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Le Temps d’Aimer la Danse 2026 (3/3) : Solitudes ou Rencontres en Noir

Après l’explosion chromatique des danses basques au Parc Mazon, on s’est dirigé vers le théâtre du Colisée, la salle dédiée aux spectacles plus intimistes. Le fil semblait devoir se poursuivre. Mizel Théret, natif d’Hasparren, a commencé sa formation par les danses traditionnelles basques. Si son histoire a évolué vers la danse contemporaine, il a choisi pour sa création Hegoak les compositions pour piano d’Elodie Buffalo Mellodi qui, selon la note d’intention, utilise parfois des thèmes basques.

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Samedi 12 septembre : le lent, le lent et le rapide…

La rupture est néanmoins drastique. La scène est nue. Le mur brut de fond de scène est peint en noir. Mizel Théret entre à jardin sur le devant de scène. Il propose d’emblée une gestuelle de bras sémaphorique : l’un tendu géométriquement, l’autre replié à angle droit. Pendant toute la pièce, il évolue souvent dos au public. Sa chorégraphie est faite de marches de côté par croisement des pieds. Le buste s’anime enfin. On reconnait alors des soupçons de technique Cunningham : une jambe de terre et dégage seconde au sol en parallèle, des triplettes esquissées, un certain rythme dans leur exécution.

Par ses marches courbées avec croisement des jambes et bras étendus vers l’arrière, par une forme de proskynèse à un moment, on reconnait les évolutions d’un volatile (« Hegoak » signifie « Ailes » en Basque). On hésite entre un cormoran ivre ou une mouette cherchant sa pitance sur la plage. Le danseur-chorégraphe fait le tour du plateau avec des pas de côté en-dedans en-dehors et des roulis d’épaule.

HEGOAK, chorégraphe et interprète MIZEL THERET. Photographie de STEPHANE BELLOCQ.

Une marche sur genoux pliés, l’amorce d’une demi-pointe semblent suggérer un envol bientôt contrecarré par une galipette en  arrière. Les sauts sont pratiquement inexistants. La danse est ancrée dans le sol.

A part une section plus syncopée où Théret se couche et roule sur lui-même, le rythme général de la pièce reste uniformément lent. La gestuelle développée par le chorégraphe est assurément captivante mais l’absence de développement de la pièce questionne sur sa durée. Méritait-elle vraiment une heure de spectacle?

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Le Spectacle suivant, au Théâtre Quintaou d’Anglet, semblait rester dans une tonalité similaire, dans le noir et dans la lenteur. Contre-nature de Rachid Ouramdane commence avec ses interprètes émergeant au milieu des fumigènes. Ils se mettent en avant puis s’effacent individuellement. Les premiers embrassements des corps sont subreptices. Puis viennent des premiers portés à l’épaule à deux ou à trois alors que d’autres danseurs jouent les satellites, à moins qu’ils ne soient des pivots. On admire déjà la gestion des groupes. On s’étonne également de la réelle homogénéité dans la langage dansé des dix interprètes, réunis à l’occasion de cette pièce (la Compagnie de Chaillot est un collectif et non une troupe permanente), masculins ou féminins, qui viennent indifféremment du monde de la danse contemporaine, de l’acrobatie et de la voltige.

On est tenu captivé par des changements de rythme dans la pièce. Une section rapide et spectaculaire avec des lancés de danseurs, dont les pieds ne semblent plus toucher le sol, des portés inattendus – le porté « statue », les glisses spirales – nous soulèvent littéralement de notre siège. Mais on n’est jamais emmené sur le terrain de la simple pyrotechnie. De triples portés sur les épaules suivis de chûtes vertigineuses à couper le souffle nous parlent avant tout de confiance en l’autre. Les multiples roulés boulés des danseurs qui parfois ne semblent pas poser un pied sur scène alors qu’ils sont « voyagés » par leurs partenaires d’une coulisse à l’autre nous plongent dans une vague constante d’interactions humaines.

Lors d’un retour à la lenteur, sur fond vert ou sur cyclo à projections sylvestres, un mystérieux personnage en hoodie apparaît. On se demande s’il représente une menace. Vient alors une section ou des danseurs, groupés par quatre ou cinq semblent ostraciser un danseur resté seul. Le groupe s’agrège et le rôle de l’ostracisé passe à un autre danseur. Après cette section d’exclusion, on accueille presque avec soulagement un duo de garçons exécutant des galipettes en duo, charnelles sans être à proprement parler sexuelles. Dans la scène finale, une voix off nous parle du rapport d’un enfant avec la mer qui «voudrait nager comme un dauphin… » : il s’agit sans-doute du mystérieux être encapuchonné de la section précédente qui nous avait d’abord paru représenter une menace potentielle.

Enfin, c’est le retour au calme et au vide. On n’a pas senti l’heure passer…

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Dimanche 13 septembre : fraternité, sororité

Le jour suivant, retour au Parc Mazon toujours écrasé de soleil. Au sol, un lino d’un jaune pétant. La compagnie Skorpeion présentait « From the ground » du chorégraphe hip-hop Brice Larrieu. Avant le début de la représentation, les cinq interprètes, tout de noir vêtu, s’étreignent pour se communiquer l’énergie nécessaire à la performance qui va suivre.

La pièce commence sous les  accords d’une musique atmosphérique avec chœurs éloignée à priori de la danse hip hop. Un danseur isolé, étendu au sol, se relève péniblement. On attend des bourdonnements ou des sons de canons. Sommes-nous propulsés au milieu d’une guerre ? Les danseurs chutent au ralenti puis avancent comme sous des tirs ennemis. Ils se tiennent par le poignet. Quelle ligne noire veulent-ils briser ? Le groupe s’agrège parfois pour soutenir l’avancée ou empêcher le recul. On est pris dans une vague de tournoiements hip hop. On entend des respirations. Il y a des tournoiements au ralenti décalés ou à l’unisson. Le poids au sol est rendu palpable, ce qui rend les street-révoltades aériennes encore plus impressionnantes. Les danseurs font également des sortes de diagonales en chaine accompagnées de portés acrobatiques. Les bassins oscillent et les bras se tendent vers le ciel. Cette gestuelle est captivante et la composition est vraiment maîtrisée et fluide.

A partir d’une section où la bande son délivre des paroles à messages, la pièce se perd un peu. La gestuelle reste captivante mais la danse ne nous raconte plus d’histoire à l’instar de cette dernière section, efficace, avec l’ensemble des danseurs, accomplissant des sauts pyrotechnique. On a passé sommes toutes, un excellent moment.

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Au Théâtre du Casino municipal, la palette chromatique des costumes de danse reste la même. Le Collectif Ibawa qui présente Gaua (« La Nuit » en Basque), rassemble quatre interprètes féminines vêtues de robes noires corsetées évoquant un XIXe siècle tardif, celui de La Casa de Bernarda Alba. Trois formes rondes sont suspendues en l’air. Les quatres danseuses émergent de la pénombre sur une musique atmosphérique anxiogène. La gestuelle extrêmement lente. Cette première apparition est intrigante. Les danseuses ressemblent à une hydre aux multiples bustes qui lèveraient les poings. On pense aussi à la statuaire. Elles ressemblent à quelques suppliciées de Rodin ou de Camille Claudel.

Mais passé cette première séquence bien construite, on tombe dans un répertoire de poncifs. Cris silencieux, transes, rires tournant aux pleurs, grands pliés seconde qui ouvrent les jupes, contraposti suggestifs en culottes à franges, bras agités et gratouillis compulsifs de joue, tout semble appartenir à un attirail revendicatif éculé.

Des rugissements muets en spasmes d’accouchement, de passages du suave à l’animal par des femmes confrontées à leur rôle social attendu, on comprend d’emblée que la femme est oppressée. C’est malheureusement vrai mais sous cette forme, cela a été dit et redit au point d’être démonétisé. C’est d’autant plus dommage que la maîtrise du langage chorégraphique est bonne. Une section avec des jetés en groupe ou des spirales Bauschiennes font leur effet. Les danseuses se muent parfois en derviches tourneurs. Mais les chorégraphes et interprètes semblent plus à l’aise dans a miniature chorégraphique que dans le temps longs qui les conduit à la redite. Il faudra gagner en souffle pour porter véritablement ce propos nécessaire.

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Voilà déjà une nouvelle édition du Temps d’Aimer la Danse qui s’achève pour nous. Qu’on soit entièrement conquis ou qu’on ait des réserves à apporter, on est reconnaissant de pouvoir être confronté année après année à des courants de la danse actuelle. A chaque fois, les rencontres ont été esthétiquement et intellectuellement stimulante.

En attendant la prochaine session, sous une autre direction…

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Le Temps d’Aimer la Danse 2026 (2/3) : Thème et Variations basques

Thierry Malandain a créé le CCN Malandain Ballet Biarritz. Pourtant, il aimait à dire qu’il n’était pas arrivé sur une terre vierge ou en friche. La danse basque a une histoire peut-être aussi ancienne que sa langue et sa culture mystérieuse et ancestrale. Pour cette édition du Temps d’Aimer 2026, elle était d’ailleurs particulièrement à l’honneur.

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Samedi 12 septembre…

Leinua Dantza Taldea. Place Saint-Charles

Ma première étape était sur la charmante place Saint-Charles, située sur les hauteurs, au-dessus de l’Eglise russe et du Grand Hôtel de l’Impératrice. On a beau n’être qu’à 500 mètres de la Grande plage, on se croirait sur la place d’un village. Les commerces de bouche le disputent aux restaurants et, en ce jour de fête, les barnums qui ont éclos sur l’agora sont remplis de tables couvertes de nappes en papier n’attendant que leurs convives qui ne tarderont pas à arriver. C’est dans ce cadre évocateur que le groupe Leinua, une troupe de jeunes interprètes amateurs, présente Harilka, un moment dansé condensant la tradition des danses festives. Les trois chorégraphes, tous issus de la compagnie et aujourd’hui danseurs professionnels, ont construit une séquence qui déploie de manière graduelle les caractéristiques de ces danses traditionnelles et sociales.

Les jeunes interprètes ne sont pas affublés des impressionnants et couteux costumes des cavalcades ou des mascarades. Ils portent des chemises longues bordées de dentelle et ceinturées de bleu à la taille et aux bras. Leurs grands bérets, du même azur sont parsemés de fleurs. Sous les culottes et les chaussettes hautes en crochet, les espadrilles sont agrémentées de rubans assortis.

La danse commence très simplement par une chaîne ou Soka-Dantza. Les danseurs s’inscrivent en cercle sur la place publique. Au début, il semble ne s’agir que de simples marches mais on se rend compte assez vite des angles que prennent les jambes, de profil quand les bustes sont de face ou au contraire avec des épaulements quand les jambes s’alignent avec le bassin. Les pas basques s’infusent lentement dans la chaine. Les danseurs la brisent subrepticement pour marquer un tour en l’air. Apparaissent des formes de temps levés et des cabrioles simples. Puis la chaîne offre à chaque danseur un moment individuel où il accomplit, selon ses compétences du moment, un pas de répertoire : on reconnait le répertoire des Jauziak (avec sa forme de cabriole). Les plus chevronnés présentent le travail batterie en espadrille, une pratique qui ne cesse de me fasciner. La séquence suivante permet de voir les danseurs évoluer par deux pour une évocation de quadrille. Une danse des bâtons très bien réglée, dansée sans musique et scandée par la voix des danseurs, y succède. La représentation s’achève par un retour à la chaine initiale. On a été enchanté par ce joli raccourci de danse basque sur cette place inondée de soleil.

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Changement de décor l’après-midi où le public s’amasse sur les gradins du fronton du parc Mazon. Des rangées de chaises en plein soleil de part est d’autres de l’espace de représentation sont d’abord boudées avant d’être investies. Au centre et au fond de cette scène de fortune, un curieux amas de franges de laine colorées figure une sorte de bête mythique. Sur des sons saturés, les cinq interprètes du Collectif Bilaka (un groupe de danseurs et musiciens implantés à Bayonne) font irruption en courant. L’un d’entre eux se place derrière les écheveaux bariolés. C’est le musicien et compositeur qui accompagne d’instruments traditionnels utilisés de manière hétérodoxe les évolutions des quatre danseurs (une fille et trois garçons) vêtus d’un thème et variation de costume noir unisexe. Les pantalons, jupes et crop-tops dégenrés font à la fois écho et contraste avec les costumes uniques mais blanc éclatant des jeunes danseurs de Leinura sur la place Saint-Charles.

Et on y reconnait bientôt aussi les mêmes dessins. Même lorsqu’ils ne se tiennent pas la main, les interprètes évoquent les cercles fermés et les chaînes de la danse basque. Les angles de jambe ou d’épaulement sont également là : même aux quatre coins de l’espace, les danseurs restent connectés. Les ports de bras sont plus élaborés et le groupe se dissocie en écho. Mais tout le répertoire de la danse basque est là : les grands rond-de-jambes, les bras frappant les cuisses et surtout le répertoire des jauziac. Le groupe se fige parfois avant de reprendre ses évolutions.

Bilaka Kolektiboa. Dirau. Parc Mazon, fronton Jean_Pierre Abeberry.

Le musicien est le premier à s’affubler des franges de laine colorées, suivi bientôt par chacun des danseurs. Les accoutrements évoquent les ours et autres monstres des temps de Carnaval. Là aussi la danse est scandée par la langue basque. Les sauts se succèdent et les chassés en tournant prennent un caractère hypnotique. La pièce s’achève presque comme elle a commencé, dans une course échevelée.

Derrière les grilles du fronton, des créatures bariolées observent les bourgeons contemporains de la tradition vivante qu’ils représentent.

DANTZARI TOPAKETA, Photographie de STEPHANE BELLOCQ.

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Car prenant la suite des danseurs professionnels du collectif Bilaka, près de 150 danseurs « amateurs » de cinq groupes traditionnels basques, répartis de part et d’autre de la frontière franco-espagnole, ont envahi le large espace du double fronton dans une explosion de couleurs et de musique.

La tradition des cavalcades, mascarades et parades charivariques est en effet l’occasion d’une débauche jouissive de costumes extravagants, bardés de ganses, de plumes, de miroirs et  souvent de grelots. Ouvrant le bal, la Maritzuli Kompainia de Biarritz défend à la fois l’héritage dansé des Basques mais aussi le savoir-faire et l’inventivité des costumiers pour la danse. La plupart des oripeaux déployés par les groupes successifs ont été produits par ses ateliers.

DANTZARI TOPAKETA, MARITZULI KONPAINIA. Photographie de STEPHANE BELLOCQ.

Les danseurs de la Maritzuli portent des tonnelets et des jaquettes militaires blanches bardées de deux ceintures en bandoulière, l’une jaune et l’autre bleue. Dans le passé, il n’était pas rare d’emprunter des vestes d’uniformes militaires ou civils (comme celles des facteurs) pour danser en groupe. Aucune forme n’est donc absolument fixe. Les costumes d’aujourd’hui ne sont ainsi pas figés et témoignent de l’inventivité constante de la tradition des danses basques. Pour son passage, la Maritzuli Kompainia présente des petits tours intégrés dans sa chaine de danseurs : une danse des cannes, variation de la danse des bâtons.

Le deuxième groupe est l’ensemble Bildu d’Irissarry, qui lors de trois passages alternant avec d’autres compagnies, présente des extraits de sa cavalcade, un évènement pluridisciplinaire qui n’est pas sans rappeler la forme des ballets de cour du XVIIe siècle associant musique, chant, danse et parade équestre. Les costumes sont blancs à croisillons de rubans jaunes et bleus. Les hautes coiffes d’évêque agrémentées de miroirs sont l’apanage des hommes tandis que les femmes portent des bérets.

DANTZARI TOPAKETA, IRRISSARIKO KABALKADA, Photographie de STEPHANE BELLOCQ.

Pour leur premier passage, les danseurs présentent des séquences de rondes avec batterie puis, pour la deuxième séquence, des sections en couples. La troisième intervention met hommes et femmes sur deux lignes et semble plus proche d’un quadrille.

Les groupes de la partie « espagnole » du Pays basque sont à plus grand effectif. La compagnie Udaberri de Tolosa présente ses nombreux danseurs costumés de blanc avec des ceinturages rouges et des sortes de turbans de corsaire assortis. Ils se déplacent en lignes en tenant des lances au son des binious et des tambours. Les danseurs accomplissent d’abord des assemblés et des jetés sans lâcher leurs armes de parade puis des ronds de jambe et des tours en l’air lorsqu’ils s’en sont émancipés. Ils forment finalement une grande haie d’honneur pour le groupe d’Irissarry qui vient faire son deuxième passage ; une délicate attention car les différents groupes de danseurs cultivent traditionnellement une forme de rivalité.

DANTZARI TOPAKETA, DUGUNA IRUNEKO DANTZARIAK. Photographie de STEPHANE BELLOCQ.
DANTZARI TOPAKETA, IRRISSARIKO KABALKADA, Photographie de STEPHANE BELLOCQ.

Puis vient l’ensemble Leinua  de Saint Pierre d’Irube. Le groupe d’adulte, où l’on reconnait l’un des jeunes danseurs de la place Saint-Charles, présente son drapeau bleu et jaune. Les costumes sont assortis à la bannière. Il y a parmi eux un Homme cheval. Au répertoire déjà vu chez d’autres ensembles, il faut ajouter une danse en sabots. Six personnages des deux sexes en costume sombre portent des masques qui ne sont pas sans évoquer la commedia del Arte. Sont-ils  les notables que viennent saluer les danseurs lors des fêtes villageoises ? Les danseurs exécutent également un fandango. Deux d’entre-eux, porte-drapeaux, tombent le béret et sont couronnés d’un couvre-chef rouge. On est fasciné par ces rituels dont la symbolique nous échappe.

La célébration chorégraphique s’achève avec la Duguna Iruneko de Pampelune. Ce groupe, particulièrement important, est central dans l’ouverture des fameuses ferias de la ville. Ici, une quarantaine de danseurs portent de grands tonnelets blancs, des guêtres à sonnailles, des plastrons rouges et des coiffes à plumes. Des danseuses « polichinelles » se glissent dans le public et plaisantent avec les enfants. Sommes-nous face à une parade charivarique ? Mais le groupe de Pampelune nous gratifie également d’une conséquente Ezpata Dantza : Les danseurs tiennent des épées de bois en plusieurs lignes serrées qui se croisent pour un effet très ballet équestre. A un moment, les danseurs se placent en arc de cercle tandis qu’un groupe au centre, en formation circulaire, soulève deux danseurs en l’air et les fait lentement pivoter. Quatre danseurs exécutent des cabrioles et de la batterie. A ce stade, on est presque ivre de danse et les spectacles en salle du soir n’ont même pas encore commencé.

DANTZARI TOPAKETA, DUGUNA IRUNEKO DANTZARIAK. Photographie de STEPHANE BELLOCQ.

Cette danse basque, même dans ses formes apparemment les plus classiques, ne cesse de se réinventer. Les chorégraphies de cette grande parade œcuménique sont pour la plupart des interprétations libres des danses folklorique traditionnelles. Tout cela démontre l’extrême richesse et l’avenir de cette pratique amateur en communauté.

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Le Temps d’Aimer la Danse 2026 (1/3) : Prométhée de Martin Harriague. Feu sacré

Le premier weekend de la session 2026 du Temps d’Aimer la Danse a bénéficié d’une météo glorieuse, permettant d’apprécier pleinement l’équilibre des spectacles en extérieur, gratuits, et les spectacles en salle. Cette année, on a pu alterner les émotions chorégraphiques entre la place Saint Charles, le fronton du Parc Mazon, le promenoir de la Grande Plage enfin pour une gigabarre sous la direction d’un danseur du Grand Opéra Avignon. Les spectacles en salle nous auront conduit une fois encore du Colisée à la Gare de Midi en passant par le Théâtre du Casino municipal ou le Théâtre Quintaou d’Anglet. des conditions idéales qui nous ont parfois fait presque oublier que cette édition est la dernière sous la direction de Thierry Malandain.

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Prométhée de Martin Harriague. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Théâtre de la Gare du Midi. 19/09/2026 à 21 heures.

PROMETHEE. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Martin Harriague. Photographie de Stéphane Bellocq.

Alors que la passation entre Thierry Malandain et Martin Harriague au Ballet Biarritz est désormais imminente, le chorégraphe présentait Prométhée avec la compagnie dont il est l’actuel et éphémère directeur : Le Ballet de l’Opéra Grand Avignon.

Dans Prométhée, Harriague utilise la musique de l’unique ballet Beethoven, remixée par le compositeur Fabien Cali. Chorégraphié à l’origine à Vienne par l’Italien Salvatore Vigano, Les Créatures de Prométhée fut également l’œuvre d’intronisation « par effraction » de Serge Lifar à l’Opéra (il remplaça au pied levé un Balanchine souffrant mais ne rendit jamais la place). Au début des années 2000, Thierry Malandain lui-même avait réglé sur cette même partition une limpide petite Histoire de la Danse en accéléré.

Dans cet opus créé sur les danseurs du Grand Ballet Avignon, on est heureux de trouver Martin Harriague dans une posture assez proche de celle de Thierry Malandain sans renier pour autant ses propres spécificités. En effet, il offre au public un Ballet et non une simple pièce constituée d’additions de différentes séquences chorégraphiques. Il regarde lui aussi  vers l’Histoire de la danse sans se départir d’une bonne dose d’humour pour éviter de tomber dans le pompeux. On est charmé par ce numéro d’équilibrisme truffé de surprises visuelles.

PROMETHEE. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Martin Harriague. Photographie de Stéphane Bellocq

Le premier tableau commence sur une note sombre : on se trouve dans une sorte de morgue avec deux charriots d’autopsie. Les personnages s’y meuvent au ralenti. Mais le passage offre vite sa première surprise. L’homme et la femme sur les tables de fer sont soudain manipulés par deux gaillards qui se lancent dans un concours hilarant d’ostéopathie sur-vitaminée. Les deux corps sont mis dans des positions aussi géométriques qu’improbables. Ils sont retournés à la volée tel des crêpes à la chandeleur. Le grand gars bien découplé (Kyril Matantsau) et son rival, plus compact (Evan Inguanez), ne sont autres que Prométhée –le prévoyant- et Epiméthée –l’impulsif. Ainsi agis sans ménagement, les deux corps semblent pourtant prendre vie. Prométhée, qui gagne le concours de manipulation acrobatique, continue d’expérimenter avec les deux créatures. Il semble s’amuser à faire des nœuds corporels avec ses nouveaux jouets, faisant acte de chorégraphe pour un pas de deux qui s’avère parfois récalcitrant.

La gestuelle propre à Martin Harriague est reconnaissable. On y trouve une forme de contorsionisme. Les danseurs prennent le pied dans la main pour des équilibres précaires qui débouchent sur des chutes en arrière (Prométhée). La créature du début que j’ai fini par identifier comme « Adam » fait des développés seconde le buste et les épaules projetés vers l’avant.

PROMETHEE. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Martin Harriague. Photographie de Stéphane Bellocq

Les pas deux quant à eux ont un petit Battle entre deux garçons ou pour une femme et un homme. Les corps ne sont néanmoins jamais simples objets performants : ils restent des êtres de chair.

La gestion du groupe est très maîtrisée. L’ensemble apparait d’abord au pas de course. Il s’intègre dans une scénographie maline qui vous plonge dans la narration non sans une subtile pointe d’humour. Dans un tableau à contre-jour, tous les danseurs s’affublent d’attributs et se figent dans une pose plastique qui n’est pas sans évoquer Canova ou le code de Terpsichore de Carlo Blasis. Mais lesdits attributs sont juste ce qu’il faut surdimensionnés pour créer une distance amusée chez le spectateur. A un moment, le corps de ballet s’agrège en un amas de corps au centre de la scène. Deux accessoires posés de part et d’autres de ce groupe suffisent à évoquer la ruse des offrandes aux dieux.

La production de Martin Harriague est à la fois belle et limpide. Le vol du feu est évoqué par un cyclo où sont projetés des flammes qui apparaissent dans l’interstice formé par deux murs de fond de scène. Lorsque le précieux magma est en possession de Prométhée, il est symbolisé d’abord par un spot rouge pointé vers le public. Par la suite, une sphère craquelée et incandescente, sorte de planète en voie de refroidissement symbolisera le don du Titan bienveillant. La scène du supplice est également très effective. Un rocher est apporté sur scène et le corps de ballet entier scande le moment en frappant le sol de la main ou encore des avant-bras. Prométhée se couche le dos au rocher et les lumières s’éteignent.

PROMETHEE. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Martin Harriague. Photographie de Stéphane Bellocq

Personnellement, ce tableau final aurait suffi à mon bonheur. Mais le ballet continue. Prométhée est ramené sur scène sur un des charriots roulants puis il devient le centre d’une célébration presque joyeuse où, badigeonné de blanc, il semble figurer une statue cultuelle. Il n’y a rien à redire sur la composition, mais ce moment nous apparait un tantinet superflu.

PROMETHEE. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Martin Harriague. Photographie de Stéphane Bellocq

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Qu’importe car au fond, avec Prométhée, Martin Harriague montre clairement qu’il sait mettre en valeur une compagnie tout en développant de manière personnelle l’idiome néoclassique qu’on verra avec plaisir alterner avec des pièces de conception plus contemporaine. C’est exactement ce genre de d’avenir qu’on souhaite pour le Ballet Biarritz dont Martin Harriague va bientôt prendre la direction après presque trois décennies du glorieux règne de Thierry Malandain.

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