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Une découverte au sud de la Thuringe

myrthaBallet de Stuttgart. Giselle (chorégraphie d’après Jean Coralli, Jules Perrot, Marius Petipa, musique d’Adolphe Adam et Friedrich Burgmüller). Représentations du 19 avril (Giselle: Elisa Badenes, Albrecht: Alexander Jones, Hilarion: Roland Havlica, Myrtha: Ami Morita) et matinée du 20 avril 2014 (Giselle : Hyi-Jung Kang, Albrecht: Constantine Allen, Hilarion: Roland Havlica, Myrtha: Rachele Buriassi).

L’avantage de choisir une Giselle au pif, c’est le coup de cœur imprévu. Quand elle apparaît au seuil de la chaumière, Elisa Badenes fait l’effet d’un personnage de bande dessinée : des yeux immenses, dont la rondeur est accentuée par quelques coups de crayon noir, une bouche saillante, un sourire trop grand, une naïveté dans le regard qui attendrissent dans l’instant. Et pour longtemps, car la demoiselle est aussi fine comédienne que danseuse. Au premier acte, elle accomplit ses ronds de jambe sautillés sur pointe avec un naturel confondant, distribuant en même temps quelques bisous au vent – un détail qui transforme une simple prouesse technique en précieux moment de grâce. Dans l’acte blanc, elle étonne par la légèreté et la précision de sa petite batterie, et sa poésie dans l’adage (même si elle finit trop vite ses développés à la seconde). Alexander Jones a l’allure parfaite d’un Albrecht (beau et con à la fois). Il danse comme si c’était sa manière d’être et la façon la plus sûre de séduire (dans le même rôle, le dernier à m’avoir donné cette impression était Carlos Acosta en février 2011). L’interaction entre les deux danseurs sert le drame. Dans la scène de la folie, quand Giselle revit à travers la danse les étapes de son illusion amoureuse, Alexander Jones lui tend le bras pour l’accompagner comme il l’avait fait quelques scènes auparavant ; elle l’ignore, déjà ailleurs, et il reste les bras ballants, attentionné mais impuissant.

L’alchimie ne fonctionne pas aussi bien, le lendemain, entre Hyo-Jung Kang et Constantine Allen (au même moment de la fin de l’acte I, il ne fait rien de spécial, laissant sa Giselle porter toute seule la scène). La danseuse d’origine coréenne est moins à l’aise et précise que Mlle Badenes, et le jeune danseur – entré dans le corps de ballet en 2012/2013, il est encore demi-soliste, et n’a effectué sa prise de rôle en Albrecht qu’il y a quelques semaines –, sans démériter, ne donne pas encore l’épaisseur d’une interprétation à ses évolutions (il fait des tas d’entrechats six mais ne donne l’impression ni de la contrainte, ni de la fatigue).

C’est égal, une découverte par week-end suffit. La production de Reid Anderson et Valentina Savina, plaisamment traditionnelle, a le bon goût de faire apparaître progressivement Myrtha – qui s’avance imperceptiblement vers le devant de la scène – derrière un bosquet qui s’efface. On pense au livret de Gautier :

« Une gerbe de jonc marin s’entr’ouvre alors lentement, et du sein de l’humide feuillage on voit s’élancer la légère Myrtha, ombre transparente et pâle, la reine des Wilis. Elle apporte avec elle un jour mystérieux qui éclaire subitement la forêt, en perçant les ombres de la nuit. »

Lors de la matinée de dimanche, Rachele Buriassi est une Myrtha aux lignes souples – continuons la citation – « apparition insaisissable » qui « ne peut rester en place ». On aurait aimé qu’elle partage la scène plutôt avec Elisa Badenes, car les deux danseuses ont le même type de physique (attaches fines, longs doigts), et la reine aurait semblé une Giselle qui n’a pas vraiment connu l’amour, et un poil plus sèche. Hilarion, incarné deux fois de suite par Roland Havlica, a l’air épuisé avant même d’avoir trop dansé; c’est un peu dommage. L’orchestre de Stuttgart, dirigé par Wolfgang Heinz, appuie trop les fortissimi, mais l’alliance des violons, de la flûte et de la harpe fait des merveilles de douceur éloquente durant l’acte blanc.

Mlle Badenes, jeune danseuse d’origine espagnole, a gravi en quelques années tous les échelons du ballet de Stuttgart (une marche par an). La compagnie dirigée par Reid Anderson a un recrutement très international, mais ne va pas chercher ses stars ailleurs, comme fait trop le Royal Ballet, au risque de déminéraliser le corps de ballet. La troupe, homogène, enlève aussi bien la fête des vendanges que le sabbat des Willis (on met aujourd’hui généralement deux L là où Gautier n’en écrivait qu’un). Voilà en somme un bien joli voyage au sud de ces coteaux de Thuringe où le librettiste avait logé son histoire.

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Les Balletos d’Or – 2012-2013

P1000938Pour cause de fin de saison tardive, la liste de promotion dans l’ordre des Balletos d’Or n’a été publiée que ce matin par le Journal Officiel de la République française. Nous la reproduisons ci-dessous. La remise des médailles aura lieu dans les sous-sols de l’Opéra-Bastille au matin du 15 août. Compte tenu des débordements de l’année dernière, une pièce d’identité sera exigée à l’entrée.

Ministère de la Création franche

Prix Relecture chorégraphique : Kader Belarbi pour Le Corsaire (Ballet du Capitole de Toulouse)

Prix du Chorégraphe-surprise : Simon Valastro pour Stratégie de l’Hippocampe (soirée Danseurs-chorégraphes)

Prix Patchwork : Samuel Murez pour ses Désordres

Prix Melting Pot : José Montalvo pour Don Quichotte du Trocadéro

Prix Musique de ballet : Szymon Brzóska (Overture, chorégraphie de David Dawson)

Prix Scénographie : Jon Bausor pour les décors hallucinants de Hansel and Gretel (Liam Scarlett, Royal Ballet)

Prix Lazare : Monotones  I & II (Ahston, Royal Ballet)

Prix Dante : Like Lazarus Did de Stephen Petronio (Stephen Petronio Company, Joyce Theater, NYC)

Prix Golem : le ballet de Robert Le Diable (chorégraphie de Lionel Hoche, Royal Opera House)

Ministère de la Loge de Côté

Prix Grand frisson de la saison : Agnès Letestu, Courtisane vénéneuse (Le Fils prodigue), Championne de l’attaque (Woundwork 1 et Pas./Parts) Princesse lunaire (Kaguyahime), Ballerine éplorée (3e Symphonie de Gustav Mahler), Énigme souriante (Signes)

Prix romantique :  la jupe de La Sylphide (quand elle est portée – par ordre alphabétique – par Mlles Albisson, Hurel, Obraztsova ou Pagliero)

Prix Pas une ride: Stéphane Phavorin, énorme en Sorcière (La Sylphide), mais qui aurait pu être tellement plus et mieux employé jusqu’au bout

Prix volcanique : Alina Cojocaru et Johan Kobborg dans In the Night (Robbins)

Prix Adage : Marianela Nuñez dans Symphony in C (Royal Ballet)

Prix d’interprétation : Jason Reilly dans Onegin (invité au Royal Ballet)

Prix Articulation : Vincent Chaillet et Muriel Zusperreguy dans Don Quichotte (Bastille)

Prix Gesticulation : Denys Cherevychko dans Don Quichotte  (Châtelet)

Prix christique : Emmanuel Thibault (Le Fils prodigue)

Prix orgiaque : Jérémie Bélingard dans L’Après midi d’un Faune

Prix Sinuosité : Sabrina Mallem dans Pas./Parts

Ministère de la Place sans visibilité

Prix Roquette : François Alu, conquérant de l’espace scénique en Basilio

Prix Fusée : Mathilde Froustey, partie sous d’autres cieux à la conquête des étoiles

Prix de la saison décevante : Dorothée Gilbert (les publicités sont hors-concours)

Prix Révélation : Bennet Gartside

Prix de l’Homme Invisible : Rudolf Noureev chorégraphe éclipsé sous l’« hommage » de l’Opéra

Ministère de la Natalité galopante

Prix Tendresse : Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann dans Afternoon of a Faun (Robbins)

Prix Leading Man : Robert Fairchild (NYCB, Spring Season)

Prix Beau Monsieur : Vladimir Shishov (Etés de la Danse, Wiener Staatsballet)

Prix Mariage pour tous : Laëtitia Pujol et Benjamin Pech (Le Loup)

 Prix Torero : Christophe Duquenne en Espada (Don Quichotte)

Prix Gypsy (ex-æquo) : Allister Madin (Opéra de Paris) et Davide Dato (Wiener Staatsballet)

 Prix Chaloupe : Amar Ramasar dans Fancy Free (Robbins, NYCB)

 

Ministère de la Ménagerie de scène

Prix Coq : Audric Bezard pour son Escamillo (Carmen de Roland Petit)

Prix Dindon : Guillaume Charlot, dans le même rôle (Carmen)

Prix Blaireau : le délicieux The Wind in the Willows (chorégraphie de Will Tuckett, Linbury Studio)

Ministère de la Collation d’Entracte

Prix Navet : Marie-Agnès Gillot pour Sous apparence

Prix Pain sans levain : Aurélie Dupont dans O Złožoni / O Composite

Prix Cracotte : Benjamin Millepied pour la soirée LA Dance Project (deux tranches de pain sec autour du toujours savoureux Quintett de Forsythe).

Prix Prêt-à-croquer : Hugo Vigliotti (chevelure comprise) chorégraphié par Samuel Murez

Prix Cueillie-à-point : Maria Kowrosky s’effeuillant avec grâce dans Slaughter on 10th Avenue (NYCB)

Prix Savoureux : Irina Dvorovenko, jeune retraitée de l’ABT dans le même rôle (On your Toes at City Center)

Ministère de la Couture et de l’Accessoire

Prix You’re So Eighties : la robe cloche jaune d’Elisabeth Platel pour le gala Noureev

Prix Bob L’Éponge : Walter Van Beirendonck pour les costumes de Sous apparence

Prix Éteins-la-lumière-ils-n’y-verront-que-du-feu : Cedar Lake Dance Company et ses ersatz de Forsythe (Joyce Theater)

Prix Lycra : les maillots qui ne pardonnent rien (blanc dans Kaguyahime, rouge dans L’Oiseau de feu version Béjart).

Ministère de la Retraite qui sonne

Prix What’s next?/Can’t wait : Johan Kobborg

Prix Plouf, Plouf, ce-sera-toi-qui-danseras-ce-soir : Brigitte Lefèvre, inégalable pour l’éternité

Prix Sociologie de comptoir : Ismène Brown pour ses extrapolations à partir de trois cas et demi (« Ballet stars are revolting »)

Prix Carpette journalistique : non décerné [trop d’ex-æquo]

Ministère de la Communication interplanétaire

Prix du Gazouillis vide et vain : non décerné [l’Opéra de Paris, soupçonné de dopage, a été disqualifié]

Prix Hallucination collective : la critique anglo-saxonne qui voit de nouveaux Noureev partout

Prix Ze de tête : le site internet de l’Opéra de Paris, indétrônable.

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