Dada Masilo : Three shades of Swan

Les Balletonautes sont allés voir le Swan Lake de Dada Masilo présenté au théâtre Claude Lévi-Strauss (Musée du quai Branly) du 17 au 28 octobre. Fenella, James et Cléopold offrent chacun leur approche personnelle de cette rencontre avec l’opus de la chorégraphe sud-africaine.

À la lecture des trois articles réunis, Fenella a annoncé : 

Here we seem each to have written one part of a longer text.  Dada Masilo’s Swan Lake brings to dance what Philip Larkin neatly enfolds in his passionate paean to music:  « For Sidney Bechet: »

« On me your voice falls as they say love should, /Like an enormous yes »

JAMES (qui l’a vu en premier) :

Odette casse la baraque ou…  Le vrai Black Swan

Swan Lake. Chorégraphie de Dada Masilo. Dance Factory de Johannesburg.

Encore un Swan Lake décalé ?  Oui, mais celui-ci est un hommage authentique et inventif, drôle et touchant. Et surtout, qui n’oublie pas de danser au motif d’un message à faire passer. Le spectacle joue avec les codes et clichés du ballet, mais c’est moins pour s’en moquer que pour mieux se les approprier. Le mélange des traditions est surprenant, et on se prend à ne plus savoir si tel code de pantomime tient au passé ou au présent, à ne plus se demander, non plus, si tel mouvement vient d’ici ou d’ailleurs.

Voici donc quelques cygnes – masculins et féminins – pieds nus en tutu et aigrette sur la tête. Un prince que ses parents exubérants cherchent à marier. Une attachante Odette – dansée par la chorégraphe elle-même – toute contente du parti qu’on lui propose, mais délaissée par Siegfried, qui lui préfère un cygne masculin. Le spectacle ne dure qu’une heure, et tout va plus vite que dans le Lac version Petipa.

L’ordre des numéros de la partition de Tchaïkovski est bouleversé. L’adage du premier acte blanc (celui où Siegfried et Odette s’apprivoisent) est transformé en une parade solo : la jeune fille cherche à séduire son futur, et ce faisant, s’emballe, se livre sans réserves, avec des œillades irrésistibles et des bras qui vont deux fois plus vite que le tempo. On s’attendait à ce que le cygne noir fasse son grand numéro sur la musique du troisième acte. Mais il apparaît, incarné par un danseur en mode BBB (body-buildé boudeur), sur la musique de la Mort du cygne (Saint-Saëns). Pour la sensualité, il vaut mieux repenser au tango mené par Adam Cooper chez Matthew Bourne. Mais le propos est différent. La chorégraphie de Dada Masilo explose surtout en solo ou en collectif, mais ne se déploie pas tellement en duo. Rien d’étonnant à ce que le final, crépusculaire, renvoie chacun à sa solitude face à la mort.

CLÉOPOLD (qui se plaît à laisser le dernier mot aux dames):

Swan Lake, l’éternelle histoire?

Durant la scène d’ouverture du Swan Lake de Dada Masilo, un danseur narrateur détaille le contenu d’un article de Paul Jenning, néophyte revendiqué, paru dans le magazine sud-africain Sunday Telegraph tandis que l’ensemble de la troupe donne chair à ses propos sarcastiques. Le ballet, ce serait cette éternelle histoire de « filles en tutu au clair de lune » désespérément à la recherche d’un danseur qui serait intéressé et condamnées à ne voir qu’une seule d’entre-elles triompher et encore comme simple prétexte à de « bondissants grands jetés virils » et autres « vrilles aériennes ».

Mais passé cette « proposition » gentiment loufoque, la jeune chorégraphe sud africaine également interprète de son ballet, tisse un Lac aussi subtil que la proposition initiale était outrée. Dans son Lac, les identités sont troubles, garçons et filles sont des cygnes et la seule créature sur pointe est le musculeux danseur qui incarne le cygne noir ; la chorégraphie prend en compte l’exotisme et le côté exogène du Lac des cygnes pour des Sud-Africains. Musicalement, le Lac de Tchaikovsky est impitoyablement édité, entrelardé de pièces d’autres compositeurs (Reich, Saint-Saëns, Pärt). Les morceaux conservés sont retransmis avec une certaine distance sonore, comme perçus au travers d’une porte. La chorégraphie, quant à elle, ne cherche pas vraiment la fusion des styles. Par moment, les cygnes – invités à la fête de mariage d’un prince renâclant, se lancent dans les danses « traditionnelles » avec des pieds enfoncés dans le sol et des bassins faisant vibrer et bruisser les corolles de tutu d’une manière irrésistible à moins que ce chuchotis de tarlatane ne soit couvert par la scansion des chants festifs. Mais à d’autres, l’hommage aux sources classiques du ballet est sans arrière pensée. Le cygne noir accomplit ainsi une « Mort » très proche de l’original de Fokine. La transposition comme l’hommage sont directs.

Ce cygne, c’est l’amant malheureux d’un prince pris dans les filets stricts de la société traditionnelle qui réprouve les amours homosexuelles. La fiancée officielle (Dada Masilo), use de tous ses charmes mais sa danse de séduction enflammée et sensuelle est réglée sur le grand adage du deuxième acte, comme pour marquer son inadéquation avec les aspirations de son destinataire.

Les ingrédients du drame sont posés. Le cygne noir, voulant sortir de l’anonymat révèle le secret du prince. Celui-ci subit l’opprobre de la société. On ressent de la compassion pour les deux amants. Mais c’est finalement pour la fiancée-cygne blanc qu’on a le plus de peine. Dans son solo qui clôture le ballet, sur la musique pourtant déjà maintes fois utilisée d’Arvo Pärt, Dada Masilo, danse sa propre mort du cygne ; poignante. Un chant pour tous les délaissés.

Le Lac, cette éternelle histoire ? Non, une fois encore, le Lac, cette histoire éternelle…

FENELLA (famous last words):

Poetically correct.

The second definition in Webster’s dictionary defines « poetical » as being beyond or above the truth of history or nature i.e. idealized.

When I opened the program at Quai Branly for Dada Masilo’s Swan Lake, a questionnaire fell out that made me clench my teeth.  Among the checklist for “Why are you here?” I was given the distressing, but not unusual, choices to justify my attendance:  by accident-curious- nice poster- know the brand name- go to anything dance – like re-readings of the classical repertoire – my partner dragged me to this…Then the choreographer’s bio stated that even if seeing Swan Lake made her want to dance, by age 14 she had realized that she didn’t have the chops to become classical ballerina…

Every alarm bell went off in my head.  Here no chance of the nature of dance history being idealized. Oh god, another prosaic “I hate ballet because it wouldn’t let me do it” evening.

Then the performance began and there, finally after so many years I saw:  something modern and truly poetical.  Very cool, very fun if you love dancing at all, very intellectual.  Readable. Without blah-blah.

As a re-reading of the brand name — made accessible to fans and non-fans and even the merely curious – Masilo gave us a text brimming with references yet always fun to watch. In a flash, the dancers would skip between (very clean and with spot-on épaulement) citations of the original ballet and many (joyously vigorous and equally precise) invented movements.  This gave us the chance to determine for ourselves what has remained true about the nature of Swan Lake as dance, as metaphor, as icon.

Here both ballet history and the weight of modern life [once we find beauty and our own truth, why do we still let ourselves be mortally wounded by social censure?] came sharply into focus.

The Black hybrid Dying Swan, through a rippling and oh, so, dignified back that breathed and stretched beyond what one should imagine, suddenly made me remember the Soviet era’s Maya Plisetskaya when she spoke to the world out there beyond politics, as dancers sometimes manage to do.

Every step chosen by Masilo spoke to the audience. Above and beyond the truth seems just about the right way to describe this piece.  The world may be mean and ugly.  Dance, ALL dance, she says through her steps –and that includes ballet, for once – deserves our full attention.   Finally a young choreographer remembers that dance is a poem that does not need fancy words.

Swan Lake sera présenté en tournée en France entre fin la janvier et la mi-février 2013, à Brétigny-sur-Orge, Draguignan, Onet-Le-Château, Bordeaux, Angoulême, Clermont-Ferrand et Alès. Le spectacle est aussi accessible pendant environ 4 mois sur le Live Web d’Arte.

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