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A Biarritz, Concours de Jeunes Chorégraphes de Ballet #5 : en quête de fusion.

Concours de jeunes chorégraphes de ballet. Photographie Stéphane Bellocq

Le Théâtre de la Gare du midi accueillait le 6 juin dernier pour la troisième fois consécutive la finale du Concours de Jeune chorégraphes de ballet. Pour ce concours, unique en Europe, trois directeurs de compagnies nationales ainsi qu’un groupe de directeurs de compagnies invités ont jugé des qualités de six finalistes choisis parmi plus de 150 candidats. A la tête du jury, Thierry Malandain, hôte du concours, Eric Quilleré, directeur du Ballet National de Bordeaux, et Bruno Bouché à la tête du CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin. Ces trois figures masculines étaient contrebalancées par les invités. En effet, hormis Martin Harriague, actuel directeur du Ballet de l’Opéra Grand Avignon et futur directeur du CCN Ballet Biarritz, tous les autres membres du Jury était des directrices : Beate Vollack pour le Ballet du Capitole, Sabrina Sadowska, directrice du Chemnitz Ballet ou Isabelle Bischof, directrice du Bern Ballett. Parmi les juges également, Ana Isabel Casquilho avait été prix du Jury lors de la dernière session.

La présence de ces décideurs n’est pas anodine puisque parmi les prix décernés à l’issue du concours se trouvent des commandes de création à Bordeaux, à l’Opéra national du Rhin, au ballet Chemnitz ainsi qu’au Capitole de Toulouse et au Ballett Schwerin. On note au passage que pour cette édition, deux danseurs-chorégraphes respectivement de Bordeaux et de Toulouse faisaient partie du panel de finalistes.

Le concours des jeunes chorégraphes de Ballet est toujours intéressant car il montre un instantané des tendances chorégraphiques qui inspirent les créateurs en devenir (la moyenne d’âge est de cette édition est de 27 ans). Arnaud Mahouy, danseur emblématique de la dernière décennie au Malandain Ballet Biarritz et aujourd’hui présentateur clair, posé et disert, l’a bien compris. Il introduit le concours par une petite Histoire de la Danse en raccourci en articulant quelques grands aphorismes de grands chorégraphes du passé.

Cette année, la sélection était fort différente des précédentes sessions auxquelles il nous a été donné d’assister. Le post classique acrobatique semblait s’estomper en faveur d’autres styles qui, néanmoins, nous ont fait nous interroger sur l’avenir de la danse d’expression néoclassique et sur la compatibilité des autres styles présentés avec le répertoire de compagnies « de ballet ».

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Les deux finalistes issus de compagnies classiques sont restés sommes toutes très influencés par leur langage de base.

Riccardo Zuddas : Le Quattro Stagioni. Concours de Jeunes chorégraphes de ballet. Photographie Stéphane Bellocq.

Avec Le Quatro Stagioni, sur la réécriture de Vivaldi par Max Richter utilisée par Cristal Pite pour son Seasons Canon, Ricardo Zuddas, danseur à Bordeaux, propose une chorégraphie pour six danseurs qui dénote d’une réelle maîtrise de la gestion des groupes. Les entrées et sorties des très beaux solistes sont bien agencées. Malheureusement, la pièce manque de tension et additionne certains poncifs visuels de l’idiome néoclassique : ports de bras, « j’accueille le soleil », courses « inspirées » de cour à jardin et surtout ces contrappostos exagérés hérités de trente années d’admiration et d’incompréhension post-forsythienne. Pendant cette pièce qui oscille entre citation balanchinienne (avec notamment une variation masculine qui n’est pas sans rappeler Apollon musagète) et influence d’Hans Van Manen. On s’est ennuyé ferme. Cela n’a pas, heureusement, été le cas de tout le monde puisque Le Quatro Stagioni a obtenu le généreux prix Biarritz / Caisse des dépôts de 15000 Euro.

Lorenzo Misuri : Mizu. Concours de Jeunes chorégraphes de ballet. Photographie Stéphane Bellocq.

Lorenzo Misuri, danseur du corps de ballet du Ballet du Capitole de Toulouse reste aussi dans la citation. Mizu, une pièce à propos de l’eau, nous évoque la délicatesse d’un Jiri Kylian. Sur la musique de Gaspar Claus, les danseurs de Toulouse (Lorenzo Misuri s’est même assuré la participation de l’étoile de la compagnie, Natalia de Froberville) évoluent dans une scénographie aux éclairages léchés (par moments un cyclo mauve ou plus tard des lumières rasantes). Certains détails attirent l’attention, comme ces oscillations agenouillées de la fille au début du ballet ou encore ces variations masculines (pour Aleksa Zikic et Minoru Kaneko) où les ports de bras géométriques semblent déterminer des directions de la chorégraphie. Les portés en roulis sur le dos sont peut-être plus attendus et l’effectif réduit de quatre danseurs était moins propice à montrer une maîtrise des contrepoints chorégraphiques. Lorenzo Misuri pourra sans aucun doute peaufiner ses jolies qualités lors de sa résidence au Conservatoire supérieur de danse de Madrid Maria de Avila.

On souhaite aussi à ces jeunes créateurs issus de grandes compagnies classiques de recevoir un jour une commande de leur directeur. Cette tendance anglo-saxonne du home-grown choreographer devrait assurément être importée en France.

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Si les « classiques » restaient résolument attachés à leur langage de formation, les autres candidats n’étaient pas exempts d’influences parfois éloignées du monde des compagnies de ballet. Leurs pièces, toutes défendues par des interprètes puissants entièrement dévoués au style de leur créateur, avaient de l’impact mais on se demandait parfois si elles se transposeraient bien sur des corps rompus à la technique de ballet.

Lilit Hakobyan : Luck. Concours de Jeunes chorégraphes de ballet. Photographie Stéphane Bellocq.

Lilit Hakobyan (une créatrice arménienne travaillant principalement en Allemagne), qui présente avec Luck une chorégraphie efficace dans la veine mille-pattes propres à Crystal Pite, est sans doute la plus transposable. Trois danseurs font masse au début de la pièce et empruntent une gestuelle mécanique et saccadée. Ils figurent une sorte d’hydre. La fille, musculeuse, ne s’en laisse pas conter par les deux gars qui l’accompagnent. Parfois, les danseurs gèlent le mouvement et se retrouvent dans des poses réclinée de statues de Bourdelle. Cette chorégraphie antagoniste sur de la musique percussive est indéniablement efficace. D’un signe de tête à la salle, les trois interprètes signifient la fin de la pièce. Il y a bien déjà un petit air de déjà-vu mais on ne peut nier que Lilit Hakobyan, qui est la doyenne de ces jeunes créateurs, maîtrise la composition. Elle rafle la mise en cumulant le prix de création pour Ballet de l’Opéra National de Bordeaux ainsi que pour le Ballett Schwerin, le prix Fondation pour la Danse Thierry Malandain – Académie des beaux-arts décerné par les journalistes et les professionnels (5000€) ainsi que le prix du public (une bourse de 3 000€), décerné par les votes des spectateurs.

Concours chorégraphes de ballet. Photographie stéphane Bellocq

Avec Ignis de Zoë Greten (une Néerlandaise de 24 ans), ses femmes en ensemble chasuble et talons hauts, sa musique préparée ou du Eric Satie, on regarde résolument vers l’esthétique de Pina Bausch. Dans la première scène, les interprètes féminines singent de manière expressionniste des comportements ou des attendus face au féminin : (laver le sol, se maquiller… La gestuelle des cinq très belles interprètes évoque souvent celle de pantin. Les stilettos sont retirés et remplacés par des pieds nus et pantacourts. La chorégraphie reste saccadée jusqu’à la transe. Le partenariat joue des je te pousse tu me tires et les danseuses chutent pour se relever au ralenti. Ignis tend également vers la danse israélienne. Les scènes de groupes sont plutôt bien construites. La fin sur un titre célèbre d’Anna von Hausswolff est d’une inspiration plus naïve. Zoë Greten décroche le prix de création du CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin.

Nmamdi Nwagwu (un Italien de 23 ans actuellement basé aux Pays Bas) présente aussi une chorégraphie pour les femmes. Dans Le Prefiche, sur un pot-pourri de divers compositeurs et une création sonore à base de sons de cloche, de corbeaux et de pelletées de tere, il évoque le travail des pleureuses professionnelles des sociétés traditionnelles. Sa gestuelle, dans la rapidité puis l’arrêt, ses répétitions de combinaisons de pas de manière nerveuse, ses marches et frappés au sol évoquent de manière efficace ces femmes affairées à porter le deuil familial lors des funérailles. La transe finale est efficace. L’évocation nous paraît cependant parfois un peu littérale comme lors d’une séquence des pleurs. On aurait sans doute aimé un point de vue sur ces pratiques plus qu’une constatation ethnographique. Mais en tant que benjamin de ce concours, Nnamdi Nwagwu montre déjà de fort belles promesses. Une compagnie de ballet pourra t’elle rapidement intégrer l’esthétique Tanz Theater du chorégraphe ? La réponse bientôt au Grand Ballet Avignon, sans doute déjà préparé par le travail accompli avec Martin Harriague, puisque le jeune chorégraphe y a gagné le prix de création. Il rafle également le prix Pass Culture décerné par un jury de 10 lycéens.

Le concours aura été très clivé dans les esthétiques. On aurait personnellement aimé déceler une trace de fusion classique-moderne à un moment où le maître du genre, Thierry Malandain, est sur le point de s’effacer dans la compagnie qu’il a fondé.

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Noémi Andreotti Coin : Some Things No-One Expected. Concours de Jeunes chorégraphes de ballet. Photographie Stéphane Bellocq.

On approche au plus près de ce souhait avec Some Things No-One Expected de la jeune franco italienne Noémi Andreotti Coin. Dans sa pièce commencée à quatre pattes par les trois danseurs qui attirent l’attention par leurs contrepoints saccadés,  on distingue clairement une base technique académique mêlé à une danse dans le sol plus « moderne ». Les garçons ont une puissance d’interprétation qui n’est pas sans évoquer les danseurs de Béjart de la grande période. L’humour infuse la pièce comme lorsque les danseurs dansent sur Rachmaninov en en paraphrasant la rythmique de manière cocasse. Le grotesque est assumé. Dans ce ballet qui tourne autour des objets, la danseuse peut être actionnée comme un aspirateur par les deux garçons ou encore interpréter un moonwalk sur de très hautes demi-pointes. Une danse avec des petits bracelets (ou des ceintures ?) à billes sonores souligne la scansion de la musique. Le style musclé est unisexe et dégenré. Pendant un solo de la danseuse (Julia Julliard), les deux garçons (Wilson Baptista et Marin Delavaud) semblent être en grande conversation silencieuce, créant une dimension supplémentaire dans l’espace scénique. Alors que la danseuse chante, les garçons, lestés à leur tour de petites billes, scandent d’abord parfaitement le passage avant de se quereller et de se désynchroniser de manière loufoque. La pièce de Noémi Andreotti Coin est truffée de bonnes idées et d’images cocasses. La pièce dans son ensemble est néanmoins un tantinet foutraque. On attend cependant de revoir le travail de la chorégraphe à Toulouse incessamment sous peu puisqu’elle a remporté le Prix de création au Capitole en plus de décrocher également celui du Ballet du Théâtre de Chemnitz.

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La cinquième édition du concours de jeunes chorégraphes de Ballet aura donc récompensé à des degrés divers chacun des finalistes. On s’en réjouit pour eux. On espère avoir l’occasion de voir les développements de ces jeunes talents dans les saisons futures des compagnies européennes.

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Le Malandain Ballet Biarritz à l’Opéra de Massy : plein soleil à minuit

MINUIT ET DEMI, OU LE COEUR MYSTERIEUX, MALANDAIN BALLET BIARRITZ. Photographie de Stéphane Bellocq.

CCN Malandain Ballet Biarritz. Midi-Minuit. Opéra de Massy, représentation du samedi 21 mars 2026.

A l’affiche de la soirée donnée par le CCN de Biarritz le 21 mars, se trouvait la dernière création d’un chorégraphe pour sa compagnie et son titre, «Minuit et demi, ou le cœur mystérieux » ainsi que l’œuvre musicale centrale autour de laquelle elle était créée, la célèbre Danse macabre de Saint Saëns, laissait présager une soirée propice au vague à l’âme. Thierry Malandain quittera en effet bientôt la direction du CCN qu’il a fondé il y a presque trente ans pour laisser la place au talentueux Martin Harriague qui fut un temps artiste associé de la compagnie.

Mais quitte à voir une compagnie qu’on a adoré suivre durant la dernière décennie, autant la voir, fait trop rare, accompagnée par un orchestre symphonique (celui de l’Opéra de Massy dirigé par Dominique Rouits) et non posé sur des bandes enregistrées comme ce fut le cas pour La Chambre d’Amour en septembre.

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MINUIT ET DEMI, OU LE COEUR MYSTERIEUX, MALANDAIN BALLET BIARRITZ. Photographie de Stéphane Bellocq.

Le programme s’ouvrait justement par ce Minuit et demi créé sur des pièces symphoniques et des mélodies pour orchestre de Camille Saint-Saëns. La tonalité sombre attendue semble être au rendez-vous dans les premières minutes : la vingtaine de danseurs, rassemblés en groupe serré et vêtus en séminaristes, exécute une proskynèse musclée. Le groupe alterne pas glissés et martellement du sol avec les pieds tout en formant de vastes rondes concentriques. Mais ces grands corbeaux cachent en fait sous leurs aubes un pan de ciel bleu qui répond bien au cyclo à cumulus du fond scène conçu par le regretté Jorge Galardo, disparu en novembre dernier. Claire Lonchampt, la muse du chorégraphe, est la première à opérer une mue totale en passant du noir ecclésiastique au bleu séraphique. L’élément religieux sera toujours sous-jacent (notamment lors d’une marche à genoux sur fond de tintement de cloche) mais globalement, l’atmosphère du ballet distille une forme d’optimisme lyrique qui émeut profondément.

La chorégraphie mêle harmonieusement le répertoire de pas néoclassiques, comme ces portés des filles en écart par les garçons que n’aurait pas renié Balanchine ou ces piqués arabesques suspendus, aux facéties purement modernes de Malandain, pamoisons-chandelle, tressautés depuis le flanc et autre galipettes roboratives. La pièce n’est pas non plus dénuée d’humour comme lorsque les danseurs scandent la célèbres Danse macabre avec des roulis de la tête. On apprécie par ailleurs la circulation fluide et souvent inattendue entre les scènes de groupe aux formations géométriques rigoureuses, les trios ou les quatuors masculins et féminins. Mais sur les mélodies de Saint Saëns interprétées par le baryton Armando Noguerra on retiendra particulièrement le pas de deux à la fois touchant et lyrique entre Mickaël Conte et Chaire Lonchampt où la danseuse  roule sur le dos de son partenaire puis se trouve haut portée tel un pantin désarticulé. Les déséquilibres et rattrapages, buste à buste, donne l’impression que les interprètes se sont transmués en nuages. Le pas de deux entre Irma Hoffren et Raphaël Canet, avec ses tirés-glissés au sol en forme d’étreinte et ses passages au sol, sature également l’espace scénique de tendresse.

MINUIT ET DEMI, OU LE COEUR MYSTERIEUX. Irma Hoffren et Raphaël Canet. Photographie de Stéphane Bellocq.

Ce Minuit et Demi, loin d’être crépusculaire, nous a semblé préfigurer une bien belle aube.

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MIDI PILE OU LE CONCERTO DU SOLEIL . Photographie de Stephane Bellocq.

Sans doute cette aube était-elle incarnée par une pièce plus ancienne qui fit jadis partie du tout premier programme présenté par la CCN sur la scène de la Gare du Midi à Biarritz en 1998 : Midi Pile ou le Concerto du soleil sur le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc.

Un grand rideau à lamelles en fond de scène, de ceux qu’on trouve dans les entrepôts frigorifiques mais en Vinyle noir brillant, sert de décor à la fois unique et changeant. En effet, les danseurs, vêtus de justaucorps boutonnés à manches en dentelles, désorganisent ce mur sombre grâce à la chorégraphies pêchue, à base de courses, de sauts et de bras télégraphiques qui les font ressembler à des personnages de dessin animés sur-vitaminés.

Dans un solo, Mickaël Conte ébroue ses mains et ses poignets, se muant en volatile. Ce moineau facétieux malmène avec gusto les panneaux Vinyles, révélant à l’arrière un horizon radieux dont sort – est-ce un hasard ?- Claire Lonchampt.

MIDI PILE OU LE CONCERTO DU SOLEIL . Photographie de Stephane Bellocq.

La danse est tournoyante. Il s’en dégage une énergie à la Nijinska du Train bleu, très « art déco ». Les jeux de jambes sont contournés. Les danseurs roulent au sol, exécutent des chandelles, les pieds artistement placés en serpette. Les groupes se figent dans des poses géométriques furtives. Les garçons, au sol, prennent en charge les filles sur leurs jambes à 90°, leur permettant de voleter. Une vague de pas de deux est encadrée par les évolutions en canon de l’ensemble.

Cet adorable rassemblement bouffon nous a conquis. On en a aimé chaque minute.

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BOLERO. Photographie Olivier Houeix.

La dernière partie du programme, si elle était en accord musicalement avec le thème de la soirée, la musique française, constituait une certaine rupture de ton. Mais peut-on faire la moue face à l’une des chefs d’œuvre de Thierry Malandain ? Son Boléro « carcéral » n’essaye pas de paraphraser le lent développement de la masse orchestrale de Maurice Ravel en ajoutant des corps dansants mais se concentre au contraire sur l’aliénation à la boucle mélodique. Les douze danseurs, enserrés entre trois paravents translucides, scandent la musique avec leurs pas. Leur groupe compact, solidaire ou aliéné, semble rendre hommage à l’idée originale de Maurice Ravel qui voyait dans le Boléro une métaphore de l’usine. Au moment du climax orchestral, pas d’effondrement comme dans le Boléro de Béjart, mais une sortie du cadre… Une forme de victoire ou une rupture ?

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On sort de l’Opéra de Massy à la fois heureux et un peu nostalgique. C’est sans doute la dernière fois qu’on verra le Ballet Biarritz dans sa forme « Malandain ».

Mais, voyons le bon côté des choses. Il y a désormais un travail de diffusion et d’inscription au répertoire de grandes compagnies européennes et mondiales des grands ballets de Thierry Malandain. Ils sont pléthore.

Première étape la saison prochaine avec l’entrée de Nocturnes à l’Opéra de Paris. Et pourquoi pas bientôt une nouvelle création pour la Grande Boutique si les conditions artistiques sont toutes réunies ?

On a hâte de voir la suite et de continuer d’explorer de nouveaux horizons en terre de ballet contemporain en compagnie de Thierry Malandain.

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Le Temps d’Aimer la Danse 2025. Temporalités (1/3)

Au Temps d’Aimer la Danse, au Colisée, la salle de spectacle dédiée aux formats plus courts, la compagnie Gilles Baron présentait Aïon, un spectacle destiné aux enfants, mêlant la danse (Noémie Jaffro), l’acrobatie (le très élastique et rebondissant Etienne Decorde) et le cirque (le chapiste Elouan Vancassel). La pièce, vue le dimanche 7 septembre devait prendre a posteriori, dans mon esprit porté vers la nostalgie, la force d’un sommaire de mon édition 2025 du Festival.

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Aïon, Compagnie Gilles Baron. Théâtre du Colisée. le 7 septembre 2025.

Aïon traite, comme son nom l’indique, du temps. Au début du spectacle, un vieux magnétophone à bobine, suspendu en l’air, dévoile les prémices de l’histoire. Le héros Soraki (Decorde), voyage à travers l’espace pour sauver sa planète, coincée dans la répétition immuable de la même journée. Au travers de la bande son, il demande à son jeune public d’ouvrir les portes du rêve en leur indiquant les gestes : les deux mains sont d’abord jointes dans la position de l’orant, puis l’une des deux paumes s’insère entre les doigts de l’autre main avant que les deux ne s’écartent. Les petits s’exécutent. Le spectacle est truffé de jolies images développées en dépit de l’économie de moyens : la frontière du monde des rêves est marquée par une simple bâche de chantier translucide ; les dieux du temps se déplacent parfois cachés sous de vieilles carpettes pour un effet très Sacre du Printemps de Nicolas Roerich (une impression visuelle renforcée par le costume intégral du héros qui tire également vers l’esthétique Manga). Les bâtons de sourcier tenus par la danseuse et le chapiste tiennent debout tout seul. On apprécie aussi l’effet combiné de la gestuelle et du texte en voix-off sur Soraki-Decorde qui, bien que couvert de la tête aux pieds par son imposant costume, semble être celui qui conte son aventure. La section de jonglage aux trois chapeaux symbolisant les trois temps des Grecs (Chronos, Kaïros et Aïon) est très poétique.  On regrette néanmoins que passé l’introduction participative, les enfants soient cantonnés dans le rôle du spectateur classique. La résolution de l’aventure, toujours commentée en voix off, n’échappe pas à  la grandiloquence et semble laisser la salle un peu froide. Aïon, avec toutes ses bonnes idées, mériterait d’être un peu retravaillé dans une veine plus interactive pour tenir toutes ses jolies promesses.

Compagnie Gilles Baron. Aïon. Elouan Vancassel, Etienne Decorde et Noémie Jaffro. Saluts.

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La Chambre d’Amour, Thierry Malandain, Peio Çabalette, Jorge Gallardo et François Menou. Malandain Ballet Biarritz. Théâtre de la Gare du Midi. 6 septembre 2025.

Thierry Malandain. Bord de Scène de La Chambre_d’Amour. Photographie Stéphane Bellocq.

Le Temps d’Aïon, le temps cyclique, est justement celui dont on s’approchait le plus quand il s’agit de la dernière création de Thierry Malandain pour la compagnie qu’il a fondé et qu’il nourrit de son génie depuis vingt-cinq ans. Recréation serait le terme le plus adéquat pour La Chambre d’Amour puisque ce ballet n’est autre que le tout premier créé par Malandain après avoir été nommé à la tête du tout nouveau CCN de Biarritz. Représenté pour la première fois le 13 mai 2000, il a été peu vu depuis et, avant de quitter son propre ballet, l’équipe artistique a décidé, comme pour boucler la boucle, de le reprendre.

Il est doublement intéressant d’assister à une telle recréation. Tout d’abord, on peut voir comment des interprètes d’une génération vont rentrer dans le moule créé pour leurs aînés (des créateurs, seul Giuseppe Chiavaro, qui interprétait le premier duo, est encore dans la compagnie mais en tant que maître de ballet). La pièce, créée pour les 14 danseurs de la formation initiale est aujourd’hui dansée avec l’effectif de 22 qu’a atteint le très acclamé Malandain Ballet Biarritz. On peut également observer les permanences et les évolutions du style du chorégraphe durant ce quart de siècle.

Dans les permanences, on retrouve les décors et des costumes créés par le complice de toujours, Jorge Gallardo, un mélange de minimalisme et de poésie. Les costumes sont toujours un compromis entre un temps jadis (les imprimés des robes des filles par exemple) et le temps présent (la coupe des vêtements, ainsi que l’usage de justaucorps chair évoquant la nudité). Le décor unique, offrant une coulisse supplémentaire aux danseurs (ici un mur au motif de flots marins muni de portes qui s’ouvre et se referment en deux panneaux à la fin du ballet) et jouant par moment sur la translucidité, nous place d’emblée en territoire connu. On regrettera simplement que l’effet magique du mur de fond ne bénéficie pas d’éclairages plus aboutis, un imprévu ayant empêché François Menou de faire les ajustements nécessaires à sa recréation des lumières à l’origine conçues par Jean-Claude Asquié, un autre compagnon de la première heure de Thierry Malandain, aujourd’hui disparu.

Dans les permanences chorégraphiques, on retrouve l’alternance entre les mouvements d’ensemble (ici, le groupe est à la fois chœur antique, foule, ou sac et ressac des vagues entre six galets tavelés surdimensionnés qui apparaissent les uns après les autres sur le plateau, poussés par les danseurs) et les soli ou duos que les danseurs interprètent avant de rejoindre le groupe.

LA CHAMBRE D’AMOUR. Photographie Stéphane Bellocq.

On note au passage des figures ou des combinaisons de pas qu’on a aimé dans d’autres pièces. La chaîne de danseurs des deux sexes qui semble s’égrainer entre la diagonale de galets nous évoque celles de Noé sur le banc ou la frise chorégraphique de Nocturnes; le corps de ballet féminin exécute ce piqué en petite seconde qu’on retrouve entre autres chez les princesses du récent Oiseau de feu du chorégraphe.

Pour le reste, les danseurs de la récente génération ont dû être surpris par l’usage quasi sémaphorique des bras et des mains. Le Malandain de La Chambre d’Amour employait en effet une gestuelle plus intriquée : les roulis de poignets et les poses anguleuses des bras sont nombreux. Les filles dansent parfois avec une main sur leur épaule. A la fin du ballet, elles marchent vers le devant de scène en se couvrant les yeux.

Plus inhabituelle encore est la quantité de portés et, qui plus est, de portés « genrés ». Ceux des pièces récentes sont en effet plus subreptices et sollicitent aussi bien les filles que les garçons. Thierry Malandain lui-même reconnait que sa chorégraphie a évolué avec sa capacité à montrer les pas à ses danseurs.

Mais qu’en est-il, passé ces comparaisons, de la Chambre d’Amour ? Pour les habitués du Pays basque, le titre évoque immédiatement une plage à Anglet, au-delà du phare de Biarritz. Une légende lui aurait donné son nom : au XVIIe siècle, deux jeunes amants, Ura et Ederra, qui avaient choisi la plage pour leurs premiers ébats, furent surpris par la marée montante et se noyèrent. Difficile de tirer la matière d’un ballet d’une durée d’une heure de ce fait divers aussi tragique qu’anecdotique.

Pendant toute La Chambre d’amour, on observe des pas de deux ou des pas de trois qui pour certains évoquent une violence exercée sur l’un des protagonistes. Elle ne tarde pas à poindre par exemple dans le duo qui réunit Claire Lonchampt et Mickaël Conte, particulièrement après qu’ils aient été rejoint par Léo Wanner. Les tensions s’accumulent même entre les deux garçons. A un moment, Conte semble faire le geste de couper en deux Lonchampt, couchée au sol, le visage couvert d’un voile. Ce même voile est comme avalé par Wanner avant qu’il ne suive Lonchampt derrière une porte du décor. Un premier duo entre deux garçons, Guillaume Lillo et Julen Rodriguez Flores s’achève par l’un écrasant la tête de l’autre sous un rocher. Ce meurtre minéral se reproduira dans le cours du ballet. Patricia Velazquez subit également des violences. Je crois voir des poignards. Enfin, Irma Hoffren se montre très véhémente en face du sculptural Raphaël Canet…

LA CHAMBRE D’AMOUR. Photographie de Stéphane Bellocq.

Ayant soigneusement, comme à mon habitude, omis de lire la description d’intention, je découvre à posteriori l’argument. Le couple d’ouverture du ballet qui le clôt également (Hugo Layer et Allegra Vianello) représentait Adam et Eve ainsi que les malheureux Ura et Ederra. Les deux garçons n’étaient autre que Caïn et Abel tandis que le trio Conte-Lonchampt -Wanner représentait Othello, Desdemone et Iago : « Bon sang mais c’est bien sûr ! » Irma Hoffren incarnait Didon abandonnée par Enée : « Mais oui… Pourquoi pas… ». Patricia Velazquez était Juliette. Quant à Orphée et Eurydice (Loan Frantz et Laurine Viel), une seule représentation du ballet ne m’a pas permis de deviner les indices chorégraphiques qui les caractérisaient.

Lors de la rencontre avec le public, Thierry Malandain, avec cette franchise candide qu’on lui connait, annonce que le ballet n’avait pas eu de succès à sa création et qu’il n’avait ni beaucoup tourné ni été repris. La musique, créée pour l’occasion par le compositeur basque Peio Cabalette avait été complétée au dernier moment et, dixit Malandain, « la musique contemporaine ne m’a jamais réussi ». Il a néanmoins été décidé de donner à La Chambre d’Amour « une deuxième chance ».

On pourra donc regretter que cette deuxième chance à un moment tellement symbolique n’ait pas donné lieu à la présence d’un orchestre à la Gare du Midi. La partition, qui n’est pas sans évoquer l’impressionnisme musical d’un Ravel ou d’un Debussy, n’évite pas néanmoins l’écueil de la sur-orchestration : les percussions sont parfois très présentes et les cordes apparaissent souvent pléthoriques et alambiquées. Elle voit ces défauts aggravés par l’enregistrement, très plat, diffusé dans la salle. La pâte orchestrale y apparaît trop épaisse. De nouvelles représentations en direct auraient pu être l’occasion de renouveler la prise de son.

Enfin, une subtile réévaluation de la couleur des costumes  aurait pu aider le public à repérer l’individualité des couples emblématiques évoqués sans pour autant briser l’harmonie des ensembles.

LA CHAMBRE D’AMOUR. Photographie de Stéphane Bellocq.

Avec cette Chambre d’Amour, on peut néanmoins mesurer le chemin parcouru par Thierry Malandain à la tête du CCN de Biarritz.

Le temps d’Aïon illustré ici est loin d’avoir été un simple cycle répétitif. Il aura été au contraire proche de l’Aïon Bergsonien : un Temps qui gonfle et s’enrichit en avançant.

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