Coppélia ou la libido automatique

Coppélia, ou La Fille aux yeux d’émail.

Ballet de l’Opéra national du Rhin – Chorégraphie et décors : Jo Strømgren; Musique : Léo Delibes (Orchestre symphonique de Mulhouse sous la direction de Daniel Klajner); Costumes : Mona Grimstad ; Lumières : Olivier Oudiou – Strasbourg, le 15 avril.
Dans la version de Coppélia que présente le Ballet national du Rhin, Coppélius (Miao Zong) rate tous ses automates. S’ils étaient vivants, on dirait qu’ils ont un grain. À peine terminée, sa Coppélia manque de l’étrangler et s’enfuit. Elle tombe sur Frantz, qu’elle attire immanquablement par sa plastique. Swanilda, jalouse mais aussi fascinée, va en prendre l’apparence. Le nigaud, pris au piège, sera bien penaud, mais tout de même pardonné, à la fin de la farce.

Jo Strømgren, chorégraphe norvégien né en 1970, explique que son histoire est celle du « rêve de perfection » : « je souhaite envahir la scène avec des poupées stéréotypées représentant d’une part le processus de recherche vers cette perfection et d’autre part, l’échec de cette expérience », indique-t-il.

N’aurait-on pas lu le programme, on aurait pensé, plus classiquement, que l’histoire oppose l’automate à l’innocence. Car en fait, Coppélia (dansée par Érika Bouvard) est moins parfaite que sexuelle. Frantz lui colle sa main aux fesses, alors que ses caresses à Swanilda sont toute délicatesse : le premier pas de deux, fluide et rond, entre les deux jeunes gens, est d’ailleurs un des passages les plus légers, qui permet d’apprécier les qualités des danseurs incarnant le couple principal, Céline Nunige et Alain Trividic.

Par la suite, Swanilda déguisée en Coppélia en profite pour embrasser son amoureux plus goulûment qu’avant (ou bien est-ce lui qui passe aux choses sérieuses ?).

Strømgren met plus en valeur le corps de ballet masculin (les 10 amis de Frantz, très sauteurs) que ses membres féminines (les 6 amies de Swanilda, en bottines à talons hauts). Il faut dire qu’elle sont engoncées dans des blouses grises bouffantes : le décalage est sans doute voulu avec les poupées mécaniques hypersexuées, mais n’avantage guère les villageoises. Et la chorégraphie qui leur est réservée manque de la vivacité que la musique – très bien interprétée – suggère. Le langage est néoclassique, les développements manquent parfois de mordant (la valse longuette des éléments de décor) et on aurait aimé plus de virtuosité et moins d’agitation pour dire l’emballement de la fête, mais l’ensemble reste plaisant. Petits et grands rient, sans forcément voir la même chose.

La direction de l’OnR a la joyeuse perversité d’organiser une matinée pour enfants  où apparaissent une poupée gonflable aux formes protubérantes (on imagine les questions au retour : « Maman, pourquoi la dame a des ballons sur les fesses ? ») et une Catwoman qui fouette le derrière de tous les types. Ce gentil spectacle, sans trouble arrière-fond, dure 80 minutes et sera représenté à nouveau à Colmar les 2 et 3 juin.

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