Archives quotidiennes : 15 août 2013

Cérémonie des Balletos d’Or: l’âne de la danse souffle au sous-sol

Louis Frémolle par Gavarni. "Les petits mystères de l'Opéra".Cette année, la cérémonie des Balletos d’Or a bien failli être annulée, faute de personnalité pour remettre les récompenses. Poinsinet, le vrai fantôme de l’Opéra, a décliné notre offre à cause du lieu de la réunion, les sous-sols de Bastille. « Le purgatoire, d’accord, mais l’enfer, pas question ! », nous a-t-il fait savoir. Le spectre de Rudolf Noureev, également sollicité, a grondé : « Vous rrrigolez ? Après le gala de cet hiver, je suis définitivement morrt et enterrrré ». La Sainte vierge, désabusée par le temps que requiert la reconnaissance de ses miracles à Lourdes, a aussi fait savoir qu’elle était attendue ailleurs. Nous avons bien reçu, via notre page Facebook, la candidature d’une certaine « Gigi », qui nous a déclaré sa flamme « pour la vie ». Mais nous n’avons pas donné suite, par crainte d’un canular, et surtout par un souci altier de notre indépendance.

Oui, il faut bien l’avouer, la tentation était grande d’annuler la fête et d’envoyer les diplômes par voie postale. Mais James, sevré de cocktails au mois d’août, a fait une crise de nerfs. Le bougre débordait d’idées : « en souvenir des Don Quichotte qui ont illuminé la saison, je propose de placer la journée sous le signe de l’ékraventuphilie. Je m’occupe de tout, laissez-moi faire, j’ai l’habitude », trancha-t-il en faisant du vent avec les mains à la façon des filles dans Flammes de Paris. De guerre lasse, Cléopold et Fenella, non sans se promettre mutuellement de mater un jour ce cuistre, finirent par céder.

Au début, peu de monde avait le cœur à faire la fête. En 2012, les Balletonautes innovaient, improvisaient, batifolaient. En 2013, leur rendez-vous de la mi-août est devenu une institution, et rien de tel pour mettre en berne les humeurs primesautières. Il y a eu du beau monde, mais personne ne savait sur quel pied danser. La transition animait tous les raisonnements. Les organisateurs n’avaient-ils pas proclamé récemment leur soutien à la direction de la danse sortante ? N’y a-t-il pas péril à frayer avec eux alors que l’avenir se dessine ailleurs ?, se demandaient les uns. Oui, mais l’année dernière, ils ont créé la tendance en conviant Natalie Portman à leur gueuleton, et qui sait si cela n’a pas été l’élément déclencheur de la nomination de Benjamin Millepied?, supputaient les autres. Il y avait aussi ceux qui, vexés d’avoir été qualifiés de toutous culturels, complotaient avec Denys Cherevychko pour faire la tête au carré aux organisateurs dans un coin sombre à la sortie. Il fallut aussi expliquer aux militantes féministes qui envahirent rituellement la scène que, oui, nos prix créatifs étaient apparemment 100% masculins, mais que, en cherchant bien, Marie-Agnès Gillot avait tout de même reçu le prix Navet, et qu’il fallait arrêter de déprécier les légumes fades.

Heureusement, les amis de toujours étaient là, et l’ambiance se détendit rapidement : on embrassa Pierre Lacotte sur la bouche, à la Russe. Trisha Brown réclama un prix pour l’ensemble de sa carrière, William Forsythe promit qu’il arrêterait bientôt de donner ses ballets à n’importe qui, Jiri Kylian annonça son intention de se réconcilier avec la critique, et Agnès Letestu montra le patron de ses nouveaux costumes pour hommes avec épaulettes en strass. Manuel Legris nous a parlé en une langue qui voulait être de l’allemand. La très urbaine Fenella, qui faisait semblant de comprendre, se rendit compte trop tard qu’elle venait de s’engager à ouvrir le bal du Nouvel an viennois. Tamara Rojo nous a donné des scoops qu’on dévoilera au compte-gouttes à la rentrée. La directrice de l’English National Ballet tenait tant à nous inclure dans son plan-médias qu’elle en devenait collante. Pour s’en dépatouiller, il fallut lui promettre de l’accompagner dans un des bleds au nom imprononçable où elle trimballe sa troupe.

Les récipiendaires ont eu l’air d’apprécier le pliage en éventail de leur certificat Balletoto. Les plus jeunes ont immédiatement lancé le leur comme un avion en papier; ils ont ensuite entrepris de chiper celui de leur voisin et comme de juste, cela a fini en bataille aérienne entre cour et jardin. « Les danseurs, c’est des artistes, ils sont libres », a opportunément déclaré Gigi, mystérieusement surgie d’on ne sait où.

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