Après l’explosion chromatique des danses basques au Parc Mazon, on s’est dirigé vers le théâtre du Colisée, la salle dédiée aux spectacles plus intimistes. Le fil semblait devoir se poursuivre. Mizel Théret, natif d’Hasparren, a commencé sa formation par les danses traditionnelles basques. Si son histoire a évolué vers la danse contemporaine, il a choisi pour sa création Hegoak les compositions pour piano d’Elodie Buffalo Mellodi qui, selon la note d’intention, utilise parfois des thèmes basques.
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Samedi 12 septembre : le lent, le lent et le rapide…
La rupture est néanmoins drastique. La scène est nue. Le mur brut de fond de scène est peint en noir. Mizel Théret entre à jardin sur le devant de scène. Il propose d’emblée une gestuelle de bras sémaphorique : l’un tendu géométriquement, l’autre replié à angle droit. Pendant toute la pièce, il évolue souvent dos au public. Sa chorégraphie est faite de marches de côté par croisement des pieds. Le buste s’anime enfin. On reconnait alors des soupçons de technique Cunningham : une jambe de terre et dégage seconde au sol en parallèle, des triplettes esquissées, un certain rythme dans leur exécution.
Par ses marches courbées avec croisement des jambes et bras étendus vers l’arrière, par une forme de proskynèse à un moment, on reconnait les évolutions d’un volatile (« Hegoak » signifie « Ailes » en Basque). On hésite entre un cormoran ivre ou une mouette cherchant sa pitance sur la plage. Le danseur-chorégraphe fait le tour du plateau avec des pas de côté en-dedans en-dehors et des roulis d’épaule.

Une marche sur genoux pliés, l’amorce d’une demi-pointe semblent suggérer un envol bientôt contrecarré par une galipette en arrière. Les sauts sont pratiquement inexistants. La danse est ancrée dans le sol.
A part une section plus syncopée où Théret se couche et roule sur lui-même, le rythme général de la pièce reste uniformément lent. La gestuelle développée par le chorégraphe est assurément captivante mais l’absence de développement de la pièce questionne sur sa durée. Méritait-elle vraiment une heure de spectacle?
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Le Spectacle suivant, au Théâtre Quintaou d’Anglet, semblait rester dans une tonalité similaire, dans le noir et dans la lenteur. Contre-nature de Rachid Ouramdane commence avec ses interprètes émergeant au milieu des fumigènes. Ils se mettent en avant puis s’effacent individuellement. Les premiers embrassements des corps sont subreptices. Puis viennent des premiers portés à l’épaule à deux ou à trois alors que d’autres danseurs jouent les satellites, à moins qu’ils ne soient des pivots. On admire déjà la gestion des groupes. On s’étonne également de la réelle homogénéité dans la langage dansé des dix interprètes, réunis à l’occasion de cette pièce (la Compagnie de Chaillot est un collectif et non une troupe permanente), masculins ou féminins, qui viennent indifféremment du monde de la danse contemporaine, de l’acrobatie et de la voltige.
On est tenu captivé par des changements de rythme dans la pièce. Une section rapide et spectaculaire avec des lancés de danseurs, dont les pieds ne semblent plus toucher le sol, des portés inattendus – le porté « statue », les glisses spirales – nous soulèvent littéralement de notre siège. Mais on n’est jamais emmené sur le terrain de la simple pyrotechnie. De triples portés sur les épaules suivis de chûtes vertigineuses à couper le souffle nous parlent avant tout de confiance en l’autre. Les multiples roulés boulés des danseurs qui parfois ne semblent pas poser un pied sur scène alors qu’ils sont « voyagés » par leurs partenaires d’une coulisse à l’autre nous plongent dans une vague constante d’interactions humaines.
Lors d’un retour à la lenteur, sur fond vert ou sur cyclo à projections sylvestres, un mystérieux personnage en hoodie apparaît. On se demande s’il représente une menace. Vient alors une section ou des danseurs, groupés par quatre ou cinq semblent ostraciser un danseur resté seul. Le groupe s’agrège et le rôle de l’ostracisé passe à un autre danseur. Après cette section d’exclusion, on accueille presque avec soulagement un duo de garçons exécutant des galipettes en duo, charnelles sans être à proprement parler sexuelles. Dans la scène finale, une voix off nous parle du rapport d’un enfant avec la mer qui «voudrait nager comme un dauphin… » : il s’agit sans-doute du mystérieux être encapuchonné de la section précédente qui nous avait d’abord paru représenter une menace potentielle.
Enfin, c’est le retour au calme et au vide. On n’a pas senti l’heure passer…
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Dimanche 13 septembre : fraternité, sororité
Le jour suivant, retour au Parc Mazon toujours écrasé de soleil. Au sol, un lino d’un jaune pétant. La compagnie Skorpeion présentait « From the ground » du chorégraphe hip-hop Brice Larrieu. Avant le début de la représentation, les cinq interprètes, tout de noir vêtu, s’étreignent pour se communiquer l’énergie nécessaire à la performance qui va suivre.
La pièce commence sous les accords d’une musique atmosphérique avec chœurs éloignée à priori de la danse hip hop. Un danseur isolé, étendu au sol, se relève péniblement. On attend des bourdonnements ou des sons de canons. Sommes-nous propulsés au milieu d’une guerre ? Les danseurs chutent au ralenti puis avancent comme sous des tirs ennemis. Ils se tiennent par le poignet. Quelle ligne noire veulent-ils briser ? Le groupe s’agrège parfois pour soutenir l’avancée ou empêcher le recul. On est pris dans une vague de tournoiements hip hop. On entend des respirations. Il y a des tournoiements au ralenti décalés ou à l’unisson. Le poids au sol est rendu palpable, ce qui rend les street-révoltades aériennes encore plus impressionnantes. Les danseurs font également des sortes de diagonales en chaine accompagnées de portés acrobatiques. Les bassins oscillent et les bras se tendent vers le ciel. Cette gestuelle est captivante et la composition est vraiment maîtrisée et fluide.
A partir d’une section où la bande son délivre des paroles à messages, la pièce se perd un peu. La gestuelle reste captivante mais la danse ne nous raconte plus d’histoire à l’instar de cette dernière section, efficace, avec l’ensemble des danseurs, accomplissant des sauts pyrotechnique. On a passé sommes toutes, un excellent moment.
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Au Théâtre du Casino municipal, la palette chromatique des costumes de danse reste la même. Le Collectif Ibawa qui présente Gaua (« La Nuit » en Basque), rassemble quatre interprètes féminines vêtues de robes noires corsetées évoquant un XIXe siècle tardif, celui de La Casa de Bernarda Alba. Trois formes rondes sont suspendues en l’air. Les quatres danseuses émergent de la pénombre sur une musique atmosphérique anxiogène. La gestuelle extrêmement lente. Cette première apparition est intrigante. Les danseuses ressemblent à une hydre aux multiples bustes qui lèveraient les poings. On pense aussi à la statuaire. Elles ressemblent à quelques suppliciées de Rodin ou de Camille Claudel.
Mais passé cette première séquence bien construite, on tombe dans un répertoire de poncifs. Cris silencieux, transes, rires tournant aux pleurs, grands pliés seconde qui ouvrent les jupes, contraposti suggestifs en culottes à franges, bras agités et gratouillis compulsifs de joue, tout semble appartenir à un attirail revendicatif éculé.
Des rugissements muets en spasmes d’accouchement, de passages du suave à l’animal par des femmes confrontées à leur rôle social attendu, on comprend d’emblée que la femme est oppressée. C’est malheureusement vrai mais sous cette forme, cela a été dit et redit au point d’être démonétisé. C’est d’autant plus dommage que la maîtrise du langage chorégraphique est bonne. Une section avec des jetés en groupe ou des spirales Bauschiennes font leur effet. Les danseuses se muent parfois en derviches tourneurs. Mais les chorégraphes et interprètes semblent plus à l’aise dans a miniature chorégraphique que dans le temps longs qui les conduit à la redite. Il faudra gagner en souffle pour porter véritablement ce propos nécessaire.
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