La Ventana / Kermesse à Bruges : Un Bournonville au charme suranné

Gamle Scene - Photo Ole Haupt, courtesy of the Kongelige Teater

Gamle Scene – Photo Ole Haupt, courtesy of the Kongelige Teater

La Ventana / Kermessen i Brügge – Ballet royal du Danemark – Soirée du 4 mai 2013

Le Ballet royal du Danemark, conservatoire fidèle des œuvres de Bournonville, n’apporte dans ses reprises que quelques ajustements cosmétiques, généralement sans toucher à la chorégraphie d’origine.

Pour La Ventana (1856), c’est un prologue mimé et chanté qui donne un peu d’épaisseur au drame. Cet ajout de la nouvelle production de Gudrun Bojesen est inutile : l’histoire tient sur un timbre-poste et c’est ce qui fait son piquant. Une señorita (Diana Cuni, fraîche et piquante), rêvassant à son galant dans l’ombre de son appartement, danse face à son miroir. Elle rit de se voir si belle et aguicheuse, et on s’amuse de la voir enchaîner les poses en nous tournant le dos (le reflet dans le miroir est dansé par Louise Østergaard). À travers la fenêtre, elle entend un air de guitare : c’est son caballero (Alexander Stæger, précis et élégant) qui lui fait la sérénade et lui lance un œillet. Elle lui répond en rythme, et descend sur la place pour le retrouver. En piste pour le divertissement de la dernière scène, qui enchaîne pas de deux, pas de trois (un ami du señor et deux demoiselles qui passaient par là) et séguedille finale.

Dans la Kermesse de Bruges (1851), trois frères – Adrian, Gert et Carelis – partent en goguette à la ville en compagnie des fiancés des deux premiers (Johanna – Esther Lee Wilkinson – et Marchen – Louise Østergaard – qui dansent en demi-pointe). Carelis le célibataire (dansé par un Alban Lendorf au cou de pied superbe) jette son dévolu sur Éléonore (Ida Praetorius, ingénue sur pointe). Deux nobles gourmés viennent perturber l’harmonie bourgeoise : ils draguent les deux fiancées (qui sont flattées, et ça ne plaît pas aux garçons), et s’intéressent à Éléonore, qu’ils tentent de kidnapper alors qu’elle rentre au logis avec son père, l’alchimiste Mirewelt (Fernando Mora). Ce dernier se prend quelques coups sur la tête, et ne doit son salut qu’aux trois frères qui mettent en déroute les petits marquis confits de morgue. Pour les remercier, Mirewelt offre à Gert (drolatique Jón Axel Fransson) un anneau qui le fait aimer de toutes les femmes et à Adrian (élégant Benjamin Buza) une épée qui le rendra vainqueur de tous les combats. Les deux frères partent à l’aventure. Carelis, qui hérite d’un violon magique, dont le son fait danser les filles et les garçons, reste auprès de sa blonde.

À la scène suivante, on retrouve Gert dans les bras d’une riche veuve, Madame von Everdingen (Gitte Lindstrøm). Toutes les filles n’ont d’yeux que pour le gandin mal dégrossi, ce qui énerve fort les aristos du coin (on retrouve les gourmés du début). Adrian, couvert de gloire à la guerre, rend visite à son frère. Les fiancées délaissées débarquent, tout le monde se réconcilie, et on se débarrasse de la bague aux funestes effets. Trop tard : les deux garçons et Mirewelt sont arrêtés pour sorcellerie (un coup des aristos ligués avec les curés). Les trois condamnés ne doivent leur salut qu’à l’intervention de Carelis, qui fait danser la foule jusqu’à l’épuisement. Les condamnés sont graciés. En échange de quoi Carelis cède son violon, qu’on met sous clef : il ne servira qu’une fois par an, à la kermesse.

La nouvelle production, réglée par Ib Andersen, bénéficie de décors en relief très réussis de Jérôme Kaplan. Ce ballet comique a une structure archaïque : à part dans le pas de deux entre Carelis et Éléonore, où l’accord des cœurs se manifeste par un unisson en miroir (avec de jolis temps suspendus des deux protagonistes après les développés arabesque), la danse ne raconte jamais rien qui n’ait été établi au préalable par la pantomime. Faute de développement émotionnel via la chorégraphie, on s’attache à la démonstration de style. Au jeu de la virtuosité sans emphase, des sauts voyageurs, de la sissonne arabesque et du bas de jambe mutin, Alban Lendorf l’emporte aisément. Du côté des filles, Ida Praetorius, encore dans le corps de ballet, séduit par sa fraîcheur alors que la soliste Amy Watson paraît peu assurée dans les équilibres du  divertissement noble de la deuxième scène, en compagnie d’un Marcin Kupiñski qui paraissait davantage dans son élément en 2011 dans Et Folkesagn.

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