#Emotions Dernière Minute (préparation au concours)

photoVous manquez d’inspiration au moment de déposer votre texte pour le concours littéraire « Ma plus belle émotion à l’Opéra de Paris », dont la date-limite est dans quelques heures ? Les témoignages de PDG et anciens ministres donnés en modèle sur le site internet de l’institution vous laissent froid ? Vous pensez que pour épater le jury, il ne faudra pas se contenter de dire « j’ai passé une bonne soirée », mais expliquer en quoi l’opéra et la danse constituent la trame de votre vie, informent sur l’état de la société et l’avenir du monde, et portent en germe les sensations les plus puissantes et les plus profondes ? Heureusement, les Balletonautes sont là.

Les contre-témoignages ci-dessous sont libres de droits : vous pouvez les déchiqueter, les mixer ou en prendre le contrepied à loisir. N’oubliez pas, quand même, de me mentionner dans votre discours de réception à l’Académie française, ça fera plaisir à ma grand-mère. Attention, un des témoignages est une compilation de ce qu’il ne faut pas faire. Saurez-vous le détecter ?

#RectificationHistorique Dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing prétend que le soir où l’on donnait Elektra en l’honneur du président de la République fédérale d’Allemagne, une panne ralluma brusquement la lumière et l’on se rendit alors compte que la moitié de la salle dormait. C’est impossible, et j’en déduis que le président de la République était remplacé ce soir-là par un sosie. Je réclame une enquête.

#EntracteGastronomique C’était l’instant élégiaque où, dans Parsifal, on voudrait étouffer son pouls et raccourcir son souffle pour mieux suivre la prière qui s’élève du pupitre des violons. Ma voisine décida de manger un caramel mou. La presse bavaroise a titré Groβe Skandal  et notre consul à Munich a dû se multiplier sur les plateaux TV pour assurer que ses concitoyens n’étaient pas tous aussi abrupts. Je m’en fiche. Obliger la mémé à avaler le papier-aluminium a joliment soulagé mes nerfs.

#MarbreFatal Je l’ai rencontré au bal de Polytechnique, où les jeunes filles du lycée de la Légion d’honneur sont de sortie. En uniforme d’apparat, il était du quadrille qu’on danse au pied du grand escalier. L’habit militaire avantage les hommes à la taille bien prise. J’avais dix-sept ans. J’ai dit oui tout de suite. Aujourd’hui, il a trente kilos de plus et j’ai appris qu’à travers moi, il visait surtout l’héritage des aciéries Duplan. Ne me parlez plus de Garnier. À Bastille, j’aurais gardé la tête froide.

#SybariteDebussyste Depuis le début, je fredonne à ma blonde, avant, pendant et après l’extase, tout en caressant ses longs cheveux : « tu es ma prisonnière cette nuit, toute la nuit ».  Je me suis rendu compte qu’elle n’avait pas compris. Maintenant qu’elle a dû écouter mon œuvre préférée, elle chante (faux) à tout propos : « oh non, je ne suis pas heureuse ». J’ai rompu les fiançailles.

#SacerdocePédagogique Quand mon cadet a vu le défilé du ballet, il m’a demandé pourquoi tout le monde marchait en canard. J’ai fait des pieds et des mains pour avoir des places au premier rang pour le Lac des cygnes, afin que l’aîné voie Odile dans la bonne diagonale. Il m’a dit qu’il était venu pour la musique. À Londres, pour la Cinderella d’Ashton dansé par une de mes chouchoutes, Yuhui Choe, j’ai laissé les meilleures places aux enfants. Le petit a fait une crise de nerfs à cause des violons de Prokofiev, trop grinçants pour lui. « En fait, le père a des fils travelos, du coup il se console avec la bonne asiatique ? », s’est moqué le grand. Au fond, moi aussi j’aurais préféré des filles.

#LieuxCommuns Une émotion ? Une seule ? Quel embarras…. Jean-Louis Beffa m’avait demandé de présider le Gala de l’AROP. J’arrivais (sic) très en avance à la représentation de telle sorte que j’eus tout loisir de m’imprégner de l’atmosphère des lieux. Nous étions assis au premier rang d’orchestre, situation que j’apprécie tout particulièrement. Je quittais (sic), fascinée, ce lieu enchanteur, éblouie pour longtemps.

#AthlétiqueParticipatif Au paradis libre du Grand Théâtre de Bordeaux, il fallait courir pour être au premier rang, et les habitués chantaient à tue-tête les refrains de Carmen, Mireille et Faust. J’étais le plus petit mais aussi le plus rapide. Longtemps après, j’ai vu dans les Chaussons rouges qu’à Covent Garden aussi les étudiants se couchaient de tout leur long sur les bancs pour garder plusieurs places. Copieurs.

#MonteverdiForever Dès que j’entends l’hymne de l’Union Européenne de Radiodiffusion, mon cœur palpite. Je me faufile en coulisses avec le présentateur, je guette les bruissements du public, le silence qui se fait, les applaudissements pour le chef, et puis la musique qui prend tout l’espace. Certains matins, j’ai le visage strié par la grille du transistor. J’ai voyagé dans les salles d’au moins trente pays. Si j’y pense, je n’ai jamais rien vu, mais je vis sur l’impression contraire.

#Éteignoir J’ai compris à la fin du premier acte qu’il fallait mettre un terme à mon aventure avec le docteur L. Je suis sûre qu’il m’aime bien, mais je ne suis qu’une infirmière, et il ne m’épousera jamais. H. est rustaud mais gentil, il sera toujours là pour moi, et il plaît à ma mère.

#Intransigeant Je refuse de retourner dans les théâtres publics tant qu’on n’y rétablit pas la graphie entr’actes, avec un s au singulier. C’est la seule qui soit logique.

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