Une nouvelle saison est lancée et, comme la tradition encore récente le veut, elle l’a été par une soirée de Gala.
Passage obligé du pince-fesse, attendu et convoité par tout balletomane qui se respecte, est le Grand Défilé du Corps de ballet : 154 danseurs, une grosse centaine d’élèves de l’Ecole de Danse de Nanterre et 24 membres du Junior Ballet. Le lent et grandiose cérémonial avait une résonnance particulière cette saison puisqu’il s’agissait de la dernière descente de plateau pour Dorothée Gilbert qui fera ses adieux à la scène dans l’Histoire de Manon le 15 octobre. Le défilé sera répété le jour suivant pour la soirée Paysages intérieurs qui ouvre la saison, mais c’est Amandine Albisson –déjà !- qui fermera le bal des Dames.
Dorothée Gilbert accomplit sa descente avec la grâce sans affèterie qui l’a caractérisée pendant toute sa carrière. On se dit déjà qu’elle va cruellement manquer au public et à la compagnie. Fenella la verra une dernière fois en Manon le 12 octobre.
Passé ce moment d’émotion, lesté d’un peu de nostalgie supplémentaire par la présence de Mathias Heymann, le doyen des étoiles masculines qui n’apparait plus guère que dans ce défilé, on se préparait à un traditionnel programme de gala, fait de petits morceaux de danse sans réelle cohérence programmatique.



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Force est d’avouer que nous avons été agréablement surpris même si la première pièce nous a semblé un peu anecdotique. Ring of Saturn, par le chorégraphe brésilien Juliano Nunes, est un pas de deux pour Hugo Marchand et Germain Louvet posé sur le très suave Agnus dei de Samuel Barber. Vêtus de chemises identiques à grosses rayures aux tons vifs, signées Chanel, les deux danseurs étoiles de l’Opéra exécutent un pas de deux à doux-nœuds et multiples promenades attitude et autres grandes arabesques penchées. Les bras en anse forment de coquets entrelacs censés sans doute, avec l’aide des motifs des chemises, figurer l’anneau satellitaire qui donne son nom à la pièce. C’est joli et sans aspérité. Cela s’oublie aussi vite qu’on l’a vu mais a présenté l’avantage de porter la première partie du spectacle au-delà de la demi-heure syndicale.
On se dit néanmoins qu’on n’est décidément pas convaincu par l’apport esthétique de la maison Chanel dans le domaine du costume de danse, que ce soit sur le défilé des étoiles féminines ou sur les intermèdes d’occasion.
On attend la suite.
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Et celle-ci est illuminée par le Chef-d’œuvre attendu de la soirée : Vers un Pays Sage de Jean-Christophe Maillot, une pièce de 1995 défendue par douze excellents danseurs de la compagnie qui nous donnent l’impression qu’ils sont le double tant ils déploient d’énergie.
On analysera ce ballet plus en détail lorsqu’il sera associée au Rearay de William Forsythe à l’occasion du programme Paysages intérieurs. On le verra le 2 novembre prochain.
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Busk, une pièce de 2009 par la chorégraphe Aszure Barton, qui après un second entracte clôt ce programme de gala, ne démérite pas après Vers un Pays Sage et s’intégrera certainement bien dans le programme Paysages intérieurs.
Le rideau se lève sur une scène noire où est positionné, au fond, un escalier-estrade. Côté jardin sur le devant de scène, un couvre-chef est abandonné retourné près d’un corps étendu, emmitouflé. Sur l’escalier, un danseur en pantalon, hoodie noir et gants blancs commence à ce mouvoir. Sa gestuelle est énergique et cartoonesque. Tel un clown, il s’administre des claques à répétition. Il est ensuite rejoint par neufs autres danseurs, vêtus du même attirail sombre. Ils se meuvent d’abord sur des chœurs profanes empruntant la même gestuelle saccadée. Les marches sur genoux pliés scandent le pot-pourri musical diffusé par des enceintes. Le groupe, qui compte jusqu’à dix-huit danseurs et danseuses, figure une cohorte de moines facétieux qui s’agrègent ou se séparent, formant parfois une hydre qui se déploie en éventail. Les visages, éclairés à la lumière rasante, se détachent des capuches comme des masques de comédie. Busk offre aussi une variation masculine sur des airs qui évoquent la musique d’Europe centrale ou le danseur, torse nu, développe une gestuelle plus fluide avec beaucoup de ports de bras. Un autre solo encore plus intimiste se fait tandis qu’une boule à facettes propage ses pastilles lumineuses dans la salle. Ces passages soli alternent avec le groupe monacal très énergique. La chorégraphie réagit et fait corps avec la musique. Selon la glose, qu’on n’avait pas encore lue, Busk est « une rébellion contre un Monde qui passe sans s’attarder et contre un système qui ne considère pas assez ses artistes ». On est heureux de l’apprendre après coup. Reste que la pièce, en dépit de son propos abscons, est assurément efficace.




