Archives quotidiennes : 13 juillet 2013

« L’ordre des choses » ou « Tout est chamboulé »…

P1010032Soirée du 6 juillet

Quand le rideau s’est levé, j’ai enfin vu…

La Sylphide.

Et, à mon plus grand étonnement, c’était Ludmila Pagliero qui l’interprétait.

D’une part tout était techniquement en place, ou presque : les petits battements sur la cheville si impitoyablement gommés par Dorothée Gilbert, les pliés profonds en fin de variation, les redescentes de la pointe sur la demi-pointe. D’autre part, elle collait davantage au canon de la Sylphide de Taglioni, une créature qui, à la différence de sa consœur danoise, celle de Bournonville, porte tout de même des colliers de perles au cou, aux bras et aux poignets. Il y avait donc de la grande dame Faubourg Saint-Honoré dans la Sylphide de Ludmila Pagliero ; une grande dame protégeant, d’un air attendri et assuré, un jeune amant un peu brut de décoffrage.

Je n’en dirai guère plus sur son interprétation si ce n’est que parce qu’elle était juste, le ballet de Pierre Lacotte est redevenu, le temps d’un soir, un tout cohérent et non plus l’addition de ses qualités. On a pu s’intéresser aux personnages et non aux danseurs qui interprétaient les pas.

Le James de Vincent Chaillet, avait la batterie ardente, et le jeté fiévreux. Il y a chez ce danseur une petite pointe de sécheresse qu’il sait utiliser pour donner du relief à ses rôles. James-Chaillet n’est pas un rêveur éveillé. Il est véritablement tiraillé entre son attirance pour la Sylphide et son amour terrestre sincère pour la jolie Effie. Dans ce rôle, Eve Grinsztajn, semblait avoir la prescience que quelque chose allait la séparer de l’élu de son cœur ; particulièrement quand la sorcière l’appelait impérieusement pour lui lire les lignes de la main.

Lorsque la sylphide lui vole l’anneau, James-Chaillet mime parfaitement l’agacement et la colère et ne quitte pas sa maison sans une dernière hésitation, un dernier regard au groupe qui entoure Effie. Au deuxième acte, il a également su donner, par ses courses de part et d’autres de la scène, cette impression d’impuissance face à l’inaccessibilité de sa sylphide et de ses compagnes, filles de l’air. Ses tergiversations dansées donnaient non seulement corps mais âme à son personnage.

L’ensemble était d’autant plus touchant qu’on sentait que la sylphide de Pagliero aurait bien voulu échapper à sa condition quasi-immatérielle pour être attrapée par son bouillant paysan en tartan. Sa mort n’en était que plus touchante. Ce n’était pas seulement James qui était puni pour avoir transgressé un interdit, c’était les deux amants. Madge – toujours magistralement interprétée par Stéphane Phavorin – devenait l’instrument du destin. Répondant à l’impérieux « pourquoi ? » de Chaillet, elle répondait : «parce que c’était écrit. D’ailleurs regarde… ». Au passage des noces d’Effie et de Gurn, James-Chaillet a été littéralement foudroyé… C’est un corps sans vie sur lequel le rideau s’est baissé.

Pour cette soirée inattendue l’ordre des choses était – oh, miracle ! – également bouleversé musicalement. Figurez-vous que l’orchestre de l’Opéra de Paris a, pour une fois, condescendu à ne pas ruiner les mélodies charmantes et naïves de Schneitzhoeffer par de tonitruants canards.

Tout est chamboulé, on vous dit !

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