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Edward & Melissa, Lauren & Federico

10 mars 2012, matinée & soirée, Romeo & Juliet (Kenneth MacMillan, 1965)

Il n’y avait pas de motif raisonnable pour retourner voir Romeo & Juliet après la prestation d’Alina Cojocaru et Johan Kobborg, dont Cléopold comme Fenella ont parlé ici même. Le souvenir encore frais des deux danseurs place la barre très haut. Et pourtant, on ne regrette pas le voyage.

À 23 ans, Melissa Hamilton est un des jeunes espoirs du Royal Ballet. Elle danse sa première Juliet en compagnie d’Edward Watson, qui remplace au pied levé son homologue Rupert Pennefather, forfait pour blessure. Elle est blonde, il est roux. Ces deux oiseaux-là ne feraient pas très couleur locale à Vérone, mais sur scène, leur coup de foudre est d’une évidence criante. Le longiligne Watson vole un peu la vedette à sa partenaire au premier acte : c’est à travers ses regards et sa danse respirée – notamment dans le solo à la mandoline à l’acte II, qui n’est pas prouesse mais adresse à l’aimée – qu’on perçoit la profondeur de son amour. Sa sensualité aussi, qui éclot dans le pas de deux du balcon. Mais Mlle Hamilton a du répondant: elle n’a pas que de belles lignes – et de surprenantes grandes mains -, elle a aussi des talents d’actrice prometteurs. Elle en fait notamment la preuve à l’acte III, quand Juliet doit danser avec l’homme que ses parents lui destinent : dans les bras de Paris, elle devient tout d’un coup végétative.

En soirée, Lauren Cuthbertson danse bien – très jolis sauts élastiques – mais aborde son rôle avec trop de réserve: quant la nounou lui fait valoir qu’une jeune fille aux seins qui pointent ne doit plus jouer à la poupée, au lieu d’une moue étonnée, elle nous gratifie d’un sourire en coin. Lorsqu’elle se rend compte de la mort de son aimé, elle pleure la bouche fermée. Dans ce rôle, c’est la seule danseuse à ce jour à ne pas hurler sa douleur sur le climax musical de Prokofiev. Le spectateur ne demandait pourtant qu’à mouiller son mouchoir. Federico Bonelli danse bien lui aussi, mais sa capacité de séduction est paradoxalement une faiblesse : on a l’impression qu’il charme Juliette parce qu’elle est charmante, pas parce qu’elle serait l’âme-sœur.

Ryoichi Hirano est un impeccable Paris (face à Melissa Hamilton) :  son personnage a la belle idée de voler une caresse à Juliet à chaque fois qu’il lui touche le bras. En Mercutio, Alexander Campbell meurt très bien, pointant avec autorité son doigt sur son meurtrier (Bennet Gartside en Tybalt) et sur son vengeur (Roméo incarné par Bonelli).

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Sylvie revient ! (évocation cavalière)

Sylvie Guillem fait une halte à Paris pour « 6000 miles away », un titre qui résume assez bien sa carrière voyageuse. Au programme du spectacle, des valeurs sûres de la chorégraphie du second XXe siècle: William Forsythe, Jiří Kylián et Mats Ek.

On a tant déversé de superlatifs sur Mlle Guillem que le mythe fait parfois écran. Il y a la présence scénique, l’aisance technique, le levé de jambe spirituel (d’autres, moins malines, croient que ce n’est qu’une question de hauteur), le goût du risque et la versatilité aussi. C’est sans doute la dernière ballerine dont on ait polémiqué à l’Assemblée nationale et la seule à avoir été invitée au 20h00 de TF1 un jour de semaine (c’était du temps où la télévision regardait ailleurs que son nombril).

Bref, se produirait-elle dans Guignol, la salle serait toujours pleine. Mais il se trouve qu’elle choisit plutôt bien ses apparitions. Ces dernières années, on a pu la voir dans des créations de Russell Maliphant ou d’Akram Khan, et elle s’est même essayée, avec Maliphant et Robert Lepage, à la conception d’Eonnagata, un spectacle intéressant, où ses possibilités était sous-exploitées. Car les années ne semblent pas altérer la fraîcheur de l’interprète, comme le montre une comparaison des vidéos pirate de sa Manon de 2011 (à Milan) avec celles des années 1990 dans le même rôle avec Laurent Hilaire.

Au Théâtre des Champs Élysées, on la verra dans Rearray, duo intimiste de William Forsythe, dont le mouvement semble ne s’arrêter jamais, ainsi que dans un solo de Mats Ek, qui exploite ses talents pour la comédie. La soirée sera complétée par une pièce de Kylián interprétée par Aurélie Cayla et Lukas Timulak, et – pour les chanceux qui assisteront à l’une des quatre premières représentations -, par Memory, un duo interprété par Ana Laguna et Mats Ek en personne.

Un petit tour et puis s’en va vers d’autres horizons. Mlle Guillem, nommée étoile de l’Opéra de Paris à 19 ans, a bien fait du chemin depuis. En termes de notoriété et d’autorité artistique, c’est notre Noureev !

Du 15 au 22 mars au Théâtre des Champs Élysées.

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J’ai gagné à la loterie

Grâce à ma capacité à cliquer plus vite que mon ombre, j’ai sécurisé il y a des semaines des tas de places pour la Bayadère, spectacle aujourd’hui archi-complet. À présent que les distributions sont publiques, il me faut organiser leur répartition. J’avais onze places sur huit dates. Je me suis déjà délesté, au profit d’un idolâtre, de mon billet « Zakharova » du 2 avril. Restent donc sept dates, qui, sous réserve de changements, se répartiront comme suit:

– trois soirs différents – ô volupté de la surabondance ! – avec Aurélie Dupont dans le rôle de la danseuse sacrée, Josua Hoffalt pour sa prise de rôle en Solor et Dorothée Gilbert pour camper l’éruptive Gamzatti ;

– deux soirs – diantre, c’est presque autant de trop – avec Émilie Cozette, Karl Paquette et Laura Hecquet ;

– une soirée et une matinée avec une triple prise de rôle pour Myriam Ould-Braham, Florian Magnenet et Mathilde Froustey.

La vie étant relativement bien faite, le nombre de places disponibles n’est pas en rapport avec l’attractivité des distributions. J’ai au total quatre places pour la première distribution, quatre pour la deuxième, et seulement deux pour la troisième. Comme de bien entendu, ma place la plus chère est pour la distribution qui m’émoustille le moins.

Grâce au retard pris par l’Opéra de Paris dans la publication des distributions, j’ai autour de moi une pléthore de malheureux qui n’ont pas voulu acheter, lorsqu’il en était encore temps, de places à l’aveuglette. Je pourrai les faire ramper devant moi en échange d’un de mes doublons. Je me sens comme un Brahmane en passe d’abuser de sa danseuse sacrée.

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Vertige

Dans sa nouvelle La lune de pluie, publiée en 1954, Colette revient par hasard dans un appartement où elle avait vécu plus jeune. Les souvenirs de son moi d’alors reviennent en cascade. Comme elle part, elle sourit en s’apercevant qu’elle a « dévalé les degrés sans défiance« , car ses pieds « savaient encore l’escalier par coeur« . Délicieux vertige du pied qui pense.

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