Play Without Words: L’art du croquis

Play Without Words – Matinée du 21 juillet.

Matthew Bourne (Chorégraphie ; reprise assurée par Scott Ambler), Terry Davies (Musique), Lez Brotherston (Décors et costumes), Paule Constable (Lumières). Avec : Adam Maskell, Christopher Trenfield, Richard Winsor (Anthony), Madelaine Brennan, Saranne Curtin, Anjali Mehra (Glenda, sa fiancée), Daniel Collins, Alastair Postlethwaite, Neil Westmoreland (Prentice, son valet), Anabel Kutay, Hannad Vassallo (Sheila, sa femme de chambre), Jonathan Ollivier (Speight, un ami de longue date). Michael Haslam (Direction musicale), Sarah Homer, Mark White, Steve Rossell, Justin Woodward (Musiciens).

Matthew Bourne, dont la compagnie atteint cette année le quart de siècle, reprend pour quelque temps au Sadler’s Wells de Londres une pièce créée en 2002 pour le National Theatre. Inspiré par The Servant, Play Without Words est un drame dansé sur les relations de classe, les frustrations et le désir dans le Londres huppé des années 1960.

Comme le film de Losey, la pièce de Bourne montre le retournement de situation entre le maître (Anthony) et son valet (Prentice), ce dernier réussissant, en introduisant dans la maison une jolie soubrette court-vêtue (Sheila), à expulser la fiancée officielle (Glenda), laquelle se console avec un rustaud entreprenant (Speight).

Bourne est un maître du croquis : en un instant, d’un geste ou d’un accessoire, il sait typifier un personnage, caractériser sa relation au monde ou aux autres, pointer son désir caché, ses peurs ou ses fantasmes. C’est transparent, immédiat, efficace, comme l’équivalent dansé de la ligne claire en bande dessinée. Cet art a ses limites – les personnages sont des archétypes – et il est arrivé à Matthew Bourne d’en abuser, comme dans son Cinderella, où de trop nombreux personnages peinent à dépasser le statut de silhouette.

Mais Play Without Words est précisément un jeu de rôles, et la touche du chorégraphe est ici à son meilleur. Un des ingrédients de la réussite est la duplication des personnages – trois pour chaque membre du trio principal, deux pour Sheila – qui permet une réplication sur scène des mêmes mouvements, avec un temps de retard ou une petite inflexion qui enrichit le drame. On voit ainsi des épisodes comme en accéléré, de deux ou trois points de vue à la fois, ou encore simultanément à l’envers et à l’endroit (comme dans la scène irrésistible où un valet habille son maître pendant que l’autre déshabille le sien). L’espace scénique est saturé, mais lisible, car l’attention peut se concentrer sur le petit détail qui change d’un couple à l’autre.

Beaucoup de commentateurs ont noté que Play Without Words est sexy. C’est vrai, mais toutes les pièces de Bourne le sont. La réussite tient à ce que – comme dans son Swan Lake – la danse du désir sous-tend et soutient le drame.

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