paris. You literally fell asleep last time you saw it at ABT. Also do you really want to see ABT’s corps de ballet as the Shades?

IB: Fine, but you don’t get to bring up the corps every time.

RB: If they could stand in a straight line I wouldn’t have to. Onegin?

IB: YES! With Julie Kent? Oh… she’s partnering Bolle.

RB: Hmm you know, that could be good. A man with this photo as his Twitter profile could probably pull off “pompous jerk” really well. Also, Kent makes everything magical, and you’ve never seen it.

IB: Done. Let’s see…obviously Steifel’s retirement in Corsaire. That’s just a given. What about Romeo and Juliet? Oh! Hallberg’s dancing… Why can’t he partner someone other than Osipova? Just for a change.

RB: Not everyone will partner Julie Kent. Get over it. Also, you thought Osipova was charming in Coppelia and actively wondered if she could pull off a young, dramatic role like Juliet; she could be fantastic! And you get to see Hallberg again, so stop complaining.

IB: Angel Corella is retiring! He’s dancing Swan Lake with Herrera… is that worth it?

RB: Yes, yes, it is. I wonder what ABT is going to do about its lack of male dancers? Oh, look! They’re giving Simkin a Swan Lake, and Hammoudi has one too! Too bad they’re on Wednesdays at 2:00. That could have been interesting.

IB: Ugh, can’t I just skip work those days? I want to see!

RB: No. Moving on. Paris Opera, what to see?

IB: Um, all of them, obviously. Is that seriously even a question?

RB: Yeah, that’s not really up for debate, is it? I think we’re done here!

IB: I think so! Alright, so it looks like we have:

May 2nd: NYCB Serenade, Tschaikovsky Pas de Deux, Kammermusik No. 2, Firebird

May 4th: NYCB Serenade, DGV: Danse a Grande Vitesse, Firebird

June 1: NYCB Concerto Barocco, Tschaikovsky Pas de Deux, Fancy Free, Symphony in C

June 6: NYCB A Midsummer Night’s Dream

June 8: ABT Onegin (Kent, Bolle)

June 11: ABT Apollo, Firebird, Thirteen Diversions (Hallberg, Osipova, Company)

June 18: ABT Romeo and Juliet (Hallberg, Osipova)

June 28: ABT Swan Lake (Corella, Hererra)

July 7: ABT Le Corsaire (Steifel, Murphy)

July 11: POB French Masters (Company)

July 18: POB Giselle (Gilbert, Hoffalt)

July 20: POB Orpheus and Eurydice (Gillot, Bullion)

Are we good? Does that cover it? Should I buy more? I feel like I should probably buy more.

RB: Did…did you just trick me into spending the rent and food money again? How do you do this EVERY season?!

IB: It’s a God-given talent. Or crippling financial addiction. Take your pick.

Weeks later…

Cleopold, being the wonderful person/editor that he is, suggested that it would benefit this little article to add links to the three ballet calendars I referenced (which I did). However, in adding said calendars, it was necessary to actually look at them, which led to the following….

RB: OK, just looking for the link, just going to highlight the link and put it in the article. Don’t even think about looking-

IB: There is a Cojocaru/Kobborg Romeo and Juliet on a non-ballet class day that you didn’t even consider last time! What is wrong with you?! That’s mandatory viewing, especially after Cleopold and Fenella loved it so much! How could you not want to see Cojocaru die smiling?

RB: No. You already spent all your ballet money! Don’t you click that link, don’t you dare-

IB: But look, Hallberg is doing Swan Lake! You know you have to see that!

RB: Yeah, with Semionova! Do you even remember how bored you were last year? You saw her running off stage after she killed herself!

IB: Don’t care! Hallberg. As. Siegfried.

RB: No no no no no no

IB: (buys tickets)

RB: …You do realize that now you’re not allowed to buy wine for the next two weeks.

IB: Worth it.

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Une soirée en pente descendante

Polyphonia (Christopher Wheeldon/ Gyorgy Ligeti) ; Sweet violets (Scarlett / Sergei Rachmaninov) ; Carbon Life (Wayne McGregor/ Mark Ronson, Andrew Wyatt) – Royal Opera House – Représentation du 23 avril

De toute évidence, le spectacle est organisé pour finir en climax. Une sono assourdissante, des musiciens en vogue (le DJ qui a produit Amy Winehouse, etc.), quatre chanteurs – dont un rappeur et l’inusable Boy George –, des lumières chiadées, des costumes design avec accessoires en plastoc noir et jupettes en forme de parapluie. Et puis de la danse. Il est de bon ton – c’est ce que fait Luke Jennings dans le programme du spectacle – de faire de Wayne McGregor un novateur poussant le langage chorégraphique vers de nouveaux horizons, à l’instar de William Forsythe radicalisant Balanchine il y a 20 ans. Il n’est pas sûr, cependant, qu’on puisse acquiescer sans débat. C’est pousser un peu vite dans la tombe le chorégraphe basé à Francfort, dont les dernières créations – notamment Sider, présenté à Chaillot l’hiver dernier – débordent de malicieuse inventivité. Et puis, qu’apporte-t-il de si précieux ? Une chorégraphie atmosphérique ? Un mouvement hystérisé ? Le sexy dans la danse ? Pourquoi pas, mais à quoi bon tout cela ? Chaque nouveau spectacle de McGregor que je vois me fait penser à une mode : irrésistible autant qu’éphémère. Cette année, en tout cas, je passe mon tour : le mouvement, comme écrasé par la rythmique rock, est plus saccadé qu’à l’habitude ; on manque de respiration, sauf – sans surprise – pendant une petite minute de silence dansée par Edward Watson et Olivia Cowley. Voilà donc la grande innovation McGregor 2012 : une danse aplatie par le son, comme il est des plantes écrasées de soleil.

Sweet Violets, de Liam Scarlett, prend sa source dans un fait divers, le meurtre non élucidé d’une prostituée à Camden en 1907. Près de 20 ans après Jack l’Eventreur, l’histoire défraya la chronique. La fascination pour le crime trouve son écho dans les œuvres du peintre Walter Sickert (1860-1942), qui s’y intéressa de si près qu’on crut pouvoir l’y mêler. Faisant fond sur une autre légende associée, qui voudrait que la reine Victoria ait fait interner la maîtresse de son petit fils le prince Eddy, et assassiner une amie qui avait le tort d’en savoir trop, Liam Scarlett construit un ballet narratif assez touffu, sur le trio élégiaque de Rachmaninov. Le ballet débute par la très réussie scène du meurtre (dansée par Meaghan Grace Hinkis et Thomas Whitehead, inquiétant meurtrier). Nous sommes ensuite chez le peintre (Bennet Gartside), chez qui vient musarder Eddy (Ricardo Cervera). Ce dernier papote avec Mary-Jane Kelly, l’employée de Sickert (Laura Morera) et surtout, badine avec Annie (Leanne Cope), l’amie du prince que la police embarque et envoie chez les fous. Marianela Nuñez (Mary le modèle) pose nue pour le peintre. On tremble pour elle quand, au pas de deux sensuel qu’elle danse avec Sickert, se joint un deuxième larron, ami du peintre, que nous reconnaissons pour l’assassin du début. Après, cela se complique : nous voilà au music-hall (autre centre d’intérêt de Sickert), Mary-Jane a mal tourné, et Jack l’Eventreur (glaçant Alexander Campbell) traîne dans les coins sombres. L’histoire navigue entre réalité et fantasme et Liam Scarlett montre pour une troisième fois sa science du pas de deux sexuel. Nous sommes incontestablement dans la lignée du MacMillan de Mayerling, tant pour la virtuosité chorégraphique que pour la sursaturation narrative.

Le plat de résistance était roboratif, mais le meilleur aura été l’entrée. Polyphonia a été créé pour le New York City Ballet en 2001, sur des musiques de Ligeti. Quatre couples sur scène, un piano dans la fosse. La chorégraphie séduit par sa profonde musicalité et son absence d’esbroufe. Sarah Lamb danse avec Johannes Stepanek : n’importe quel tarabiscotage passe, car le mouvement épouse chaque respiration musicale. Ludovic Ondiviela valse avec Yuhui Choe. Dawid Trzensimiech et Itziar Mendizabal dansent Allegro con spirito. On découvre dans l’adagio Yasmine Naghdi et James Hay, et on a tout de suite envie de les revoir souvent. On entend le vent qui souffle dans la grande plaine hongroise.

Polyphonia; photograph Bill Cooper, courtesy of ROH

Polyphonia; photograph Bill Cooper, courtesy of ROH

Sweet Violets – Photo Bill Cooper – Courtesy of ROH

Carbon Life – Photo Bill Cooper, courtesy of ROH

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Manon de MacMillan ou l’art du pas de deux. Vidéo commentée.

Manon, aujourd’hui reconnu comme un chef d’œuvre de MacMillan, n’a pas été d’emblée accepté comme tel. Le public l’a adopté presque instantanément mais la critique a fait grise mine. Ceci tient sans doute à l’histoire mouvementée de sa création. Antoinette Sibley s’étant blessée pendant les répétitions, le rôle de Manon a en en fait été créé sur deux danseuses. Sibley et Jennifer Penney. Il a donc fallu du temps pour que le personnage central se mette en place. Manon semblait donc à la critique l’addition des grandes qualités et des petits défauts du chorégraphe.

En 1974, Arlene Croce, la critique du New York Times, écrivait :

Le soir de la première, quand des Grieux se présentait à Manon, il semblait dire : « Madame, je suis Anthony Dowell. Remarquez mes tours, mon parfait développé en attitude devant ». Et sa réponse était : « Si vous êtes Anthony Dowell… Je dois être Antoinette Sibley ! Faisons un de nos [fameux] pas de deux Sibley-Dowell ». Et ils se sont exécutés.

Pour cruelle qu’elle soit, cette critique met le doigt sur un aspect central des ballets d’action de MacMillan. Le pas de deux comme entité narrative. Depuis son Roméo et Juliette de 1965, le génie particulier de MacMillan dans ce domaine était évident. Roméo et Juliette, c’est même beaucoup de pantomime intercalée entre les soli et les pas de deux. Dans Manon, MacMillan chorégraphie plus pour les ensembles mais ce qu’on retiendra, ce sont les quatre grands pas de deux et deux solos pour chacun des protagonistes principaux qui se répartissent sur trois actes.

Voyons comment ils sont construits au travers de l’un d’entre eux, celui de la chambre (Acte 1, scène 2) sur une page de la Cendrillon de Massenet [acte 1, air « résigne toi Cendrille »]. Notez la référence picturale au célèbre « Verrou » de Fragonard.

J’ai choisi une vidéo parisienne des années 90 avec Isabelle Guérin et Manuel Legris. La qualité de l’image est médiocre mais le souffle passe et les interprètes y déploient cette qualité française, loin des minauderies qu’on peut voir parfois dans ce ballet.

Si MacMillan avait voulu s’affranchir de l’Opéra éponyme de Massenet en ne choisissant que des pages extraites d’autres oeuvres du compositeur, on peut dire cependant que le pas de deux est véritablement construit comme un duo d’Opéra, à savoir qu’il se divise en une sorte de récitatif dansé qui évite soigneusement l’exposition des sentiments par la pantomime (du début à 2mn 50), suivi de ce qui peut être à proprement parler « le pas de deux » (jusqu’à 4mn55).

Dans la première partie, le récitatif, le charme de Manon est exposé : le naturel avec lequel Isabelle Guérin jette la plume de Des Grieux (à10s) ou encore sa façon de « virevolter » en déboulés autour de son  amant (à 24s) démontrent à la fois son charme sans affectation ainsi que son emprise sur lui. La danse est loin d’être absente et les amants sont presque présentés sur un pied d’égalité. Regardez la pirouette en dehors agrémentée de petits ronds de jambe qui s’achève en développé arabesque (55s =>1’20). Cet enchainement, reproduit presque exactement par des Grieux, semble exprimer l’accord profond des deux amants. Le récitatif dansé s’achève sur une série de mouvements d’adage qui laissent le spectateur respirer sur la musique (2’08=>2’50). Des Grieux dépose lentement Manon, droite comme un « i » au sol en la tenant par la nuque, elle se love dans ses bras et, quand on s’y attend le moins, elle passe d’une pose assise sur ses genoux à un développé en arabesque penchée. C’est le moment choisi pour un long et langoureux baiser.

Le pas de deux lyrique peut alors commencer (2’50=>4’55). On y retrouve de nombreux caractères du style MacMillan : des portés acrobatiques hérités de la danse soviétique, nécessitant une grande souplesse de dos de la part de la ballerine et une force peu commune chez le garçon. L’argument n’est cependant jamais oublié. À un moment, des Grieux semble se préparer à faire tournoyer sa partenaire tel un lanceur de marteau dans une compétition olympique (3’15), c’est pour la retrouver une fraction de seconde gracieusement étendue en arabesque à ses pieds. On y trouve aussi des promenades décalées très aérodynamiques (à 3’50) – le partenaire se tient souvent très éloigné de sa ballerine donnant un côté respiré à l’ensemble -. Regardez également, le porté à la fois bizarre et charmant ou Manon exécute de petites cabrioles, presque assise dans les bras de son partenaire. Aidée des mouvements de bras du danseur, elle semble se transformer en blanche colombe (3’57). MacMillan a ce génie de la pose finale qui vous permet de fixer dans votre mémoire l’enchaînement qui l’a précédé. Il n’hésite pas à reproduire une à deux fois la prouesse pour vous y aider. Mais loin d’une répétition, un procédé somme toute très classique, il continue à vous mener vers une plus fine compréhension du sens du pas de deux. Ici, au travers de l’acrobatie, c’est le sentiment d’absolue confiance qui règne entre Manon et des Grieux. La duplicité de Manon, c’est dans son pas de trois avec GM et Lescaut ou encore dans la scène chez Madame qu’on la trouve. À ces moments, elle développe des mouvements plus affectés des épaules et des poignets. Mais dans tous ses pas de deux avec des Grieux, c’est la candeur des sentiments qui règne en maître.

Un pas de deux de MacMillan, surtout dans Manon, cela se termine au sol (4’34 à la fin). Combien de variations peut-on trouver au thème de l’enlacement amoureux ? Une infinité, vraisemblablement.

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