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Cérémonie des Balletos d’Or 2021 : Quand on voit Paris d’en-haut

 

Le trophée Balleto d’Or est une tête de Poinsinet en plastique doré à l’or fin.

Annulation et retour aux sources : traditionnellement annoncés à l’occasion du 14-Juillet, les Balletos d’Or 2020-2021 ont été différés. À l’issue de cette saison-croupion, on a vu si peu de choses qu’on aurait de facto distingué chacun des pékins qu’on a pu voir… Autant renoncer à la distribution des prix, s’est-on dit. Mais à la fête ? Jamais !

Puisque les distinctions, cette année, n’ont guère de sens, on les attribuerait par tombola. Et on ferait, comme d’habitude, la nouba. Pour marquer le coup, pourquoi ne pas investir à nouveau les lieux où se déroula notre première cérémonie du 15-Août, le toit de l’Opéra-Garnier ? C’était l’occasion ou jamais : le lieu est actuellement hérissé d’échafaudages sur les côtés, qui constituent autant de plateformes à peu près sécurisées. Elles sont en plein air, on peut y séparer les invités par tout petits groupes, et comme elles ne sont ni dans ni sur l’Opéra, la responsabilité de l’administration est dégagée en cas de problème (que personne ne chipote, ces temps-ci, la rigueur juridique, on en fait des papillotes).

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À rebours de la pratique stupide – et universellement répandue – consistant à faire s’agglutiner les invités autour d’un unique portillon, on a pris soin de diversifier les voies d’accès. Grâce à nous, l’entrée séparée conçue pour Napoléon III, rue Scribe, a enfin été utilisée. Rue Halévy, on a aussi rouvert l’accès historique des abonnés débarquant en calèche. Les plus hardis ont gagné les passerelles via les grandes échelles qui serviront d’accessoires pour le Rouge et le Noir en octobre : une pour la chambre de Mme de Rênal à Verrières (acte I), une autre pour celle de Mathilde à Paris (acte II), le compte est bon.

Notre ingéniosité réglementaire nous a permis d’inviter sans restriction, mais il fallait quand même répartir les participants entre l’ouest  et l’est (d’un côté des échafaudages à mi-hauteur, nombreux mais petits, de l’autre, deux grandes plateformes proches du sommet du bâtiment) et surtout, organiser des circulations entre les espaces. Malgré la vacance estivale, les services techniques ont posé d’ingénieux parcours en tyrolienne : ils tenaient là leur revanche face à l’externalisation des travaux de rénovation de la cage de scène, qui a occasionné bien des déboires dans la gestion du décor du Jeune homme et la mort. Grâce à un partenariat avec Alpinisme Magazine, chacun avait son baudrier. L’élégance s’en ressentit, au grand dam de James. Foin de dress code, la corde de rappel remplaça la robe de cocktail, et Fenella en profita pour vaincre sa peur du vide.

P1180098Il aurait été facile d’isoler les jeunes du corps de ballet en équilibre précaire à l’ouest, et de réunir de manière stable les huiles plus âgées à l’est. Mais nous aimons la difficulté et, depuis six mois, Cléopold prêche l’inclusion et la diversité avec la fureur d’un converti : notre chef de cérémonie, Iouri Grigorovitch (94 ans) a donc joué à accrobranches, comme tout le monde. Il s’en est montré ravi, d’ailleurs.

Et heureusement, car il a fait le tour des espaces, y compris les plus exigus, pour distribuer, au hasard, nos prix tant convoités. En théorie, une logique thématique composait l’assistance de chaque ponton, mais les invités n’ont fait preuve d’aucune discipline (Iouri en a été choqué). C’est ainsi qu’un prix du ministère de la Retraite qui sonne a couronné une petite jeune qui n’a même pas encore sa photo dans le trombinoscope de la compagnie.

Suivant Grigorovitch à la trace, certains glissaient sur les tuyaux en rappel, d’autres les remontaient à mains nues ; tout était bon pour maximiser ses chances de trophée, même les sauts les plus périlleux.

Viengsay Valdés, directrice artistique du Ballet nacional de Cuba depuis 2019, a mis à profit sa science des portés : comme elle était en jupe, il lui fallait s’accrocher, telle une liane, à qui voulait bien la transporter. Heureusement, les pompiers regardaient ailleurs.

Sylvie Guillem, qui avait marqué de sa présence la 1e de nos cérémonies, se montra plus sage, et ne bougea pas de son point d’observation. Elle a maintenant les cheveux gris. Cléopold en fit une syncope : elle lui expliqua que la teinture pollue les océans, il ne se consolait pas pour autant. Un soupçon de nostalgie gagna l’assistance : les Balletonautes fêteront bientôt leurs 10 ans, c’est presque l’âge de raison !

En attendant, la distribution des prix tourna au grand n’importe quoi : Aurélie Dupont – pas la dernière pour courir après Iouri – a dégotté le prix de la Création mémorable, Pierre Lacotte s’est retrouvé lauréat du Ministère de la natalité galopante, et Akram Khan – qui n’avait rien demandé  – hérita du prix de la Coupe de cheveux sexy, que lorgnaient plusieurs étoiles de la compagnie.

Une fois l’escalade des prix achevée, le risque était grand d’une balkanisation de la réunion en autant de fêtes parallèles qu’il y avait de passerelles. Le salut vint des machinos, vraies vedettes de la soirée. Fédérant toute l’assistance, ils entonnèrent en chœur, de tous les points de l’édifice, la chanson de Luis Mariano : « Quand on voit Paris d’en-haut »… Un petit air de pays basque s’empare des échafaudages, et voilà toute l’assistance qui se balance au vent en manipulant les pots de peinture qui traînent.

Petit effet secondaire : des coulures sur le monument historique, et quelques trophées qui valsent d’un étage à l’autre. Les organisateurs durent promettre de repasser tout nettoyer avant la rentrée.

En revanche, ils déclinent toute responsabilité sur la fin de la soirée, qui vit s’incruster quelques touristes et Parisiens en goguette, intrigués, depuis la rue, par la musique. Il fallut trier : on ne laissa monter que ceux qui avaient les aigus du Chanteur de Mexico. Mais rien ne put s’opposer à une invasion en masse depuis l’intérieur de l’édifice, dont la toiture se peupla en un éclair des musiciens de l’orchestre attirés par le bon son, des costumières dont on avait négligé cette année de demander le concours, des membres de l’AROP qui se barbaient dru à un colloque dans le salon Florence-Gould, de Poinsinet, le vrai fantôme de l’Opéra, et aussi de tous les membres désœuvrés du service Communication ouverte et interaction digitale avec les spectateurs.

Qu’on se rassure, ce déplacement de population n’a causé aucun outrage au Palais-Garnier. Mais le brassage et l’emballement collectifs suscitèrent la création d’une Commune improvisée qui a résolu de contester les distinctions établies. C’est ainsi qu’au nom de l’abolition entre le dedans et le dehors, le haut et le bas, le sol et l’élévation, la gauche et la droite, les échafaudages seront pérennisés : on les intégrera bientôt au parcours de visite, et une demande de protection au titre des Monuments historiques est en cours. On y dansera, bien sûr, mais on y mangera aussi, comme sur une des terrasses en caillebotis qui prolongent aujourd’hui la plupart des restaurants parisiens.

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J’ai enfin lu le rapport sur la diversité à l’Opéra! (1/4)

Le diagnostic

ou, Qui trop embrasse, mal étreint

img_8913J’ai enfin lu le Rapport sur la diversité à l’Opéra national de Paris ! Qu’on me pardonne, au moment de sa parution, le style empesé et les poncifs enfilés comme des perles du texte signé par Pap Ndiaye et Constance Rivière m’ont fait caler au second paragraphe. Après avoir lu des platitudes du genre « tradition, excellence, pouvoir, tout cela a contribué à ce que l’Opéra soit, ou apparaisse, comme un lieu fermé, réservé, sur la scène comme dans les salles », j’ai laissé tomber et m’en suis tenu aux résumés faits, ici et là, dans la presse nationale.

Abandonner aussi vite était sans doute un peu abrupt. Qu’on me comprenne aussi : les rapports officiels me tombent des mains.  Outre qu’ils sont mal écrits, ils valent généralement plus comme discours de l’institution sur elle-même que pour l’intérêt de leurs analyses. La mission Ndiaye-Rivière n’échappe pas à la loi du genre : suivant sagement le déroulé de la lettre de mission envoyée par Alexander Neef, nouveau directeur de l’Opéra – que ces hauts fonctionnaires sont scolaires ! – et reflétant les points de vue recueillis lors des auditions – une centaine d’entretiens avec des salariés de l’ONP et d’acteurs du milieu culturel –, son rapport vise surtout à manifester que l’Opéra est synchrone avec son époque, et que, s’il a du retard en matière de diversité, il le rattrapera sans renier son essence.

Pourquoi y revenir, alors ? Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que j’ai relu le manifeste initial, intitulé « De la question raciale à l’Opéra national de Paris » (reproduit en Annexe 3), et qu’une de ses suggestions m’a interpellé (j’ai eu, du coup, envie de lire ce qu’en faisait le rapport). Ensuite, parce que si le diagnostic est erroné, les remèdes risquent d’être inadéquats (il faut donc aller y regarder de plus près). Enfin, parce que le grand public, à travers la presse, prend au sérieux les affirmations et raisonnements de ce type de prose, qui contribue, et quelle que soit sa pertinence, à définir une version officielle de l’histoire (que j’ai très envie de contester).

Relire le Manifeste

C’est du Manifeste d’août 2020 que tout découle, et – qu’on l’approuve en entier ou non – le texte a le double mérite d’être écrit par un vrai collectif, et  de poser les enjeux en termes simples et concis (que le rapport, par pans entiers, paraphrase longuement).

Si l’on résume à travers les têtes de chapitre, les signataires, qui souhaitent « faire sortir la question raciale du silence », appellent de leurs vœux un débat ouvert, et formulent cinq séries de recommandations. Pour l’instant, je passerai sur les quatre premières, assez consensuelles : en première analyse, il s’agit de la description, adaptée à une institution artistique recevant du public, des politiques d’inclusion et de diversité des grandes boîtes : regarder son passé (« abolition des pratiques issues de l’héritage colonial et/ou esclavagiste »), faire évoluer les usages (« la mise à disposition de matériel adapté aux couleurs de peau des artistes »), se doter d’un dispositif anti-discriminations en interne et d’un code de bonnes pratiques pour les relations avec l’extérieur.

Dans le point 5, les signataires prônent « l’ouverture d’une réflexion sur le manque de diversité au sein des différentes puissances artistiques » (autrement dit, dans le corps de ballet, l’orchestre, les chœurs), qu’ils attribuent non pas à des « processus de sélection actuels » qui barreraient « l’accès aux personnes de couleur », mais à des « mécanismes qui s’enclenchent bien en amont de l’étape du recrutement des artistes : parmi les nombreuses candidatures pour intégrer les différents corps artistiques, l’on retrouve encore trop peu de personnes racisées. Il appartient alors à la Direction de l’Opéra de Paris et de l’École de danse de rechercher les causes de cette carence et d’explorer des solutions pour y pallier ».

Le paradoxe du point 5

L’agenda me paraît curieux : pas sur le fond (on peut et doit débattre de la question), ni sur la forme (il est vain de s’empailler sur les mots, comme Don Quichotte bataillant contre les moulins à vent), mais dans la logique de la solution : les signataires disent qu’ils sont la « preuve vivante » qu’il n’y a pas de barrière à l’accès aux emplois à l’ONP, et que le problème se situe en amont ; mais ils n’en demandent pas moins à l’Opéra et à l’École de danse d’y remédier.

Voilà un paradoxe (« ce n’est pas toi le problème, mais c’est à toi d’apporter une solution ») qui a été, si je ne m’abuse, fort peu relevé.

Pas de remontée en amont

En tout cas, pas par le rapport Ndiaye-Rivière, qui ne répond pas vraiment à cette question des « mécanismes en amont ». Pour la danse, l’analyse court entre les pages 27 et 32 et, autant le dire tout de suite, elle est manifestement bâclée : la saisie des phénomènes ne remonte nullement dans le temps (alors qu’une analyse historique serait nécessaire), et elle s’arrête aux portes mêmes de l’École de danse de Nanterre (ce qui, en matière de remontée en amont, ne va pas chercher loin).

L’établissement reçoit « peu de candidatures d’enfants issus de la diversité », constatent les auteurs « de manière assez intuitive » (ce qui laisse entendre qu’ils ont passé, au plus, une demi-journée sur les lieux).

Et d’avancer plusieurs raisons. La première, qu’on cite in extenso, fait jouer un rôle à « l’image de la danse classique dans la société en général, perçue comme élitiste et “aristocratique” redoublée par son « aspect ‘’blanc’’,  critère parmi tant d’autres d’une homogénéité qui serait consubstantielle au ballet et qui rendrait malaisée une appropriation de la danse classique pour les enfants non blancs – “si personne ne me ressemble dans cette école, c’est donc qu’elle n’est pas faite pour moi”.»

Un raisonnement pachydermique

IMG_20210518_171721.jpgSoyons clair, c’est le type même d’explication holistique qui repose sur un monceau de postulats invérifiables, sans pour autant s’ancrer dans le réel.

Car enfin, qui nous dit que la danse classique a cette image ? Et même si on l’admettait, est-il crédible de supposer – chez des enfants âgés de 8 à 12 ans environ – une perception de la danse, non pas en tant qu’activité ludique et artistique, mais comme pratique culturelle et sociale, interprétée, qui plus est, en termes abstraits ? Est-il avéré que les enfants se pensent de manière centrale et prégnante selon une logique ethno-raciale binaire, et en plus, qu’ils en font un critère déterminant de leurs projets d’avenir ?

Voilà pour des prémisses aussi pachydermiques que non étayées. Mais par ailleurs, la situation décrite ne correspond à aucun processus réel : la danse classique est-elle un choix au même titre pour tous les enfants ? Je ne crois pas (on y reviendra). Ce choix s’apparente-t-il à celui d’un vêtement qu’on « s’approprie » ? On peut en douter.

Bref, cet essai d’explication par l’autocensure (ce n’est pas pour moi) veut trop prouver d’emblée, et peine à convaincre. D’ailleurs, le rapport avance deux autres facteurs, moins élaborés mais plus plausibles : les incertitudes liées à une carrière bien aléatoire (malgré la gratuité de l’école, « élément de diversité sociale », jugé cependant insuffisant aujourd’hui), et l’investissement monétaire nécessaire au passage du concours de recrutement (qui favorise les profils socio-économiques privilégiés).

Un gros contresens historique

IMG_20210517_224925.jpgImplicitement, le rapport adopte donc un raisonnement de nature socio-économique. Cependant, les formulations adoptées reviennent à considérer le recrutement à l’École de danse comme s’il s’agissait de l’École Polytechnique. Écrire que sa gratuité « a permis un recrutement dans des milieux sociaux populaires au 19e siècle et jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et parfois encore aujourd’hui » est pour le moins incongru.

Car enfin, c’est présenter les choses à l’envers : historiquement, la gratuité n’a pas été pensée comme un mécanisme d’ouverture sociale ! Sous l’Ancien Régime, à partir du moment où elle cesse d’être une activité de cour, la danse sur scène est, par définition, une profession non noble. Et cette carrière ne devient nullement bourgeoise au siècle suivant : c’est éventuellement un moyen d’ascension – vers un statut au mieux ambigu –, mais plutôt depuis le bas de la société.

Ce n’est que dans la période récente que le profil social des élèves s’est élevé, au point de devenir étonnamment privilégié. Dans son enquête auprès des élèves de l’École de danse et leurs parents, Joël Laillier, auteur de Entrer dans la danse (Paris, CNRS Éditions, 2017), parle d’un « processus d’embourgeoisement de la profession, et du Ballet de l’Opéra », qu’il date approximativement de la seconde moitié du XXe siècle (j’aurais tendance à placer la césure un peu plus tard, au tournant des années 1980, en gros quand l’École a quitté Garnier pour s’installer à Nanterre).

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

En tout cas, ce « retournement dans le recrutement social » (p.28) est massif. À ne pas le souligner, le rapport passe à côté d’une piste d’explication simple à la situation d’aujourd’hui.

En 2010, on comptait à l’École moins de 2% d’enfants d’ouvriers. On ne peut rien déduire de l’origine – qu’on ne connaît pas – de ces cinq élèves  (l’effectif est trop restreint). En revanche, on peut supposer que les dynamiques sociales qui conduisent à un tel biais de recrutement affectent tous les enfants, quelle que soit leur origine.

En d’autres termes, ce n’est pas forcément du fait de leur couleur de peau que les enfants issus des vagues de migration de travail des Trente Glorieuses (à partir de la 2e et sans doute au moins jusqu’à la 3e génération) sont rares à Nanterre mais, au moins en partie, du fait du profil socio-professionnel de leurs parents. Si l’on se fie aux patronymes, les enfants d’immigrés d’origine portugaise – qui ne sont pas en nombre négligeable en France – sont, eux aussi, absents du corps de ballet à l’heure actuelle.

Rester dans le cadre

Tout ceci, j’en suis persuadé, Pap Ndiaye, historien estimable, et Constance Rivière, secrétaire générale du Défenseur des droits, n’en disconviendraient pas : ils sont forcément conscients qu’il y a plusieurs dynamiques explicatives, mais ils n’ont pas le temps de détailler, et d’ailleurs on ne leur a posé que la question des minorités visibles.

Il savent aussi que vu la petitesse des effectifs, il serait vraiment difficile de déterminer la part relative de chaque facteur : il faudrait recenser le profil des élèves sur longue durée (par pointage décennal, par exemple), le comparer à la composition de la population vivant en France à la même époque, et vérifier ensuite si, toutes choses égales par ailleurs, l’origine des enfants diminue encore plus leurs chances (auquel cas on a une présomption de discrimination). Mais cette dernière étape est presque impossible compte tenu de l’absence, en France, de statistiques ethno-raciales similaires à celles qui existent dans d’autres pays.

On ne peut donc pas mesurer précisément. Rien n’empêcherait de raisonner finement, si un autre facteur n’avait bridé la réflexion des auteurs : le contexte de la commande, lié à la vague d’émotion mondiale suscitée par la mort de George Floyd (mai 2020). Si l’on vous demande de réfléchir à un phénomène décrit en termes de « question raciale » et que vous paraissez la considérer comme un facteur parmi d’autres, tout le monde aura l’impression que vous relativisez le problème. On comprend qu’ils aient hésité.

À mon avis, on peut, au contraire, prendre au sérieux la question du racisme sans lui donner un privilège explicatif qui a le double inconvénient de faciliter la dénégation (ça n’existe pas en République, Môssieur) et de brouiller la discussion. Mais j’en parle à mon aise, vu qu’on ne m’a envoyé aucune lettre de mission.

Une description en clair-obscur

Illustration d'Émilie Angebault

Illustration d’Émilie Angebault

Mais revenons au texte du rapport – je n’ai encore dépiauté qu’un tout petit morceau du poulet – qui après avoir lancé les pistes d’explication dont j’ai parlé, évoque, comme intervenant en aval, « les pratiques de sélection » qui « réduisent encore les chances des enfants non blancs d’accéder à l’école.»

Il en énumère trois, dont la description demeure assez vague :

– d’abord « l’idée que la tonalité chromatique du ballet est blanche » : en clair, il s’agit du phénomène par lequel on dissuade « gentiment » une adolescente de poursuivre sa passion pour la danse classique, au motif  qu’un corps de ballet se doit d’être « homogène » (comme le raconte, et en ces termes, Rachel Khan dans un entretien à Charlie Hebdo paru le 7 avril 2021). À défaut d’exemples précis, comme celui que je viens de donner, le rapport tourne autour du pot, avec une formulation mélangeant auto-censure en amont (effet « image de la danse classique » : ce n’est pas pour moi) et exclusion en aval (effet « pratiques de sélection n°1 » : ce n’est pas pour toi) ;

– ensuite, « l’idée ancienne et tenace que certaines morphologies et anatomies ne seraient pas adaptées à la danse classique », soit des stéréotypes que les auteurs réfutent – à juste titre – et « pouvant mener à des pratiques discriminatoires indirectes » (autrement dit, à l’application d’un critère ou d’une pratique apparemment neutre, mais induisant un désavantage particulier pour une catégorie spécifique de personnes). Ici aussi, la rédaction peine à appeler un chat un chat, et en reste au niveau des « idées ». Elle omet aussi d’indiquer à quel stade se situe ce phénomène (effet « pratiques de sélection n°2 » : tu n’as pas les bons pieds), ni s’il accentue l’effet n°1 ou se confond avec lui. J’aurais tendance à pencher pour cette deuxième option : dans Les pointes noires (Magnard Jeunesse, 2018), roman de Sophie Noël racontant l’histoire d’Ève, née au Mali, adoptée à l’âge de six ans, et qui rêve de devenir danseuse étoile, c’est la même prof antipathique qui fait des remarques sur ses cheveux et la juge inapte à monter sur pointes… et cette conjonction paraît assez plausible.

– « Enfin, lors des auditions, ont été soulignés des propos racistes qui ont pu avoir cours au sein de l’École de danse », poursuit le rapport (je corrige une faute d’accord), listant des événements à date inconnue dus à plusieurs catégories d’acteurs (enseignants, élèves, familles), et faisant état du sentiment d’anciens élèves d’avoir dû « renier leur couleur pour progresser dans le groupe ». Il n’est pas dit dans quelles proportions une atmosphère hostile a, ou a eu, un effet d’attrition (l’effet « pratiques de sélection numéro 3 » pourrait s’appeler : fais-toi tout petit). Pour cela, il aurait fallu recueillir et analyser le témoignage de personnes qui n’ont pas fini le cursus, ou n’ont pas réussi le concours. À défaut, ce sont celles qui ont réussi – et dont la prise de conscience est en partie rétrospective – que le rapport érige, métaphoriquement, en porte-paroles de la cohorte.

Illustration d'Émilie Angebault

Illustration d’Émilie Angebault

Le consensus au prix de l’ambiguïté

Si je récapitule, mon interprétation de cette partie du rapport est triple :

  • Dans sa structure, il fait presque une analyse en deux temps : il y a une inégalité des chances dans l’accès à la carrière de danseur classique (1e partie, les facteurs « ce n’est pas pour moi », « la carrière est aléatoire» et « passer l’audition est un investissement » qui éloignent les classes populaires de l’école de Nanterre) et en plus, il y a des phénomènes de discrimination ethno-raciale (2e partie, les phénomènes « ce n’est pas pour toi », « tu n’as pas les bons pieds » et « tu dois te faire tout petit ») ;
  • Mais la première partie brouille la distinction, en mettant en avant, pour des raisons d’affichage, une explication ethno-raciale : il n’y avait pas besoin de prétendre que le ballet est perçu comme « aristo-blanc », ce qui repousserait les enfants « issus de la diversité », il aurait suffi de constater que l’Opéra est plutôt perçu dans les couches populaires, et sans distinction d’origine, comme « ringard », « pour les riches» et « pour les vieux » (ces qualifications a priori sont celles qui reviennent le plus souvent dans les écrits des collégiens en provenance du réseau d’éducation prioritaire ayant participé au programme Dix mois à l’Opéra) ;
  • Au niveau de la seconde partie de l’explication, la description des « pratiques de sélection» frappe par son imprécision ouatée. C’est un peu normal, car il est difficile de saisir un faisceau de pratiques diffuses. Mais c’est aussi – et à mon avis surtout – parce que les auteurs ont à cœur de ne pas antagoniser leur lectorat interne : il ne s’agit pas de pointer du doigt sans nuances, mais au contraire d’enrôler tout le monde, sans bousculer personne, dans un récit de soi-même subtilement actualisé (ça a existé, on est en train de muer).

Du point de vue de la description, c’est brouillon, mais ce flou artistique sert l’objectif ultime, qui est l’adoption d’un nouveau consensus interne. Ce qui est perdu, dans l’aventure, c’est la rigueur intellectuelle (mais tout le monde s’en tamponne). Autre effet collatéral de l’exercice, le rapport participe d’une stratégie de communication qui renforce paradoxalement les préjugés sur le ballet de l’Opéra de Paris (car pour donner à la direction actuelle une image moderniste, il faut présenter l’institution comme sclérosée, poussiéreuse, engoncée dans le passé : à chaque changement de mandat, on y a droit).

Les points aveugles de la réflexion

Si, de mon point de vue, la déception l’emporte à la lecture du rapport, c’est que même si le sort de la planète n’en dépend pas, la question posée par le Manifeste méritait au moins une analyse sérieuse, dont l’occasion a été manquée.

Ensuite, si mon hypothèse est juste, la situation pourrait changer d’elle-même dans les prochaines années, du fait de la mixité et d’une mobilité sociale non nulle au fil des générations.

Mais cela voudrait dire aussi – et c’est le point aveugle de la réflexion –, que la résolution du problème symbolique ne changerait rien au biais de recrutement actuel : il pourrait très bien y avoir à l’avenir plus d’adultes de toutes origines à l’École et dans le corps de ballet, sans que la surreprésentation des enfants de cadres et de chefs d’entreprise ne change d’un iota.

Ceci d’autant plus – et ce sera l’objet des étapes 3 et 4 de cette série  – que les suggestions du rapport Ndiaye-Rivière pour faire évoluer la situation plus rapidement s’apparentent à une série de coups d’épée dans l’eau.

Prochain article : un petit détour historique… 

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Giselle in Paris : Ut Pictura Poesis

Dorothée Gilbert/Mathieu Ganio (February 11th) and Amandine Albisson/Hugo Marchand (February 15th matinée)

Act One(s)

Gilbert/Ganio.Caelum non animum mutant qui trans mare currunt. Their skies may change, but not the souls of those who chase across the sea. Ceux qui traversent la mer changent de ciel, non d’esprit (Horace, Epistles)

Gilbert’s Giselle, a more fragile and melancholy version of her naïve and loving Lise of La Fille mal gardée, was doomed from the start, like the Flying Dutchman. In those joyous “catch me if you can” jétés and arabesques with Ganio’s equally interiorized and gentle and devoted Albrecht, Gilbert’s suspended phrasing and softened lines started to make me shiver. What I was seeing was the first act as remembered by the ghost of the second. Gestures were quiet, subtle, distilled for both protagonists as in a 19th century sepia print: the couple was already not of this world. I have rarely been so well prepared to enter into the otherworld of Act II. Those on the stage and in the audience were as one soul, drawn into reminiscing together about daisies in tears and about “what might have been.”

La Giselle de Gilbert, une plus fragile et mélancolique version de sa naïve Lise de La Fille mal gardée, était condamnée dès le départ, comme le Hollandais volant. Avec ces joyeux jetés « Attrape-moi si tu peux » et ses arabesques avec l’Albrecht également doux, intériorisé et dévoué de Ganio, Gilbert suspendait le phrasé et adoucissait les lignes […] Et si on assistait au premier acte vu par les yeux du fantôme du deuxième ?

Albisson/Marchand. Carpe diem, quam minimum credula postero. Seize the day, and care not to trust in the morrow. Cueille le jour présent, en te fiant le moins possible au lendemain (Horace, Epodes)

At the matinee on the 15th, we enter another world, this time fully in the present, with a joyous and self-assured pair blissfully unaware of what lies in store. Down to earth, they make no secret of their mutual attraction, neither to each other nor before the village. When Albisson’s daisy predicts “he loves me not,” clearly this is the first time a cloud has passed before the sun in her sky. Gilbert’s Giselle seemed to withdraw into a dark place upon her mother’s cautionary tale about the Wilis (the supremely dignified Ninon Raux at both performances). Albisson’s Giselle seemed more bewildered by the brief sensation of being possessed by a force she could not control. “How can such awful things even be possible? Why am I shivering when there is sunlight?” Most often, the Albrechts stand back, turn their backs on mama, and let the heroine have her moment. But here Marchand’s intense concentration on what the mother was describing – as if he, in turn, was experiencing his first glimpse of the shadows to come, possessed by a force he could not control either –made the moment even richer. Aurora and Desiré had just been told that, in the end, they would not live happily ever after. Marchand, as with the daisy, kept on trying to make everything work out. There are some Albrecht’s who try to shush Bathilde over Giselle’s shoulder [“Let me explain later”], and those who don’t. Marchand tried.

Pour la matinée du 15, on entre dans un autre monde, cette fois pleinement dans le présent, avec un duo béatement ignorant de ce que l’avenir leur prépare. […]

La Giselle de Gilbert semblait s’enfoncer dans les ténèbres au moment des avertissements de sa mère sur les Willis (la suprêmement digne Ninon Raux lors des deux représentations). La Giselle d’Albisson semblait plus déconcertée par la brève sensation d’être possédée par une force qu’elle ne pouvait contrôler. « Comment de si horribles choses seraient-elles seulement possibles ? Pourquoi tremblé-je sous le soleil ?»

To Bathilde – rendered unusually attentive, warm, and reactive by Sara Kora Dayanova – Gilbert mimed winding thread (another Lise reference), twirling her fingers delicately downward. Her mad scene had the quality of a skein of silk becoming unravelled and increasingly hopelessly knotted and pulled in all directions. Albisson mimed sewing in big healthy stitches instead. Her physically terrifying mad scene – just how can you fling yourself about and fall down splat like that without injury? — reminded me of the person just served divorce papers who grabs a knife and shreds all her partner’s clothes and smashes all she can get her hands on, and then jumps out the window.

À l’intention de Bathilde – rendue exceptionnellement attentive, chaleureuse et réactive par Sara Kora Dayanova – Gilbert mimait le filage de la laine (une autre référence à Lise), tortillant délicatement ses doigts vers le bas. Sa scène de la folie avait cette qualité de l’écheveau de soie devenant désespérément dénoué et emmêlé à force d’être tiré dans toutes les directions. Albisson mimait plutôt la couture à points larges et décidés. Sa scène de la folie, physiquement terrifiante, – jusqu’où peut-on se démener violemment et s’effondrer à plat sans se blesser ? – m’a rappelé ces personnes recevant les papiers du divorce qui saisissent un couteau, déchiquètent les vêtements de leur partenaire et brisent tout ce qui leur tombe sous la main avant de sauter par la fenêtre.

Second Act(s)

Permitis divis cetera. Leave the rest to the gods. Remettez-vous en aux dieux (Horace, Epodes)

Gilbert’s Act II lived in the realm of tears. The vine-like way she would enfold Ganio in her arms – and I was smitten by the way he interlaced himself into all her gestures and thoughts – defined their couple. They reached for each other. Here, at the same moments, Albisson was less about tears than about how insistently she stretched her arms up towards the heavens just before re-connecting to Marchard’s avid hands. “I remember you swore to love me forever. And now I am certain you were true. The skies know this.”

L’acte II de Gilbert se situait dans une vallée de larmes. Sa façon d’enlacer Ganio de ses bras telle une vigne vierge – et j’ai été touchée de la manière dont Ganio s’entrelaçait lui-même dans ses gestes et dans ses pensées – définissait leur couple. […] Ici, aux mêmes moments, Albisson était moins dans les larmes que dans l’intensité de l’étirement des bras vers les cieux juste avant de reconnecter avec ceux avides de Marchand : « Je me souviens que tu as juré de m’aimer pour toujours et maintenant je suis certaine que tu disais vrai » […]

In Act II, Marchand doesn’t need to run around searching for Giselle’s grave. He knows where it stands and just can’t bear to deal with how real it is. He also knows how useless bouquets of flowers are to the dead. He has come to this spot in the hope that the vengeful Wilis of her mother’s horrifying tale will come to take him. But his un-hoped for encounter with Giselle in the “flesh” changes his mind. As in Act I, they cannot stop trying to touch each other. This pair risked those big overhead lifts with breathtaking simplicity, in the spirit of how, for their couple, love had been wrapped around their need to touch. The final caress bestowed by this Albrecht upon all he had left of the woman he would indeed love forever – the heavy stone cross looming above Giselle’s tomb — made perfect sense.

À l’acte II, Marchand […] sait combien les bouquets de fleurs sont inutiles aux morts. Il est venu là dans l’espoir que les Willis vengeresses […] le prennent. Mais sa rencontre inespérée avec Giselle en « chair » et en os le fait changer d’avis. Ces deux-là ne peuvent s’empêcher de se toucher. Ils ont osé le grand porté par-dessus la tête avec une simplicité époustouflante. […] La caresse finale que donne Marchand à tout ce qui lui reste de cette femme qu’il aimera toujours – la lourde croix de pierre surplombant la tombe de Giselle – avait tout son sens.

Hilarion (one and only).

Pallida Mors aequo pulsat pede pauperum tabernas/Regumque turris. Pale Death knocks with impartial foot at poor men’s hovels as at rich men’s palaces. La pâle mort frappe d’un pied indifférent les masures des pauvres et les palais des rois. (Horace, Epodes)

Audric Bezard, both times. Both times elegant, forceful, and technically on top as usual, but different and creative in his approach to this essential – but often crudely crafted — character. With Gilbert, Bezard reacted in a more melancholy and deeply worried manner. Some neophytes in the audience might have even mistaken him for a protective older brother. Hilarion opens the ballet with his mimed “she loves me not” and the way he nuanced it then and thereafter built up a backstory for Gilbert: « I grew up with the girl, everyone – even me – assumed we would live happily ever after. Why is this happening? » But, alas, “that nice boy next door” can sometimes be the last thing a girl wants, even if he be soulful and cute. Bezard’s rhythm in mime is magnificent in the way it takes its time inside and along the lines of the music. You see thoughts shaping themselves into gesture. With Albisson, one saw less of that long-term story. I appreciated his alternate approach, more reminiscent of the impetuous in-the-moment passion Bezard had already demonstrated as a leading partner to this same ballerina in other dramatic ballets…

Audric Bézard les deux fois. Chaque fois […] créatif dans son approche de ce personnage essentiel – mais si souvent interprété trop crûment.

Avec Gilbert, Bezard réagissait d’une manière plus mélancolique et soucieuse. […] Hilarion ouvre le ballet avec sa scène mimée « Elle ne m’aime pas » et la façon dont il la nuançait ici et plus tard fabriquait un passé à Gilbert : « J’ai grandi avec cette fille, et tout le monde – moi y compris – était persuadé que nous serions heureux pour toujours. Pourquoi cela arrive-t-il ? » […] La façon qu’à Bezard de rythmer sa pantomime est magnifique en ce qu’il prend son temps à l’intérieur et aux côtés de la musique. […] Avec Albisson, on voyait moins une histoire au long cours. J’ai apprécié cette approche alternative réminiscence de l’impétuosité de l’instant que Bezard avait déjà développé dans un rôle principal aux côtés de la même ballerine.

Myrtha(s):

Nunc pede libero pulsanda tellus. Now is the time to beat the earth with unfettered foot. Il est temps maintenant de battre le sol avec des pieds sans entraves. (Horace, Odes).

If Valentine Colasante’s Queen of the Wilis on the 11th proved the very vision of a triumphant and eerie ectoplasm so beloved by 19th century Victorians, Hannah O’Neill’s on the 15th seemed instead to have risen out of an assemblage of twigs and bones (which is not potentially a bad thing). Let me explain.

As a dancer, Colasante’s elongated neck now connects to eased shoulders that send the word down her spine, releasing pulsating energy. The result? Probably among the most perfectly fluid series of bourrées I have ever seen. The feet or legs should start from the head, from the brain, but most often they do not. These tiny tippy-toe steps – pietinées in French — often seem to have been designed to make dancers look like scuttling crabs. Colasante’s bourrées, so fluid and expressive and instantly in character, were those of someone who has really evolved as an artist. Control and release extended out from a really intelligent core informing her big, juicy, regal jumps and expressive back [Myrtha spends a lot of her time downstage facing away from House Right]. Mind-body intelligence infused even the tiniest of Colasante’s calm and unhurried gestures. Each of the umpteen times she had to mime “thanks for your thoughts and prayers, but now you must die ” — raise arms, clench fists, bring them down across the wrists– Colasante gave that gesture variety, reactivity, and lived in the moment.

[Le 11] Le cou de [Valentine] Colasante désormais allongé se connecte à des épaules déliées qui transmet le mouvement dans toute sa colonne vertébrale, libérant et pulsant de l’énergie. Le résultat ? Probablement parmi les plus fluides séries de piétinés qu’il m’ait été donné de voir. Car les pieds ou les jambes doivent commencer de la tête, du cerveau même ; et cela arrive si peu souvent. […] Ce contrôlé -relâché se diffusait depuis un centre très « intelligent » et infusait de larges, de savoureux et souverains sauts ainsi qu’un dos intelligent.

For the moment, O’Neill is on a learning curve and her stage presence has retrograded to more serious and studious than I would like for her to be doing at this point in her career. It’s if she’s lost that something so fresh and lively she used to have. Yes, you might say, “who do you think you are to expect fresh and lively from a Queen of the Zombies?” O’Neill did the job with full-out dedication, but seemed so…dry, despite perfectly executed steps. She needs to add some more mental flesh to the twigs and bones of her overly reserved phantom. My mind drifted way too often in the direction of impressive technical details. I couldn’t believe that this was really Myrtha, not the dancer named Hannah O’Neill. Until then, during both performances, I had completely been swept into the zone by all of the dancers described above as well as by the delicious demi-soloists and corps de ballet

Pour l’instant, [Hannah] O’Neill semble en phase d’apprentissage et sa présence scénique a rétrogradé vers quelque chose de plus sérieux et studieux qu’il ne le faudrait à ce stade de sa carrière. […] O’Neill a « fait le travail » avec une totale implication mais semblait tellement … aride, en dépit des pas parfaitement exécutés. Il lui faudrait ajouter de la chair émotionnelle sur les os de son trop réservé fantôme.

Hannah ONeill

Cléopold saw a distinct delicacy in her version of Myrtha from where he was sitting, and I do not wish to be harsh. But in a poetic story-ballet, technique must learn to serve the story above all else.

Ut pictora poesis. As in painting, so in poetry. Telle la peinture est la poésie (Horace, Ars Poetica).

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